"Dieu s'invite aux Alcooliques Anonymes"
in "Protestinfo" (Suisse), 16 Janvier 2006
« J’ai tout perdu, ma femme, mes enfants, mon travail, mon logement », confie à l’assistance cet homme. Ce n’était plus possible, il m’a bien fallu voir la réalité en face ! ». Il explique qu’il est venu aux AA sans conviction, parce qu’à la clinique psychiatrique où il a fini par aboutir pour une cure de désintoxication, on l’a invité à rejoindre l’association. « Les psychologues, ça n’est pas mon truc, ajoute-t-il, ça ne marche pas avec moi, alors je suis venu ici ! », explique-t-il, après avoir « fait une foule de trucs qui n’ont pas été efficaces ».
Un homme prend la parole à son tour spontanément. Il a de la peine à camoufler sa colère derrière le ton rigolard qu’il feint. « Vous dites toujours qu’il faut faire appel à Dieu, que c’est Lui qui fait les 90% du travail, et que nous devons faire les 10% restant pour nous en sortir, mais dans mon cas, j’ai l’impression que je fais 95% des efforts et que Lui ne fait que les 5% restants ». L’assemblée l’applaudit et le remercie personnellement, en le nommant par son prénom. Une chaude connivence lie les participants à la soirée. Un autre interlocuteur se lance : « C’est trop dur pour moi. Mais il y a un Etre qui a tout pouvoir, c’est Dieu. Ici, dans ces réunions, je me sens compris. Je sens que les autres savent de quoi je parle. A vrai dire, je n’ai jamais entendu dans ma vie des gens parler comme cela se passe ici, en toute franchise ! C’est le miracle des Alcooliques Anonymes ».
On dirait parfois que les participants répètent une leçon, si l’on ne captait pas leur émotion, toujours au bord des lèvres. Le message diffusé par les dépliants et la littérature éditée par les l’Association des Alcooliques Anonymes semble avoir bien passé dans le groupe et abouti à des victoires personnelles.
François, look yuppie impeccable, bénévole à l’association, répond volontiers à mes questions après avoir décliné rapidement son passé. « J’ai actuellement six ans d’abstinence grâce aux AA, et cela après vingt-cinq ans de galère alcoolique. Mon entraînement à la sobriété, je le dois à eux. Si j’ai choisi d’aider les autres, c’est parce que je sais qu’on ne peut pas s’en sortir tout seul. A l’association, on ne condamne pas les rechutes, on n’ajoute pas à nos souffrances, on accueille chacun dans sa vérité, on lui demande seulement d’être honnête avec lui-même et avec les autres. L’alcool m’avait tellement isolé du monde que j’avais une grande soif d’amour. C’est dans la relation à l’autre, dans le partage et le réconfort et le recours à Dieu que je m’en sors ». François parle alors d’un véritable réveil spirituel. « Quand je me suis mis à toucher le fond, j’ai essayé de m’accrocher à quelque chose de plus spirituel, de plus fort que moi. Je suis devenu peu à peu croyant, parce que j’ai compris que je n’arrivais pas à m’en sortir tout seul. Personne ne m’a embrigadé dans une Eglise ni ne m’a parlé d’un Dieu particulier auquel il me fallait croire. A moi de faire confiance au Dieu tel que moi je le conçois. Personne ne me demande jamais de comptes sur ma façon de croire, c’est ça qui me plaît dans le mouvement ».
La place du spirituel dans la thérapie de la personne alcoolique n’est pas la seule particularité de l’Association des Alcooliques Anonymes. Engagé de longue date dans le combat de la Croix-Bleue, œuvre diaconale non confessionnelle qui fonde ses activités sur la foi chrétienne, le pasteur français Pierre Kneubühler témoigne de l’importance du recours à la foi dans l’accompagnement des alcooliques et dans le processus de reconstruction de leur personnalité.Il explique dans son livre dans son livre « Le défi du possible, approche théologique » aux éditions Olivétan que, pour lui, la quête de Dieu aide à passer de l’état de destruction à celui de reconstruction.














