Ce blog, fondé en janvier 2008, n'engage aucunement le Mouvement des Alcooliques Anonymes ni Al-Anon Alateen. Son unique objectif est d'informer sur AA et Al-Anon Alateen.
Soizic a "posé son verre" comme on dit chez les Alcooliques Anonymes.
Le film, "Des jours meilleurs" raconte le combat d’un petit groupe de femmes contre l’alcool. Le film d'Elsa Bennett et Hippolyte Dard, sort en salle ce 23 avril 2025. Un long métrage qui tente de briser le silence sur la question. L’alcool au féminin est encore souvent caché, solitaire et donc plus difficile à soigner. Soizic a posé son verre il y a 10 ans. Elle témoigne.
"Les autres me disaient : "quand même, fais attention", et moi, je répondais : "je gère, je gère, comme disent beaucoup d’alcooliques" et en fait, je ne gérai rien du tout !", commence Soizic. C’est le prénom qu’elle a choisi pour raconter son histoire.
"Je dis souvent que je suis tombée dans la marmite en 1995, continue-t-elle. Mais j’ai toujours aimé l’alcool et je buvais plus que les autres." Cette année-là, elle subit du harcèlement au travail. Elle puise le courage de tenir dans la bouteille. "Je picolais pendant le travail. Et puis, après le travail !"
L'aide des Alcooliques Anonymes
Soizic décrit très bien l’engrenage qui l’a fait sombrer. "Je me suis crue forte pour dire, je m’arrête quand je veux et en fait, non, je ne pouvais pas m’arrêter !"
On ne va pas en cure pour se faire soigner, on va en cure pour se soigner. Ça doit venir de nous !
Soizic, membre des Alcooliques Anonymes
Elle demande alors de l’aide et suit des cures, une vingtaine en tout. "J’allais en cure pour qu’on me soigne, explique-t-elle. Et en fait, on ne va pas en cure pour se faire soigner, on va en cure pour se soigner. Ça doit venir de nous ! Si ça ne vient pas de nous, si on attend tout des autres, ça ne marche pas !"
En 2015, elle a poussé la porte des Alcooliques Anonymes et réussit enfin à poser le verre. Mais 10 ans plus tard, elle continue d’aller aux réunions et même en anime. Comme une autre soif, celle d’être entourée, écoutée, comprise !
Des choses encore difficiles à dire
Car "un trouble de l’usage de l’alcool chez la femme, ça reste difficile à dire", affirme Caroline Le Lan, addictologue au CHU de Pontchaillou de Rennes. "Il est souvent caché, nié. Les femmes n’en parlent pas ", constate la médecin.
Les modes de consommation sont différents d’un sexe à l’autre. Un homme qui va boire une bière dans un bar, tout le monde trouve cela normal. Les femmes, elles boivent davantage chez elles, toutes seules. "C’est souvent une consommation cachée, solitaire, culpabilisée, pas du tout une consommation mondaine", décrit Caroline Le Lan.
Les femmes boivent fréquemment pour calmer leur anxiété, se sentir mieux. Nombre de celles qui se réfugient dans l’alcool ont parfois vécu des histoires difficiles, des violences dans l’enfance, des agressions, des relations compliquées avec leur conjoint, constatent et Soizic et la praticienne.
Toutes deux espèrent que le film aidera les femmes à briser le tabou. "Car à consommation égale, les risques sont accrus pour les femmes et les conséquences plus graves. La cirrhose, par exemple, mettra 15 ou 20 ans pour évoluer chez un homme. Chez une femme, ça peut être beaucoup plus rapide", avertit Caroline Le Lan.
Alors comme le personnage du film Des jours meilleurs, elles invitent les femmes à se battre et à crier très fort, "Bourbon, tête de con !"
Depuis février 2024, une antenne des Alcooliques Anonymes créée dans le centre pénitentiaire de Plœmeur (Morbihan) organise trois réunions mensuelles pour les détenus qui le souhaitent.
Une antenne des Alcooliques Anonymes a été créée au centre pénitentiaire de Plœmeur.
Depuis février 2024, une antenne des Alcooliques Anonymes a été créée au centre pénitentiaire de Plœmeur (Morbihan). Les détenus qui le souhaitent peuvent suivre les réunions qui s’y tiennent trois fois par mois.
Cinq à sept personnes y assistent en général, sur la base du volontariat, même si « c’est le SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation, N.D.L.R.) qui nous les envoie », indique Pascal, le référent de cette nouvelle antenne, qui est aussi celui de Lorient - Ma Recouvrance. « Ils ont un énorme besoin de parler. Ça leur fait un espace de parole », note-t-il.
« La mort, la folie, la prison »
Alors que l’alcool est un invité habituel des tribunaux correctionnels, « en général, les personnes qui assistent aux réunions sont en prison pour des causes liées à l’alcool », affirme Pascal, qui analyse : « Quand on est alcoolique et qu’on persiste dans notre addiction, il y a trois issues possibles : la mort, la folie, ou la prison ».
De fait, « les témoignages des détenus sont similaires à ceux qu’on entend de la part de personnes qui ne sont pas détenues. La différence, c’est qu’ils sont allés plus loin dans le degré des conséquences ». Et de constater avec lucidité : « Quand nous entendons ces témoignages de détenus alcooliques, nous nous disons tous : ça aurait pu m’arriver ».