« Je suis fier d’être un Alcoolique Anonyme »
in "La Voix du Nord" (France), 5 Mai 2023
Toutes les semaines, les Alcooliques Anonymes se retrouvent à Nieppe. Une réunion entre « amis », qui s’aident « à ne pas prendre le premier verre ». Ouverte à tous le premier mardi du mois, ces permanences accueillent toute personne ayant le désir d’arrêter de boire. Morceaux de vie choisis de la réunion de mardi.
19 h 50, le premier mardi du mois de mai. Dans la maisonnette qui jouxte les grilles du parc du château de Nieppe, les volets et la porte d’entrée s’ouvrent. Dans la petite salle de droite, les chaises sont installées autour de la table, on sort les bonbons et les biscuits. Dans l’armoire, on descend les livres que l’on pose sur des présentoirs. On fait chauffer de l’eau, on sort des gobelets en plastique et des boissons fraîches. Ici, on le sent tout de suite, le cérémonial est important. Ils sont huit autour de la table, des « amis » comme ils s’appellent entre eux. Eux, ce sont des hommes et des femmes d’âges et d’origines sociales variés qui se retrouvent une fois par semaine pour s’aider à tenir le coup. Leur point commun : avoir connu la descente aux enfers de l’alcool et faire partie de la grande famille des Alcooliques Anonymes. Trente-huit ans d’abstinence ou deux mois, ici tout le monde est à égalité face aux vingt-quatre prochaines heures qu’il va falloir affronter. « Parce que chez les AA, c’est l’instant présent le plus important. »
« Je n’étais resté que six mois parce que je croyais que l’on guérissait de l’alcoolisme. »
Un modérateur est désigné, le tour de table peut commencer. « Je suis sobre aujourd’hui et abstinent. Je vais bien. Je suis content de vous voir. » D. a poussé la porte de l’antenne nieppoise une première fois en 2003. « Je n’étais resté que six mois parce que je croyais que l’on guérissait de l’alcoolisme. » Il y reviendra. Parce « qu’ici on est accepté comme on est ». Et surtout parce qu’« après avoir eu l’impression d’avoir trahi les miens, je devais me sauver moi-même ». J.-M., lui, ne va pas très bien ce soir. Il raconte quand même ses deux mariages soldés par deux divorces, ses trois enfants qu’il commence à peine à revoir après sa douzième bougie sans alcool. Y. est un peu le doyen, lui aussi n’a tenu que trois réunions la première fois. C’était en 1994. « On m’avait forcé. Le fruit n’était pas mûr, je me suis barré, j’ai dit que c’était une secte. J’ai continué à creuser mon trou pendant dix ans. »
« Aujourd’hui je peux prendre la route sans avoir peur du contrôle, c’est merveilleux. »
Ici, les regards sont bienveillants et l’écoute sincère. P. raconte son week-end et ce mariage où il a encore une fois prétexté prendre des médicaments pour décliner les verres d’alcool. « Et c’était vraiment une super-soirée malgré la tentation. » C. fait partie des dernières arrivées. Ce soir-là, elle est « fière » du chemin parcouru. « Je ne bois qu’une bière par semaine, c’est encore trop mais je suis contente, je travaille. L’alcool m’a déjà coûté trois de mes cinq enfants et mes petits-enfants. On a loupé des amis, des belles choses. Aujourd’hui, je peux prendre la route sans avoir peur du contrôle, c’est merveilleux. » L’abstinence comme une liberté retrouvée : tous sont d’accord autour de la table.
« J’ai mis trente ans à toucher le fond. La dernière année, la voiture se garait toute seule devant le bistrot. »
C. est plus jeune que les autres, elle a fait plusieurs rechutes. Ce qu’elle aime ici ? « On peut raconter des choses que l’on ne raconte à personne. Y a aussi des choses d’alcooliques que tout le monde ici comprend sans que l’on explique. » X. clôt le tour de table. « L’alcool me fiche une paix royale ces derniers temps. » Comme les autres, il se sent ici chez lui. « J’ai déjà quitté des soirées anniversaires ici en me disant je suis fier d’être un alcoolique anonyme. » Et pourtant, comme les autres, il revient de loin. « J’ai mis trente ans à toucher le fond. La dernière année, la voiture se garait toute seule devant le bistrot. Avant, à 19 h, j’étais au bistrot, maintenant je cuisine. »
Entre les réunions physiques comme à Nieppe, les rendez-vous visio et les permanences téléphoniques (09 69 39 40 20), une écoute est possible 7/7 jours et presque 24/24 heures. Si vous habitez la métropole lilloise, vous pouvez trouver une réunion physique chaque jour, puisque des permanences ont lieu à Annœullin, Croix, La Madeleine, Lambersart, Lille, Mons, Nieppe, Tourcoing, Villeneuve-d’Ascq et Wattrelos.
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