Ile de la Réunion : "Hier, aujourd’hui et demain"

Publié le par kreizker

in "Le journal de l'île de la Réunion", 27 octobre 2012 (courrier des lecteurs)

 

J'ai décidé aujourd’hui, de vous faire part de mon vécu d’alcoolique, bien que souvent, j’ai hésité avant de me confier.

J’ai eu une enfance assez difficile. A l’âge de douze ans, j’ai goûté pour la première fois à l’alcool, c’était de la curiosité pure et simple de ma part, qui est devenue par la suite une petite accoutumance.

A 13 ans, je faisais des crises convulsives, dues à ma période de puberté, j’ai dû être hospitalisé (abstinence totale pendant tout mon traitement). Je me suis mis vraiment à l’alcool à l’âge de quinze ans exactement, profitant de n’importe quelle circonstance pour boire, naturellement sans que mes parents le sachent, n’empêche que j’ai eu des phases d’arrêt temporaire.

Je faisais du basket-ball à un moment et à chaque victoire, c’était la fête, occasion pour moi d’en profiter avec quelques extras.

Chemin faisant, j’ai dû changer d’établissement scolaire par rapport au métier que j’avais prétendu choisir, j’ai dû l’accepter dans ce lycée d’enseignement professionnel. J’étais à l’internat, donc quelque part, ce fut pour moi une semi-liberté ; au moindre signe d’ambiance (anniversaires, réussite d’une épreuve d’un étudiant et j’en passe) je buvais. Vint ensuite le service militaire, là ce fut autre chose, je pouvais avaler ce que je voulais, même en venant en permission chez mes parents.

Après mon passage sous les drapeaux, j’ai dû chercher du travail, je ne pouvais rester à la maison sans rien faire. Cela dit, après le boulot, boire un verre entre amis c’était une chose quotidienne, question de se relaxer pour ôter soi-disant la fatigue de cette journée de labeur, à cet instant, je ne me suis pas rendu compte que j’étais entrain de devenir un malade alcoolique en puissance, déjà je n’avais plus d’entente avec mes proches ; je me sentais rejeté.

Au fil des années, je me suis forgé un scénario dans ma tête pour me marier en fuyant ma famille et avoir une base solide (le rêve, quoi...). J’ai fait la connaissance d’une fille superbe que j’adorais, que j’aimais, elle sut très vite mon penchant pour l’alcool, chose que je lui avais dite avant de lui demander de m’épouser.

Notre vie de couple a duré quatre ans, pendant toutes ces années, elle a essayé de m’aider de la meilleure façon qu’elle pouvait sans pour autant y parvenir. Elle n’a plus supporté mon alcoolisation, je fus une nouvelle fois rejeté. Maintenant, je suis divorcé, de ce fait, je félicite les épouses qui ont eu la patience d’attendre même avec la souffrance qu’elles ont endurée et subie à la renaissance de leur épou et leur abstinence face à l’alcool, ceci est aussi réciproque pour les époux qui ont souffert.

Entre-temps, je suis retourné vers ceux que j’avais délaissés, je n’avais pas d’autre endroit où aller, bien qu’ils aient aussi essayé de m’aider par tous les moyens possibles à me sortir de cet entourage mortel, qui fut vain d’ailleurs. Quelqu’un de ma famille en dernier recours m’avait suggéré de contacter les Alcooliques anonymes. Elle m’avait dit ceci et je ne l’oublierai jamais :

je te fais le numéro ou pas ? A toi de choisir, je te tends la main, maintenant à toi de la prendre ou de la laisser.

Bien qu’étant perplexe à ce moment-là, je lui ai demandé de le faire, sans conviction et juste pour lui faire plaisir.

Ce jour-là, dès l’appel fait, j’ai fait la connaissance d’un autre malade alcoolique abstinent. Son accueil fut très chaleureux et amical, il m’avait donné l’espoir de m’en sortir. Je l’ai choisi comme parrain.

J’ai suivi une cure de sevrage de deux semaines, dans l’un des hôpitaux de l’île. Je me suis reposé pendant ce court séjour. Le médecin, l’infirmière, l’infirmier, le psychologue, le psychothérapeute, le kinésithérapeute : toutes ces personnes qui ont su être réceptives et compréhensives avec moi, je les remercie.

Aujourd’hui, j’ai cinquante et un an, je suis un des membres abstinents d’Alcooliques anonymes et je suis fier de l’être, avec l’aide de mes ami(es) AA, j’ai appris à me connaître, je suis en paix avec moi-même, je vis une journée à la fois, juste pour aujourd’hui.

Celles et ceux qui ont besoin de réconfort pour leur bien-être, la porte des AA leur est grande ouverte.

Pourrai-je savoir demain ? Etre un rosier qui donnerait des fleurs nouvelles ? Ou tomberai-je dans l’abîme ?

Seul notre puissance supérieure le sait, telle est sa volonté.

Bonne vingt-quatre heures, mes amis(es).

Un fervent dévoué


 

LE SITE DES AA ILES DE LA REUNION & MAURICE"  http://www.alcooliques-anonymes.re/

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