"Alcooliques Anonymes : la gratitude une journée à la fois"
in "Le Journal Saint-François" (Québec), 20 Août 2026
Lucas* exhibe fièrement ses deux jetons. L’un pour 35 ans et l’autre 6 ans de sobriété. Parce que l’alcoolisme est un combat de tous les jours, il a eu une rechute entre les deux. Mais désormais, il vit d’espoir et veut aider ses chums qui vivent cette dépendance à travers le mouvement des Alcooliques Anonymes (AA).
«J’ai arrêté de consommer à 18 ans parce que j’étais fou comme de la merde quand je buvais, laisse-t-il savoir. J’étais sportif et je n’avais qu’une 9e année. Je rêvais à une carrière professionnelle.»
Dans un vestiaire, un coéquipier lui fait constater que l’alcool l’avait fait dévier de son objectif. Un premier message pour celui qui avait pourtant perdu sa mère jeune, emportée par une cirrhose. Sa famille maternelle était d’ailleurs portée sur la bouteille.
Puis, un homme qui entretenait un plateau sportif l’a mis en contact avec AA.
«On devait être 200 au sous-sol de l’évêché, se remémore-t-il. Tous habillés en veston-cravate, avec leur conjointe. C’était comme la messe du dimanche.»
La bienveillance de cet entourage, devenu en quelque sorte une famille, lui a permis de rester sobre pendant plus de 30 ans. Mais l’a aussi motivé vers de nouveaux objectifs. Qui lui ont permis de compléter des hautes études et de se lancer en affaires.
Un choc émotif est toutefois venu ébranler son équilibre. Pendant 10 ans il a retenu ses impulsions. «Quand j’ai rechuté, j’y suis allé tranquillement, explique Lucas. Je buvais du Baby Duck, de la Dow, du Black Tower ou de la bière Delirium que je faisais venir par caisses de Belgique. J’étais un biberon, un saoûlon, un colon…»
Il est retourné voir ses frères AA où il a retrouvé une écoute bienveillante et le support pour surmonter sa maladie.
La force du «nous»
Les AA ne prétendent pas détenir de recette magique pour vaincre l’alcoolisme. La Collaboration Cochrane a étudié la Facilitation en douze étapes (FDE) en 2020 et en a toutefois tiré la conclusion que le «les interventions FDE/AA ont généralement produit des taux d’abstinence continue plus élevés que les autres traitements établis étudiés.»
«La recette, c’est de faire des meetings, soutient Georges*. La force du « nous » est importante.»
«On veut toucher celui qui mange encore du sable à la pelletée et qui essaie de le diluer avec de l’alcool.
Lucas
Le mercredi 19 août, 74 rencontres de partages étaient accessibles dans le grand Montréal.
Juste dans le secteur du Suroît, entre Soulanges et le Haut-Saint-Laurent, Georges et Lucas évaluent à plus de 2000 les présences hebdomadaires aux différentes rencontres organisées dans la région.
Parmi ceux-ci, des hommes d’affaires, des femmes (40% des participants aux réunions) fantastiques et des professionnelles qui participent à l’essor de la communauté.
L’alcool a longtemps été pour eux, une solution. Si bien que le partage de vécu lors des réunions se veut l’endroit pour refaire son entourage et surtout, aller chercher d’autres solutions.
Une histoire de coeur
La réputation religieuse qui colle au mouvement est fausse. Les AA prônent plutôt une spiritualité qui fait appel au cœur de la personne.
«La spiritualité, c’est un changement intérieur, affirme Georges. Pour adapter ses comportements. On est un groupe laïc qui souhaite toucher les cœurs.»
Il soutient que la souffrance est le moteur de la démarche vers la sobriété. Une souffrance qui peut prendre plusieurs formes.
Pour Lucas, la solution pour arrêter de boire a été de sortir de son cocon et d’aller aider les autres. «Avant, je pensais juste à faire de l’argent et à m’entraîner, a-t-il avoué. Maintenant, je veux aider et être aux services de mes chums.»
*Noms fictifs
42e mini-congrès annuel des Alcooliques anonymes de la région de Valleyfield, Huntingdon, Ormstown et Les Coteaux
- Sous la thématique «Un vent de gratitude»
- Le 12 septembre dès 9h au Centre communautaire Wilson de Coteau-du-Lac
- Participation gratuite mais une contribution volontaire est suggérée
- La Dre Louise Nadeau, professeure émérite de psychologie de l’Université de Montréal et présidente d’Éduc’alcool, grande alliée des AA, prononcera une conférence sur les stigmatisations des buveurs et du «cadeau des AA