Alcooliques Anonymes : «On voit arriver plus de jeunes et de femmes qu'avant»

Publié le par kreizker

Alcooliques Anonymes : «On voit arriver plus de jeunes et de femmes qu'avant»

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in "Le Figaro" (France), 9 novembre 2015

Des personnes participent à une réunion de groupe hebdomadaire organisée par l'association Alcooliques Anonymes, le 23 janvier 2004 à Paris

Des personnes participent à une réunion de groupe hebdomadaire organisée par l'association Alcooliques Anonymes, le 23 janvier 2004 à Paris

INTERVIEW - L'association Alcooliques anonymes a fêté ses 55 ans ce week-end. Une longévité que l'association doit à plusieurs principes tels que le respect de l'anonymat, comme nous l'explique Agnès, 56 ans, membre et vice-présidente de l'association.

L'association Alcooliques anonymes a fêté ses 55 ans ce week-end. Ce mouvement d'entraide créé en 1965 en France compte aujourd'hui entre 5000 et 6000 membres, avec une moyenne de 600 réunions par semaine. Une longévité que l'association doit à plusieurs principes tels que le respect de l'anonymat et son indépendance, comme nous l'explique Agnès, 56 ans, membre et vice-présidente de l'association.

Comment expliquez-vous que l'association Alcooliques anonymes (AA) existe encore après tant d'années?

Agnès. - Si on tient, c'est qu'on a su s'adapter à la société et qu'on a su garder notre principe d'anonymat et notre indépendance. Notre association, qui s'autofinance toute seule (nous ne recevons aucune subvention, c'est un choix), fonctionne sur l'entraide entre personnes concernées par la maladie de l'alcoolisme. Grâce à l'anonymat, on se sent plus en confiance et ça libère la parole. Quand on vient, on laisse son identité sociale (âge, sexe, etc.) à la porte pour ne parler que d'une seule chose qui nous concerne tous: la souffrance générée par l'alcool. On vient partager son expérience mais aussi sa force, que l'on met à la disposition de celles et ceux qui viennent d'arriver pour leur transmettre un message d'espoir et leur dire: «oui, on peut y arriver». On a aussi un système de parrainage qui permet aux nouveaux de se faire aider par des anciens. C'est une sorte de «fée bleue» qui conseille et épaule dans les moments difficiles.

Quel type de public aidez-vous? Avez-vous observé une évolution ces dernières années?

Il n'y a pas de profil type. Il y a des hommes, des femmes, de tous les âges, venant de tous les milieux sociaux. En 2014, deux tiers étaient des hommes, un tiers des femmes. L'âge moyen était de 57 ans. Une moyenne qui peut paraître élevée mais il faut du temps pour devenir alcoolique: on ne passe pas d'une consommation normale à la dépendance au produitdu jour au lendemain. Néanmoins, la moyenne d'âge a tendance à baisser. On voit arriver de plus en plus de jeunes, des 18-30 ans qui s'adonnent au binge-drinking et qui perdent pied rapidement. Mais aussi des femmes qui, malgré le regard sévère que la société porte sur elles, prennent conscience qu'elles ont besoin d'aide.

Vous avez un programme en 12 étapes. En quoi consiste-t-il?

C'est un programme proposé à nos membres et abordé lors des réunions. La première étape consiste à reconnaître qu'on est impuissant face à l'alcool. Celles qui suivent sont centrées sur le thème de la reconstruction. Moi, quand je buvais, je me mentais tout le temps. Je me disais que je pouvais arrêter quand je voulais alors qu'au fond, je savais que c'était faux. Du coup, je ne me faisais plus confiance. Or, c'est une des clés de voûte qui permet de se reconstruire. Le programme invite aussi à mieux se connaître, à s'accepter tel que l'on est pour pouvoir être en paix avec les autres. Là, il s'agit de reconnaître qu'on a pu faire du mal aux autres. Car pour certains, c'est la famille entière qui explose. L'idée ici, c'est donc de réparer ce qui a été cassé. Dernière étape: aider les autres. Mais là il n'y a aucun délai à respecter, c'est très personnel, chacun va à son rythme.

«Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts». C'est l'étape 5 du programme. On y fait références à «Dieu». Votre mouvement est-il religieux?

Pas du tout. Alcooliques anonymes est une association laïque, qui fonctionne partout dans le monde, quelle que soit la confession du pays, avec 116.000 groupes et deux millions de membres. Le concept de l'association est né aux États-Unis en 1935 et depuis, le terme «Dieu» est resté. Mais chacun y met ce qu'il veut. Pour les athées, «Dieu» peut représenter le groupe des Alcooliques anonymes. Pour d'autres, ce sera une puissance externe, un ange gardien. Libre à chacun de s'approprier ce programme. Et qu'on soit clair: il n'y a rien de sectaire là-dedans. On vient et on repart des Alcooliques anonymes quand on veut!

