"Les Alcooliques Anonymes chartrains fêtent leurs 35 ans"
in "L'Echo Républicain" (France) , 5 février 2016
Vingt ans après leur sevrage, Jim et Fabrice continuent d’échanger leur expérience et d’accompagner les alcooliques qui viennent à l’association.
À peine assis à table, ils endossent leurs pseudonymes d'Alcooliques Anonymes, ceux qu'ils se sont choisis, il y a des années. « On ne fait pas carrière là-dedans, je vous rassure », plaisante Fabrice.
Pourtant, ce Chartrain continue d'assister aux réunions des Alcooliques Anonymes (AA). De l'autre côté de la table, Jim ajoute : « Les Alcooliques Anonymes est une association d'entraide mutuelle. Il y a vingt-deux ans, quand j'ai poussé leur porte, j'étais bien content qu'on m'accueille. »
Pas de religion aux AA. Leur Trinité s'appelle Rétablissement\Unité\Service. C'est ce service, reçu il y a deux décennies, que Fabrice et Jim perpétuent. Fabrice explique : « Il y a les "miraculés de la première réunion", qui prennent conscience de leur maladie tout de suite. Et puis, il y a les autres. Quand je suis arrivé aux AA, je n'étais pas alcoolique. Du moins c'est ce que je me disais. »
mais pour soi-même
Être honnête avec soi-même, avant tout, le premier pas vers le rétablissement. Et il ne peut se faire qu'au contact des autres, insiste Jim : « J'ai fait une cure pour soigner mon alcoolisme. J'ai replongé tout de suite après. »
À la fin de chaque réunion, les participants sont invités à repartir avec, au moins, un numéro de téléphone d'un autre membre. Jim explique : « Parfois, avant de prendre le premier verre d'alcool, un coup de fil peut aider. » Pourtant, loin de Jim et Fabrice l'idée de se mettre en avant et distiller leur savoir : « Nous faisons partie de la structure de l'association mais, aux réunions, la structure est invisible. »
Il aura fallu neuf mois à Fabrice pour ne plus toucher à l'alcool, dix-huit pour Jim. En revanche, les deux hommes restent « dépendants » des réunions des AA. Jim ressent le besoin de s'y rendre chaque semaine : « L'amitié, c'est la seule dépendance qui permet de retrouver sa liberté. Les AA sont devenus mes meilleurs amis. Si le groupe de Chartres venait à fermer, qu'est-ce que je deviens, moi ? » Fabrice renchérit : « L'expérience montre que quand les gens arrêtent de venir aux AA, beaucoup replongent. On connaissait certains qui en sont morts. Le suicide est fréquent chez les alcooliques qui se remettent à boire et n'acceptent pas d'avoir "échoué". »
Tous les premiers samedis du mois, les réunions des Alcooliques Anonymes sont ouvertes « pour accueillir nos proches, le grand public ». En mars, Jim et Fabrice fêteront leur anniversaire d'abstinence, lors de l'une de ces réunions ouvertes. Jim se souvient de son premier anniversaire sans alcool : « C'était le jour des 20 ans de mon fils. »
Quelle place accorder à la famille des alcooliques ? Une autre association, les Al-Anon, accompagne les proches des malades. Les compagnes de Jim et Fabrice s'y rendent régulièrement. Jim en discute, de temps en temps, avec sa femme : « Quand on est alcoolique, la vie du couple tourne autour de l'alcool, dans un mécanisme de codépendance. L'autre devient obsédé par notre maladie. »
En définitive, les malades sont seuls face à eux-mêmes. Fabrice précise : « Aux AA, on vient se soigner, c'est notre maladie. On ne parle que d'alcool dans les réunions, c'est là le sens du mot "unité". Tous ensemble, mais pour soi-même. »
La famille retrouve sa place à la fin du programme, au moment de « faire le tour des dégâts ». Celui où le malade abstinent s'ouvre à son entourage. Pour enfin « mettre fin à une vie de mensonge et de paraître ».
