Un ermite AA
in "La Meuse" (Belgique), 27 décembre 2013
Michel, 60 ans, habite seul dans une petite maison à Saint-Léger. Il vit dans le dénuement le plus total et passe sa vie sur les routes. Les gens l’appellent « le sage » ou « l’ermite ». Une vie qui lui convient parfaitement. Portrait.
Michel passe sa vie à faire du stop, et accumule quelques dizaines de milliers de kilomètres derrière lui !
Quiconque est déjà allé faire ses courses au Carrefour d’Arlon a déjà vu Michel. Assis sur les marches de l’escalier à l’entrée du magasin, il passe depuis des années le plus clair de son temps à observer le ballet incessant des gens qui entrent et sortent du supermarché. Ici, il connaît tout le monde.
Pourtant, Michel, 60 ans, se considère comme un ermite. Un vrai : il vit seul à Saint-Léger dans une maisonnette de 30 m2, chauffée au bois, sans télévision, ni ordinateur, ni téléphone. Ni même de machine à laver, de séchoir ou de frigo !
« Je vis un peu comme au siècle dernier, confie Michel. Je fais encore mon café à la chaussette, c’est vous dire ! » sourit-il. Il dit aimer la solitude. Il n’a pas de famille. Ses voisins, il les voit très peu. Ses journées, il les passe à se promener. « J’aime me balader. Je fais du stop sans arrêt. Un jour, j’ai décidé d’aller en Grèce en train. J’ai dormi sur la plage pendant des semaines, à la belle étoile. Je pêchais des pieuvres pour les manger. C’était la belle vie ! Je n’ai pas d’attaches, je fais des rencontres, c’est cela qui me plaît. »
Reconnu comme handicapé en raison de problèmes de santé, cet ancien électricien vit désormais avec une allocation de chômage de 1000 euros par mois.
« C’est suffisant ! explique-t-il. Je n’ai pas d’enfants à nourrir, je ne me plains pas. Je suis libre à 100 %, c’est cela qui compte le plus pour moi ».
Parfois, son aspect extérieur pousse les gens à lui donner une pièce ou à manger. « Les gens pensent parfois que je fais la manche, mais je n’ai besoin de rien ! On m’a déjà traité de clochard, de SDF, parce que j’ai une barbe, des vêtements un peu différents. Mais l’habit ne fait pas le moine ! » glisse-t-il, l’œil rieur.
En discutant avec Michel, on plonge dans son histoire et on découvre ce qui l’a poussé à mener ce genre de vie.
« J’ai été alcoolique pendant des années. Je n’ai pas honte de le dire. Je suis abstinent depuis très longtemps. Le fait d’arrêter de boire, c’est cela qui a changé ma vie. Et aux Alcooliques Anonymes, j’ai développé une philosophie de vie que je mets en pratique tous les jours : vivre au jour présent. Je considère que demain n’existe pas. Ce n’est pas un constat fataliste, c’est plutôt une manière de vivre l’instant présent. »
De son propre aveu, Michel a un petit côté philosophe. « D’ailleurs, on m’appelle le sage. Car j’aime écouter les gens. Les jeunes comme les vieux. On a tellement de choses à apprendre, de tout le monde. » C’est cela qui fait tout le sel du personnage, véritable paradoxe ambulant : un ermite, certes, mais profondément humaniste. « J’aime être seul mais je suis curieux de tout », conclut-il.