« On est tous passé par le même chemin », célébrer en toute sobriété

Publié le par kreizker

Radio-Canada, 22 Décembre 2025

Apprendre à avoir du plaisir sans consommer, c’est ce qui unit Norman, Yves et Valérie. Ces trois membres des Alcooliques Anonymes (AA) de l’Abitibi-Témiscamingue ont accepté de partager leur histoire de résilience, en ce mois de décembre.

Plusieurs personnes assistent à une rencontre des Alcooliques Anonymes.

Plusieurs personnes assistent à une rencontre des Alcooliques Anonymes.

Norman est sobre depuis 37 ans. Le temps des Fêtes n’est plus un enjeu pour lui, mais ça n’a pas toujours été le cas. « Autant Noël que la Saint-Jean-Baptiste, ou l’ouverture de la chasse ou de la pêche, c’était toutes des occasions propices à consommer », résume-t-il.

Il confie qu’il n’était plus conscient de ses gestes. Le niveau de consommation n’est pas le même pour tout le monde. Je me réveillais le lendemain matin et je ne me souvenais plus de rien, dit-il.

Les noms de famille des membres des Alcooliques Anonymes ne sont pas indiqués pour protéger leur identité.

C’est à quelques jours de Noël, il y a 37 ans, que Norman a décidé d’aller chercher de l’aide pour essayer de régler son problème d’alcool. Après un party de bureau lors duquel il a consommé plus que d’habitude, sa fille de six ans a dû prendre soin de lui. Ça a été l’élément déclencheur, se remémore-t-il.

 

"Ce n’est pas normal qu’une petite fille de six ans prenne soin de son père. À ce moment-là, j’ai perdu ma dignité. J’ai décidé d’aller chercher de l’aide."

Norman, membre des AA.

 

Il ne faut jamais oublier que l’alcoolisme est une maladie, alors il faut soigner cette maladie-là.

C’est en adhérant aux Alcooliques Anonymes que le chemin vers la sobriété a pu commencer. Il présente cet organisme comme un endroit où les gens ont le désir de s’entraider. Il n’y a pas de religion, de classe sociale ou d’âge pour adhérer, juste des personnes qui ont un problème avec l’alcool.

Grâce aux rencontres, Norman a pu se libérer de certains problèmes émotifs parce que, selon lui, l’alcool est le symptôme de quelque chose de beaucoup plus profond. Il explique qu’arrêter de consommer n’est pas suffisant, il faut aller plus loin.

Le plus important lors d’une rencontre aux AA est l’accueil, selon Norman. On reçoit les gens, comme ils sont. Quand quelqu’un arrive pour la première fois dans une salle d’Alcooliques Anonymes, il est rarement souriant. La personne est brisée, défaite.

Il croit que l’élément phare des AA est cet accueil sans jugement. On reconnaît sa souffrance parce qu’on est tous passés par le même chemin, conclut-il.

Des lectures et pensées sont proposées aux membres des Alcooliques Anonymes en soutien à leur démarche de sobriété. Les Réflexions de Bill accompagnent Norman depuis maintenant 37 ans.

Des lectures et pensées sont proposées aux membres des Alcooliques Anonymes en soutien à leur démarche de sobriété. Les Réflexions de Bill accompagnent Norman depuis maintenant 37 ans.

La petite fille de six ans de Norman en a maintenant 45. Je pense qu’elle est fière, oui. J’ai arrêté de fumer, je suis plus actif. Ça a vraiment été un changement de mode de vie. Après toutes ces années, il croit que l’important est de s’écouter et de ne pas hésiter à appeler un ami au besoin.

Yves a aussi accepté de témoigner. Sobre depuis maintenant 18 ans, il affirme qu’il n’y a aucune règle pour être membre du groupe ou presque. En fait, la seule pourrait être : le désir d’arrêter de boire. Selon lui, le point commun souvent observé entre les membres des AA est leur intensité.

On est extrême dans tout ce qu’on fait. Souvent, quand on arrête de boire, on va transférer vers autre chose, comme le sport, ajoute le membre des Alcooliques Anonymes en Abitibi-Témiscamingue.

Le temps des Fêtes n’est plus un enjeu pour lui, mais il rappelle l’importance des AA et de leur conscience de groupe. C’est-à-dire que tous les membres s’impliquent lors des réunions pour réaliser les différentes tâches, comme préparer le café ou animer, créant un sentiment d’appartenance pour accrocher au mouvement.

Membres des AA depuis 2019, Valérie est maintenant âgée de 50 ans. Elle se rappelle son premier Noël où elle s’est choisie. Le 25 décembre, je suis allée au cinéma avec un ami parce que je savais que le souper de Noël était un endroit où il y aurait beaucoup de consommation. J’ai choisi de faire les choses différemment pour ne pas me mettre en danger.

"En ayant plus l’alcool qui fait partie de ma vie, j’aime bien fêter Noël avec les enfants. Maintenant, je ne fais plus de Réveillon. C’est vraiment un brunch de Noël et des activités extérieures."

Valérie, membre des AA en Abitibi-Témiscamingue

 

Elle compare le chemin parcouru à un livre. Le programme dit 24 h à la fois. Tranquillement, on empile chaque feuille blanche pour se créer une nouvelle vie et chaque 24 h donne une livre qui nous fait réaliser que oui, c’est possible. Valérie affirme pouvoir maintenant avoir du plaisir à faire les choses sans consommer.

Accompagner une personne dépendante

La directrice générale de la Maison Jean Lapointe, Anne Elizabeth Lapointe, mentionne que le temps des Fêtes peut être une période joyeuse pour certains, mais que pour des gens qui ont un problème de consommation, ce peut être plus difficile.

En tant que proche, l’important c’est d’être présent, d’écouter, de ne pas juger, puis, idéalement, si la personne veut de l’aide, c’est de l’orienter vers les ressources qui existent, comme les meetings des AA, la Maison Jean Lapointe, affirme-t-elle.

Selon Anne Elizabeth Lapointe, si la personne souffrant de dépendance n’est pas apte à écouter, il est possible d’avoir des propositions sans alcool pour espacer sa consommation. Offrir de l’eau entre les verres pour essayer de diminuer les conséquences possibles est aussi une option, toujours selon la directrice générale de la Maison Jean Lapointe.

"C’est d’aimer la personne, de continuer à l’aimer sans la juger. De l’écouter et de l’essayer de l’orienter le plus possible."

Anne Elizabeth Lapointe, directrice générale de la Maison Jean Lapointe et du Centre québécois de lutte aux dépendances

Anne Elizabeth Lapointe a plus de 23 ans d’expérience dans le domaine des dépendances, dont vingt années en prévention.

Anne Elizabeth Lapointe a plus de 23 ans d’expérience dans le domaine des dépendances, dont vingt années en prévention.

Ne pas consommer de l’alcool en 2025 est plus facilement accepté, selon Anne Elizabeth Lapointe, ce qui peut faciliter la période du temps des Fêtes pour les personnes avec un trouble de dépendance. Le défi 26 jours sans alcool qu’on fait chaque année le démontre. Aujourd’hui, les gens vont davantage accepter que tu prennes un cocktail sans alcool sans trop insister.

Elle rappelle que la dépendance est considérée comme une maladie progressive et que le moyen d’arrêter cette hémorragie est de ne pas consommer. Elle oriente les gens vers les groupes d’entraide et les autres fraternités pour éviter le plus possible l’isolement lors du temps des Fêtes.

Publié dans AA Québec

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