« Vivre un jour à la fois, sans boire » : à la rencontre des Alcooliques Anonymes de Limoges
in "Le Populaire du Centre" (France), 17 Novembre 2020
Ils l’appellent leur maison. Tous les lundis et les vendredis à 20 h 30, Jeannette, Claude, Roland et les autres (1) se retrouvent dans une petite maison plantée à l’angle de l’avenue Pierre-Traversat et de la rue des Tuilières, le siège de l’association de Limoges depuis 1979. C’est là que les Alcooliques Anonymes se réunissent autour de la table de la cuisine. Ils se retrouvent pour parler, autour d’un café et devant quelques gâteaux.
Entre eux, ils s’appellent par leur prénom mais ils ignorent tout de la profession, de l’âge, de l’adresse ou de la vie privée des uns et des autres. La politique, la religion, l’origine sociale ou la couleur de peau restent à la porte.
« On vient ici parce qu’on a un problème d’alcool, c’est ce qui nous réunit et on ne veut pas connaître le reste. Ici c’est notre deuxième famille » résume Roland. Pour certains ces visites remontent à de longues années. Au gré des rechutes. Hélas difficiles à éviter. Quasi inévitable sur le long chemin de croix de la désintoxication.
Ce jour-là, ils ne sont que trois sur un total d’une dizaine d’adhérents. Crise sanitaire oblige, la plupart préfèrent rester chez eux en ce moment (2). Roland, la cinquantaine, fréquente les AA de Limoges depuis 2002. L’alcool, ce mauvais compagnon, l’a côtoyé depuis sa jeunesse. Et malgré plusieurs rechutes, il tient bon et réussit à garder le cap de l’abstinence. « C’est un combat au quotidien, explique Jeannette. Le principal pour nous est de vivre un jour à la fois, sans boire. »
La rechute fait partie du parcours semé d’embûches des personnes dépendantes à l’alcool.
« Ceux qui vont le mieux, ce sont ceux qui viennent régulièrement, précise Roland. Mais il y a des gens qui ne sont pas abstinents et qui viennent ici de temps en temps. Ca les aide. Mais pour les abstinents, c’est important de venir car cela nous fait progresser. »
Pour les aider sur la voie du progrès, les AA suivent un programme précis. Chaque réunion débute par la lecture d’un préambule qui résume la “philosophie” des AA. « L’important c’est de tenir une journée de 24 heures sans rechuter, grâce à un programme de 24 heures et qui se fait aussi en 12 étapes sur l’année, une étape par mois avec un thème par mois » détaille Jeannette.
Le thème de discussion du jour porte sur « L’inventaire personnel », thème de la 10e étape qui correspond au mois d’octobre. « Il n’y a rien d’obligatoire chez les AA, on prend ce qu’on veut, expliquent-ils. S’il est fait référence à Dieu, mais Dieu c’est ce qu’on veut. Ca peut-être la force du groupe. »
Chaque réunion se déroule selon un rituel précis. Un modérateur, sorte de maître de cérémonie, est désigné. Ce soir c’est Claude qui distribue la parole.
Chacun se présente par son prénom. Jeannette donne des nouvelles des AA absents ce soir. Autour de la table au centre de laquelle brille une bougie, personne n’intervient pour se couper la parole ou apporter une contradiction à l’autre. « On fait l’apprentissage de l’humilité et du lâcher-prise, commente Roland. On est des écorchés vifs. Il est inutile de culpabiliser pour des événements sur lesquels on n’a pas prise. Par contre, il faut agir sur ce qui est de notre responsabilité. »
La sincérité avec soi-même, le droit à l’erreur, la vérité sur soi, arrêter de se trouver des excuses et de s’apitoyer sur soi, avoir un regard positif, telles sont les valeurs sur lesquels ils sont invités à travailler. En toute sincérité, chacun parle de son vécu personnel, de ses difficultés, de ses progrès et de ce qu’il s’efforce d’améliorer pour avoir une vie plus douce libérée de l’alcool.
La réunion s’achève. En temps normal - hors épidémie - les participants se prennent la main et forment une chaîne d’union en prononçant la prière de la sérénité. Chacun repart. Le cœur plus léger. Un jour de plus s’est écoulé. Un nouveau jour sans alcool.
(2) Ce reportage a été fait avant le reconfinement.
2 Avenue Pierre Traversat - 87100 Limoges
"Grandir auprès de parents dépendants à l'alcool" Demande de Témoignages
Dans le cadre d'un Mémoire de Master de psychologie clinique psychanalytique, Université Paris Nanterre
Thème de la recherche : Grandir auprès de parents dépendants à l'alcool.
Sous la direction de : Feldman Marion, Professeure de psychopathologie psychanalytique
But de la recherche : Recueillir l'expérience subjective des participants.
Déroulement de l’entretien : Cette recherche nécessite un entretien d’une durée variable avec le chercheur. Il sera effectué à distance (en visio-conférence ou par téléphone) ou en présentiel, selon votre convenance.
Confidentialité : Le chercheur s'engage à garantir l'anonymat complet à tous les participants. Après retranscription complète et analyse de l’entretien, celui-ci sera détruit.
Liberté du participant : La participation à cette recherche est bénévole et repose sur le volontariat des participants sollicités. Vous êtes libre de vous retirer en tout temps de la recherche, sans aucune justification à fournir au chercheur.
Engagement du chercheur : Selon les dispositions éthiques et déontologiques du psychologue, l’entretien se fera dans le respect de votre individualité. Le chercheur reste disponible et joignable après le déroulement de l’entretien de recherche.
Si intéressé(e), prendre contact avec le blog





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