Combien de temps les gens restent-ils au sein de votre association?

Ils font en moyenne une réunion et demie par semaine pendant environ 13 ans. Ils y trouvent une sorte de fraternité et renouent avec une vie sociale qu'ils avaient perdu à cause de l'alcool. Personnellement, j'y ai développé des amitiés réelles et rencontré des personnes à qui j'ai confié des choses que je n'ai jamais dites à ma famille. Je repense notamment au jour où mon père est mort. J'étais entourée de ma famille mais le soir même, j'ai ressenti le besoin d'en parler à mon groupe. C'est pas tant que j'avais envie de boire. J'avais simplement envie de leur amitié, de leur soutien. En fait, c'est une seconde famille qui magnifie la première.

Quel regard porte le corps médical sur votre action?

Il a changé. Avant, la plupart des médecins nous regardaient d'un œil méfiant: on venait des États-Unis, on parlait de Dieu et on avait des résultats. Malgré ces réticences, certains, convaincus du bienfait de notre action, nous ont aidé à nous implanter. Et depuis, nos relations ont évolué. Aujourd'hui, on est en général bien reçu par les professionnels de santé. Ils ont compris que nous agissions en complément de leur activité: à l'association, nous ne sommes ni médecins, ni scientifiques mais simplement des gens qui rapportent leur vécu.

L'association anime une permanence téléphonique joignable 24 heures 24 au 09.69.39.40.20 (appel non surtaxé).

 

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in "L'Observatoire de la Santé" (France), 10 novembre 2015

Ce mois-ci, les Alcooliques Anonymes célèbrent leurs 55 ans d’existence. Depuis les années 60, cette association aide bon nombre d’hommes et de femmes à sortir de leur dépendance à l’alcool.  Retour sur une initiative qui a contribué à soutenir de nombreux malades.

Un grand pas pour les alcoolo-dépendants

Les profils des membres peuvent être parfois bien différents, et pourtant, une chose les lie : le désir ardent d’en finir avec ces boissons enivrantes qui leur gâchent la vie. Philippe fait partie de ceux-là : il est donc bien placé pour savoir que le chemin jusqu’à la « guérison » est souvent long, difficile. Seule la volonté guide ces femmes et ses hommes qui se réunissent pour parler de leur addiction. Et cette volonté, « il faut aller la chercher, explique-t-il, car, la seule condition pour faire partir des AA (Alcooliques Anonymes), c’est d’avoir envie d’arrêter. » Il explique aussi que « certains ne s’imaginent pas à quel point c’est dur d’en finir avec une chose à laquelle on s’est habitué, qui fait partie du quotidien… Il faut être capable de changer ses habitudes, de faire déguerpir cette foutue dépendance, mais surtout… être capable de reconnaître que l’on a un problème ».

Il faut être capable de changer ses habitudes, de faire déguerpir cette foutue dépendance, mais surtout… être capable de reconnaître que l’on a un problème 

Parler, pour se rétablir 

S’encadrer, pour mieux se soutenir. Parler, pour mieux se rétablir. Le maître-mot lors des réunions, ce n’est pas tant l’alcool que l’abstinence. Tous les membres sont libres de raconter ou non leurs déboires, de partager ou non leurs expériences variées. Le tout, c’est de parler, de se libérer, de sortir de sa bulle d’enfermement progressif. La méthode de rétablissement proposée par les AA fait ses preuves depuis 80 ans partout à travers le monde. En France, le mouvement fête ses 55 ans ce mois-ci. L’occasion de rappeler qu’il y a plus de 600 réunions AA par semaine sur l’ensemble du territoire français, y compris la Corse et l’Outremer, que l’accès aux réunions est libre et anonyme, et l’accueil par les autres membres toujours chaleureux et sans jugement.

Vous vous sentez concerné ? Un numéro permanent est à votre disposition : 09 69 39 40 20 (appel non surtaxé). Cette permanence téléphonique nationale mise en place par les Alcooliques Anonymes vous apporte aide, renseignements, adresses et horaires des réunions en France, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an.

Une petite touche d’histoire…

Le mouvement des Alcooliques Anonymes est né en 1935, aux Etats-Unis. Bill et Bob, deux alcooliques que les médecins condamnaient, se sont croisés au cours de leurs vies. Bill venait à peine d’arrêter de boire. Il raconta alors sa vie, son expérience, son point de vue à Bob. Et c’est ainsi que l’un entraina l’autre à s’abstenir pour mieux guérir. Le mouvement est arrivé en France en 1949. Des Américains s’entretenaient lors de réunions. Puis, en 1960, le premier groupe francophone fit son apparition dans un quartier parisien.
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Publié dans AA france

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