"Une expérience de sociothérapie"
in "Le Monde" (France), 22 novembre 1963 (Extrait)
Les Alcooliques Anonymes, c'est, nous explique leur président pour la France, M. Chéret, une association d'anciens buveurs ou d'actuels buveurs, de tout niveau social, de toute confession, de toute politique, mais qui ont en commun un seul et même problème : l'alcoolisme. Ils sont tous, à ce point de vue, des malades. Les uns pour avoir trop bu, les autres tout simplement pour ne pas supporter à quelque dose que ce soit, l'alcool. Et tous, sauf le président, sont alcooliques ou anciens alcooliques.
Joseph Kessel a retracé l'expérience qu'il a pu observer aux États-Unis (2) : née en 1934 de la volonté d'un alcoolique qui eut toutes les peines du monde à en convaincre un deuxième, puis dix, puis vingt, puis cent, l'association américaine groupe actuellement quelque 300 000 membres représentant plus de 8 000 sections. D'autres sections importantes sont disséminées au Canada, en Angleterre, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Hollande, etc., et depuis deux ans en France.
L'Association française des A.A. n'est certes pas la seule organisation qui vienne au secours des alcooliques, mais elle est la seule qui, en France, ne soit constituée que par les buveurs eux-mêmes. Leur président insiste bien sur ce fait : les A.A. n'acceptent aucun secours, aucune subvention de ceux qui ne sont pas alcooliques. Seul un alcoolique peut connaître leur problème, leur combat intérieur, comprendre leur lutte en commun.
Un malade difficile à soigner
Pour chacun de ses membres les A.A. représentent la sauvegarde, la barrière de protection que l'on ne peut trouver ailleurs....