AL-ANON : "La main tendue à ceux qui trinquent"

Publié le par kreizker

in "Le Journal du Jura" (Suisse), 23 novembre 2013

 

Dans l’orbite des Alcooliques anonymes, l’association Al-Anon célèbre cette année 50 ans d’une action entamée à Genève en 1963.
Elle aide l’entourage de la personne dépendante

Une vingtaine de groupes Al-Anon et Alateen sont actifs en Suisse romande et au Tessin.

Voir le détail sur le site www.alanon.ch .
Contact : info@alanon.ch ou 0848 848 833

 

Pour raconter son parcours Anne-Marie* a accepté de témoigner, de lever un coin de cet anonymat qui accompagne la parole, la souffrance ou la rédemption liées à l’alcool.

Mais si Anne-Marie a accepté de témoigner, c’est pour parler d’une situation bien particulière. C’est pour évoquer ces proches qui trinquent. Ces familles qui essuient les verres et épongent les débordements d’un proche victime de son addiction.

Anne-Marie justifie cette parole portée hors du cercle traditionnel par le fait que  » les problèmes des codépendants sont totalement méconnus« . Parole qu’elle souhaite aussi faire coïncider avec les 50 ans des groupes Al-Anon et ses satellites Alateen destinés aux adolescents.

L’alcool semble avoir toujours fait partie du décor dans la vie d’Anne-Marie. Une présence, familière et insidieuse, qui se faufile et se fond dans des habitudes de vie et des rites sociaux.  »
Mon mari était musicien et il n’y avait pas de soirée sans boire un coup « , se souvient-elle. Jusqu’au jour du réveil douloureux, du choc et de la prise de conscience d’un besoin de soins qui la concerne également.

 

Espace de paroles

En intégrant, voici une vingtaine d’années, sur le conseil d’un psychothérapeute, les groupes Al-Anon, elle apprend à vaincre la codépendance et à dépasser sa part de  »coculpabilité« .

 » L’alcoolisme, c’est une maladie, le savoir, ça apaise« , confesse-t-elle. Car, comme son mari, elle admet être restée dans une forme de déni du problème, dans la situation consentante  » de ces femmes qui aiment trop « . Car Anne-Marie a bu son calice jusqu’à la lie.
Sa vie de couple s’est brisée et, avec elle, une partie de l’univers et des valeurs qu’elle s’était forgée.  »
Au moment de la rupture, j’ai perdu huitkilos en dix jours « .

 » Pour se remettre de ce genre de situation et de cette tristesse énorme, on dit qu’il faut compter la moitié du temps d’union. J’ai été mariée pendant dix-huit ans « , souligne-t-elle, renvoyant chacun à ses petits calculs.

A chaque étape de son chemin de croix, l’espace de parole des groupes Al-Anon lui a aussi ouvert une sorte d’espace de soin:  »
J’ai appris la sobriété émotionnelle, et j’ai appris à ne pas devenir dépendante du groupe. L’alcool est resté le problème de mon ex-mari« . Pour Anne-Marie,  » Al-Anon a fait des miracles! » et s’est révélé une  » école de vie « .

 

Se sauver

Aujourd’hui encore, Anne-Marie reconnaît  » y puiser des clés pour ma vie privée ou professionnelle. J’ai appris à dépasser mes refoulements, à gérer mes émotions, à être en colère au bon moment « . Elle a trouvé dans la fréquentation des groupes un point d’ancrage.

Le groupe est devenu un contenant à la souffrance, un lieu où elle a pu  »  apprendre le détachement avec amour
« , un lieu pour se sauver et non pour fuir.

C’est pour ce faisceau de raisons,  » qu’après deux ou trois ans, j’ai eu envie de « faire du service » « . Elle a donc commencé par s’occuper de la salle qui abrite les réunions de groupes. Puis, elle a organisé et animé des réunions d’informations ciblées dans les services hospitaliers et diverses institutions. A travers ces actions, Anne-Marie se sera ainsi engagée bien au-delà des douze étapes du programme Al-Anon.

Elle songe maintenant  » à parrainer quelqu’un pour transmettre ce que je fais, car je ne suis pas indispensable. Si je témoigne et fais l’effort de sortir un peu de cet anonymat, c’est pour rendre un peu de ce que je dois à Al-Anon « .

*Identité connue de la rédaction

Publié dans ALANON ALATEEN

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