Alcooliques anonymes : " Une question de survie "
in "La Nouvelle République" (France), 16 juin 2015
Les Alcooliques anonymes de la région Centre-Val de Loire étaient réunis samedi à l’Ethic Étapes pour leur convention annuelle. Témoignages.
On ne peut pas vous donner de chiffres, combien de personnes suivent les réunions, combien en repartent abstinents. De toute manière, assure Patrick, « ça n'a aucun intérêt pour nous ». Patrick est alcoolique anonyme depuis pas mal d'années. Et comme la totalité des personnes croisées samedi dans l'enceinte de l'Ethic Étapes à Romorantin, où se déroulait la 27e convention régionale de la région Centre-Val de Loire, il tient ferme à son anonymat.
Dix groupes en région
Et si Marie veut bien lever le voile sur son prénom c'est pour mieux rappeler les raisons de ce choix ferme : « Les gens peuvent venir sereins parce qu'ils savent que tout ce qui sera dit entre les quatre murs de la salle de réunion ne sortira pas ». Pas d'adhésion, ni subventions, non plus : « On s'autofinance, c'est le prix de notre liberté ».
Une liberté de venir ou de ne pas venir, aussi. Ce samedi, les « anciens » ont pourtant des raisons d'être satisfaits : trois jeunes gens, attablés au soleil, autour d'un café, ont poussé la porte des Alcooliques anonymes pour la première fois. « Une association d'hommes et de femmes qui partagent leur expérience, leur force et leur espoir dans le but de résoudre leur problème commun et d'en aider d'autres à se rétablir de l'alcoolisme », récite la petite assemblée. Cette définition, Jean, alcoolique pendant de longues années, l'expérimente au quotidien. Les cures de désintoxication n'y avaient rien fait. Il explique avoir aujourd'hui trouvé « de véritables amis, j'ai appris à aimer ».
Entre Blois, Chartres, Chambray-lès-Tours, Dreux, Loches, Romorantin, Tours, Orléans (2 réunions) et Vierzon, au total, ils sont dix groupes à se réunir chaque semaine autour de leur volonté commune de s'abstenir et surtout de reconstruire.
Anonymes mais pas invisibles
« Anonyme ne veut pas dire invisible ». Marie insiste sur ces mots. Elle qui dit avoir trouvé au sein des AA, comme dans un miroir, une raison de ne plus avoir peur ou honte de parler de sa maladie. « De réappartenir à une micro-société, qui permettra ensuite de repartir vers l'extérieur ». Caché, un peu, mais pas une « secte », comme le perçoivent certains, déplore-t-elle : « En France, les gens ont peur de ce côté ultra-confidentiel ».
Dans le groupe, beaucoup ont plus de 20 ans de réunions derrière eux. À Chartres, la doyenne affiche 48 ans d'abstinence. À Romorantin, la plus ancienne fréquente le groupe depuis 43 ans.
« Parmi nous, beaucoup auraient pu finir en prison, dans un caniveau, fou ou mort », estime Marie, qui n'atténue pas ses mots quand on lui demande si le tableau n'est pas un peu plus nuancé. Elle tient ferme : « C'était devenu une question de survie ».
En dehors des permanences hebdomadaires, le mercredi, à 20 h, au centre administratif de la place de la Paix pour Romorantin, une permanence téléphonique est assurée continuellement au 08.20.32.68.83.
