"Alcooliques Anonymes : un groupe d’entraide créé à Saumur"
in "Ouest France", 8 Mars 2023
Les Alcooliques Anonymes font leur retour à Saumur après plus de deux décennies d’absence. Une réunion hebdomadaire sera proposée à compter du vendredi 24 mars.
L’alcool, en parler pour s’en libérer : tel est le credo de l’association Alcooliques anonymes qui signe son retour à Saumur.
Bien implantée à Angers et Cholet, l’association des Alcooliques Anonymes signe son grand retour à Saumur après plus de deux décennies d’absence. Sous l’impulsion de trois membres angevins, un groupe d’entraide va être lancé à compter du vendredi 24 mars. Baptisé Espérance, il se réunira chaque vendredi de 20 h 30 à 22 h dans les locaux de l’espace Jean-Rostand à la Croix verte (330 rue Emmanuel-Clairefond) dans le but d’accueillir des personnes ayant un problème d’alcool.
Ces temps d’échanges qui ont fait leurs preuves ici et là et permettent de discuter, de croiser les expériences dans un climat de bienveillance, de respect et de non-jugement avec l’objectif affiché de réussir à sortir de cette addiction. Nous travaillons en lien avec les médecins et addictologues
, indique Daniel*, membre depuis le milieu des années 1990. Ce nouveau groupe a vocation à capter un public saumurois mais pas seulement. C’est ouvert. Les gens de Chinon ou Thouars, villes dépourvues de groupe d’entraide, peuvent aussi nous rejoindre
.
Un combat difficile
Cette décision des Alcooliques Anonymes de revenir en Saumurois vise à compléter l’accompagnement existant, mais sous une autre forme. Déjà l’association Vie Libre, bien présente, assure des permanences et propose des actions de prévention. Il n’y a pas de concurrence. On n’est jamais trop nombreux pour lutter contre l’alcoolisme
, assène Daniel, qui sait combien ce combat est difficile. Aujourd’hui âgé de 70 ans, lui-même a livré batailles. À l’aube de la quarantaine, il lui a fallu se rendre à l’évidence. Je me considérais juste comme un fêtard. Mais je n’avais pas de limites
. Au point que l’alcool lui a valu un divorce, plusieurs accidents de voiture, mais aussi de perdre son boulot.
Le groupe Espérance se réunira chaque vendredi de 20 h 30 à 22 heures, toute l’année « car l’alcool ne prend pas de vacances ».
Apprendre à écouter
Ce n’est pas simple de pousser la porte des Alcooliques Anonymes. La première fois, j’y suis allé dans l’idée d’apprendre à contrôler ma consommation : ça n’a pas marché
. Le déclic est venu plus tard, grâce à l’aide de ses parrains. Il fallait arrêter, purement et simplement. L’alcool est plus fort que nous, c’est une maladie. Il faut accepter de perdre le match pour faire la paix avec soi-même. Apprendre à écouter aussi, même quand on a une grande gueule comme moi. Je dis souvent que j’en avais marre d’avoir marre. C’est épuisant de boire. Ça cramponne dur l’alcool, comme toutes les drogues. En arrêtant, j’ai réappris à vivre
.
Abstinence joyeuse
Aujourd’hui abstinent, Daniel a pris le recul nécessaire sur cette addiction. Ces échanges humains sont importants pour redonner de l’espoir. On n’est pas là pour sauver le monde, on est juste un maillon de la chaîne. J’ai coutume de dire que je suis un alcoolique ordinaire qui a réussi à arrêter au terme de petites étapes, avec des petits gestes. Je n’ai pas subi, j’ai retrouvé goût à la vie. Quitte à arrêter, autant être dans une abstinence joyeuse
, résume Daniel, bien conscient que ce n’est pas si simple que cela. Il faut être dans l’acceptation
, explique celui qui se présente comme la preuve vivante que ça peut fonctionner
.
Les gens ayant un problème d’alcool pourront se retrouver chaque vendredi à l’espace Jean-Rostand dans un environnement bienveillant et de non-jugement.
Des petits miracles
Pour rappel, chez les Alcooliques Anonymes, nul besoin de s’inscrire ou de devenir membre de l’association. Pas de cotisation à payer, la participation est libre à la fin de la réunion. On vient, on donne juste un prénom. On écoute et on parle si on en a envie
. Et Daniel d’évoquer souriant les petits miracles
qu’il a pu observer au contact des autres malades. Des gens qui s’en sont sortis et qui aujourd’hui donnent de leur temps en retour pour aider ceux qui veulent devenir abstinents. Le 2e vendredi de chaque mois, le groupe Espérance proposera aussi une réunion ouverte à laquelle pourront participer les familles ou les proches des alcooliques, mais aussi des professionnels.
* Prénom d’emprunt
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