« Ici, on n’est plus seuls » : aux Alcooliques Anonymes de Tours, la parole se libère pour combattre l’addiction

Publié le par kreizker

in "La Nouvelle République" (France), 5 Janvier 2026

Aux réunions des Alcooliques Anonymes de Tours, les bonbons font partie de la « tradition ».

Aux réunions des Alcooliques Anonymes de Tours, les bonbons font partie de la « tradition ».

Chaque vendredi soir, des hommes et des femmes de tous âges partagent leur combat quotidien, entre rechutes et espoirs, pour se libérer de l’emprise de l’alcool. Reportage.

 
 

« Il est 18 h 30, on s’y met ? » La nuit est déjà tombée ce vendredi 2 janvier 2026. La lumière est allumée dans la petite salle municipale Charcot, à Tours, la porte est ouverte. Sur les tables rassemblées au milieu de la pièce, du thé, du café, des bonbons et des papillotes, vestige du tout récent réveillon. « Yannick, alcoolique abstinent, bonjour » : la première réunion de l’année du groupe local des Alcooliques Anonymes est lancée.

Pour la première fois, les AA s’associent à la campagne du Dry january, ce défi de janvier, qui consiste à faire une pause d’un mois dans sa consommation d’alcool. Eux promeuvent pourtant des défis de « 24 heures à la fois » - certains depuis près de trente ans - et y ajoutent une dose de spiritualité. « Ici c’est souvent la dernière porte qu’on peut ouvrir quand on a touché le fond », glisse Paul (tous les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat), l’un des anciens du groupe tourangeau.

« Chacun peut déposer ses valises »

Cette porte, Alexa, danseuse d’une trentaine d’années, l’a poussée il y a un an. « Je ne savais plus vers qui me tourner, j’ai appelé un mardi, on m’a dit de venir le vendredi, et voilà », se rappelle-t-elle avec clarté. Ce début janvier, elle peut raconter avec fierté à ses « amis des AA » toutes ces occasions de boire qu’elle a évitées, la dernière lancée à la volée depuis le comptoir d’un bar alors qu’elle promenait son chien. « Avant j’aurai enchaîné jusqu’à 15 h le lendemain », s’étonne-t-elle encore.

Un simple « Merci Alexa » scandé d’une seule voix conclut sa prise de parole. Les échanges directs sont réservés pour après la réunion, à ceux qui souhaitent prolonger le moment sur ce temps informel. « L’idée n’est pas de débattre, mais d’être dans l’accueil de la parole, explique Florence, une élégante quadragénaire qui fréquente les Alcooliques Anonymes depuis un peu plus de deux ans.
La seule condition pour être membre des Alcooliques Anonymes est d’avoir le désir d’arrêter de boire.

La seule condition pour être membre des Alcooliques Anonymes est d’avoir le désir d’arrêter de boire.

À l’issue d’une période de fêtes qui relève parfois de l’épreuve pour les abstinents, Nicolas, la trentaine, est arrivé avec « son sac plein ». La pression familiale, l’alcool omniprésent, les soupçons qui pèsent sur celui qui sort tout juste de cure. Comme beaucoup, il attendait cette réunion de reprise avec impatience. « On sait que le vendredi on va retrouver du monde, c’est un moment que j’attends chaque semaine car quand je sors, je me sens mieux », opine Alexa. « Si je n’avais pas ce groupe, ce serait la cata dans ma vie », lâche Sylvie. Avant d’ajouter : « Même si je ne suis pas encore abstinente ».

« Ici, on n’est plus seuls »

Selon les statuts fondateurs des Alcooliques Anonymes « la seule condition requise pour être membre est un désir d’arrêter de boire », mais chacun vient comme il peut. « Quand je suis venue la première fois, j’étais alcoolisée, avoue Véro, 65 ans, retraitée depuis peu. Ils m’ont accueillie, et m’ont offert un bonbon. » Parmi la quinzaine de personnes présentes ce vendredi-là, certains n’ont plus touché un verre depuis leur entrée dans le groupe, d’autres composent avec des rechutes.

 

Bien qu’ils revendiquent une forte dose de spiritualité, les Alcooliques Anonymes ne prétendent pas faire de miracles. « Il y a un programme, avec douze étapes, et douze traditions, c’est tout un cheminement », pose Mireille, l’une des doyennes du groupe. Le premier de ces douze commandements est de « reconnaître notre impuissance face à l’alcool », précise celle qui fréquente encore assidûment les AA après plus de 20 ans d’abstinence. Le dernier est d’aider les autres.

De 30 à 85 ans, les témoignages livrés en marge de la réunion se croisent sans se ressembler. Il y a Michaël, informaticien de 45 ans qui « a failli perdre son emploi à cause de l’alcool » ; Yannick, directeur de projet de 54 ans qui y a plongé après un licenciement ; Marie, mandataire judiciaire de 58 ans qui « dès le départ, buvait à se soûler »« Mais je suis issue d’une famille où tout le monde boit, donc je me disais, deux ou trois verres de plus, qu’est-ce que c’est ? », réfléchit-elle à haute voix. Beaucoup, comme Paul, pensaient « pouvoir arrêter »« L’abstinence c’est fatigant, c’est usant », rebondit Yannick. « Ici, on n’est plus seuls », conclut Véro.

Pour joindre les Alcooliques Anonymes : à Tours, chaque vendredi à 18 h 30, 21 rue Costes et Bellonte ; à Chambray-lès-Tours, chaque mercredi à 20 h, 34 Avenue des Platanes ; à Loches, chaque mardi à 19 h 30, 24 bis av. du général de Gaulle. Permanence téléphonique : 09.69.39.40.20
« Ici, on n’est plus seuls » : aux Alcooliques Anonymes de Tours, la parole se libère pour combattre l’addiction

Publié dans AA france

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