"On est malade de nos émotions" : on a assisté à une réunion des Alcooliques Anonymes

Publié le par kreizker

in "Le Populaire du Centre" (France), 29 Janvier 2026

Pour la première fois de leur histoire, les Alcooliques Anonymes ont rejoint le mouvement du « Dry January », un mois pour se questionner sur sa consommation d’alcool. Les AA ont ouvert les portes de leurs réunions. En visio, comme en présentiel. En Limousin, il y en a qui ont lieu à Saint-Junien, Brive, Tulle, et à Limoges, où nous l’avons suivie lundi dernier. Reportage.

Pour la première fois de leur histoire, les Alcooliques Anonymes ont rejoint le mouvement du « Dry January ».

Pour la première fois de leur histoire, les Alcooliques Anonymes ont rejoint le mouvement du « Dry January ».

« AA », deux lettres blanches sur fond bleu. Dans la pénombre de la rue, la discrète maison, qui fait face à l’église des Saints Anges, n’affiche pas de numéro sur sa façade.

Simplement, cette plaque « AA », accrochée à gauche de la porte d’entrée. À l’intérieur, une dizaine « d’amis » - les Alcooliques Anonymes (AA) se surnomment ainsi entre eux - tapent la discute dans une pièce exiguë et à la décoration surannée. « Un thé ? Un café ? », lance l’un d’eux, installant des chaises supplémentaires autour de la table.

 

Deux réunions par semaine

Après un rapide regard sur l’horloge, Aude*, la modératrice du soir, prend la parole : « Bonjour les amis, Aude, alcoolique ». « Bonjour, Aude ! », lui répond-on en chœur. Elle lit ensuite le préambule habituel, dans lequel il est expliqué que les « Alcooliques Anonymes » sont une « association d’hommes et de femmes qui partagent entre eux leur expérience, leur force et leur espoir dans le but de résoudre leur problème commun et d’aider d’autres alcooliques à se rétablir ».

 

Elle rappelle également que la seule condition pour devenir membre des AA est « le désir d’arrêter de boire ». Elle assure enfin que les AA « ne sont associés à aucune secte, confession religieuse ou politique et à aucun organisme ou établissement ». Pendant près de deux heures, Aude anime la réunion - dont le thème du jour est la littérature - durant laquelle chacun a pu exprimer ce qu’il ressentait. Sans couper la parole aux autres. Dans l’écoute.

 

« Ça m’est arrivé d’emmener mes enfants à l’école, en étant ivre au volant, témoigne Bruno, qui est abstinent depuis près d’une trentaine d’années. L’alcool, c’est loin, mais je viens ici pour me rappeler que je suis alcoolique », explique-t-il après la séance. Et de poursuivre : « L’alcoolisme, on en crève. C’est un cataclysme pour soi et toute notre famille ». Les mots claquent.

« Les réunions, c’est fort, parce qu’on pose notre vécu sur la table », rebondit l’une des participantes à la séance du soir. « On retient toujours quelque chose : un regard, un sourire, une parole, estime Ludovic. On a tous traversé un enfer, et parler avec des gens qui sortent de cet enfer, ce n’est pas rien ! » assure-t-il.

 

Plus de 600 réunions chaque semaine en France

La littérature fait partie des piliers de l’association, fondée il y a 90 ans aux États-Unis, et présente depuis près de 66 ans dans l’Hexagone, où plus de 600 réunions se tiennent chaque semaine. Ce soir-là à Limoges, autour de la table, les « amis » se connaissent par leurs prénoms. « On est tous à égalité, on est entre alcooliques », admettent-ils de concert après avoir évoqué des bouquins qui résonnent en eux.

 

Beaucoup ont lu le « Vivre… sans alcool ! » : « il est simple à lire, c’est important, que ce soit accessible au plus grand nombre », juge Ludovic, racontant son enfer : « j’ai été dépendant à l’héroïne et au crack, mais c’était plus simple de s’en défaire que l’alcool. L’alcool, c’est sournois et pernicieux ! ».

Ça s’installe l’air de rien. « J’avais un rapport très festif à l’alcool, je prenais l’apéro le vendredi soir avec les copains du club, témoigne Diane, qui a rejoint le groupe des AA de Limoges il y a quelques mois. Progressivement, après un divorce, la séparation d’avec mes enfants, le confinement qui passe par là… », continue-t-elle de décrire. « J’ai essayé d’arrêter, de m’en sortir seule, je pensais pouvoir le faire. Mais non, j’ai replongé. Je me suis remise à boire ». « On est malade de nos émotions », enchaîne un autre participant à la réunion.

 

La séance s’achève. Les « amis » se lèvent, se tiennent par les mains, et récitent la prière de la sérénité. « C’est un moment de connexion », résume Diane, à la fin d’une séance où les rituels font partie du processus. « Quand on se présente avant de prendre la parole, ce n’est pas pour se définir, c’est pour prendre conscience. Il y a des personnes qui viennent et qui n’arrivent pas à dire qu’ils sont alcooliques », estime Ludovic. L’amorce d’un long travail et d’un déclic à trouver.

 

« On restera alcooliques toute notre vie, c’est une maladie dont on ne guérit pas », rappelle Bruno. « On arrive ici avec une obsession dont on cherche à se libérer. Mais l’obsession peut revenir vite ». À un verre de la rechute. Sur le fil, tout le temps. « Un jour à la fois », est-il écrit sur une affiche collée sur l’un des murs de la salle. 

 

(*) Tous les prénoms ont été modifiés pour garantir l’anonymat des participants.

Pratique - Pour contacter les AA de Limoges, composez le 09.69.39.40.20 ou le 06.74.27.07.67. Le groupe propose également une permanence tous les samedis de 14h00 à 16h00. Plus d'informations sur le site Internet de l'association.

Publié dans AA france

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