« Le meilleur des médicaments » : l’importance des réunions des Alcooliques Anonymes
in "La Gazette en Yvelines" (France), 14 Janvier 2026
Depuis le début du mois de janvier, les Alcooliques Anonymes ont lancé une campagne de prévention dans le cadre de Dry January, ou Mois sans alcool. Pour mieux comprendre le fléau qu’est l’alcool, ils ont accepté notre présence lors d’une de leur réunion.
* Tous les prénoms ont été changés.
« Chez nous, Dry January c’est tous les jours ». Les Alcooliques Anonymes (AA), connus pour leurs groupes de soutien, ont accepté de nous ouvrir leurs portes le 7 janvier. « Ce n’est pas évident mais cela fait partie de nos traditions : transmettre nos paroles pour aider ceux qui en ont besoin » explique Laurent*. Nous voilà donc dans une salle paroissiale de Sartrouville, cependant, le lieu importe guère puisque toutes les réunions se déroulent de la même manière. « Ainsi, chaque alcoolique peut se sentir chez lui partout » souligne Clarisse. L’ambiance conviviale, les petits paquets de bonbons, le tutoiement et l’absence de jugement participant également à l’atmosphère de franche camaraderie.
Nous serons donc cinq ce soir et cette première séance de l’année revêt une importance particulière car elle se déroule juste après les fêtes, période où la tentation est très forte. « Pour une fois, je n’ai pas ressenti l’envie de boire » se félicite Florence. Tout le contraire de Michel. Pour lui, les réveillons de Noël et de la Saint-Sylvestre sont sa hantise et le lieu d’un questionnement fort : « Pourquoi je ne suis pas comme les autres, pourquoi je n’arrive pas à m’arrêter après un verre ? » C’est malheureusement la pénitence des AA et aussi la première des douze étapes afin de devenir et/ou de rester abstinent : « Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool et que nous avions perdu la maîtrise de notre vie. »
Chacun va alors confesser ses erreurs. Les récits sont poignants. « J’avais même caché des bouteilles chez mes beaux-parents » avoue Vincent. De son côté, Claude, ancien cadre dirigeant, avait posé sur son bureau une bouteille d’1,5L composée à moitié d’eau et à moitié de gin. « Et pour cacher l’odeur de l’alcool, j’avalais des grains de café » glisse-t-il en souriant. C’est aussi une facette de l’alcoolisme, toutes les catégories sociales sont représentées. Ils évoquent également les conséquences que cette maladie chronique peut avoir. « Plusieurs fois, mon épouse m’a prévenu qu’un jour, elle ne reviendrait pas » raconte Vincent.
Durant presque deux heures, tout le monde s’écoute, sans se couper. On sent une certaine forme de pudeur chez ces personnes cabossées par la vie. Ils se livrent sans concession mais refusent de s’apitoyer sur leur sort en gardant le sourire. « Ces réunions sont le meilleur des médicaments » confie Laurent. « Mais il n’y a pas que cela » prévient Clarisse. « Le téléphone doit aussi servir à prendre des nouvelles. »
Pour aider plus de monde à devenir « alcooliques abstinents », les AA ont décidé de mener une grande campagne de sensibilisation. Durant tout le mois de janvier, pour profiter de l’effet de Dry January, ils publieront de multiples témoignages sur leurs réseaux sociaux de personnes qui ont réussi à s’en sortir. « C’est difficile car l’alcool, contrairement à d’autres drogues, c’est un produit qu’on trouve partout et quasiment à toute heure. En plus, la réclame existe encore » analyse Florence qui ose même une comparaison : « Aujourd’hui, une bouteille de whisky est moins cher qu’un paquet de clopes.
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
612 Av. Revolución - Villahermosa - Tabasco
Casa de Chaparro - Ejido Granada - Matamoros - Coahuila
Cerrada de Central 12 (A un costado de la Plaza de Toros) - 38980 Uriangato - Guanajuato
Fondé le 19 Novembre 2024
San Isidro Huayapam Mixe - Oaxaca
Fondé le 11 Septembre 1986
"Si je me considère comme guéri, je suis foutu" : un ancien alcoolique en Touraine raconte son combat pour s'en sortir
France Bleu, 14 Janvier 2026
Alcoolique pendant deux décennies, celui que nous appellerons Paul est aujourd'hui sobre. Et ça fait 21 ans que ça dure. Pour autant, cet habitant de Vouvray ne se considère pas comme guéri. "On ne peut jamais être sûr de l'être", dit-il. Témoignage.
Pour beaucoup, une petite bière ou un simple verre de vin une fois dans la semaine, ça ne fait de mal à personne. Mais pour d'autres, ce n'est même pas la peine d'y penser. En plein "Dry January", ICI Touraine a rencontré un ancien alcoolique, pour comprendre à quel point il est dur de remonter la pente lorsque, pendant des années, la boisson a été votre meilleure amie. Nous l'appellerons Paul. Il vit à Vouvray, il a 65 ans et il est sobre depuis 21 ans désormais.
Toutes les histoires sont différentes, dit-il. Moi, ça a commencé quand j'ai débuté dans la vie active." Paul a la vingtaine et il commence "à boire seul". De façon quasiment quotidienne. "Mais sans me rendre compte le moins du monde que ça pouvait être un problème." Les années passent, les quantités ingurgitées augmentent, la fréquence aussi. "Il y a une première bascule quand j'ai entendu, autour de moi, des commentaires désobligeants. Du style : 'Pourquoi tu prends un troisième apéritif, tu en as déjà pris deux ?' C'était dans le cercle familial et amical. Je ne comprenais pas. Ou plutôt, je ne voulais pas comprendre. Pour moi, il n'était pas question d'alcoolisme à ce moment-là."
"On a besoin de boire pour fonctionner, c'est ça l'alcoolisme"
Pour faire taire les remarques, Paul commence à boire en cachette. "Je me disais que s'ils ne voyaient plus boire, ils penseraient que tout va bien. Parfois, je pique de l'argent dans le portefeuille de ma mère, à 40 ans passés." C'est le début de la descente aux enfers. La bouteille de whisky ne fait pas deux jours. "Et j'y vais à même le goulot." Paul use de subterfuges pour paraître le plus naturel possible. "On devient un bon acteur, on fait comme si on était sobre en permanence."
Or, personne n'est dupe. Ses proches, sa femme et ses deux garçons s'inquiètent. Mais Paul ne parvient pas à arrêter. "Je me sentais tout à fait capable de gérer. Je me disais : 'Je vais calmer le jeu, c'est une mauvaise passe.' Et là, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas. En fait, il faut savoir qu'on a besoin de boire pour fonctionner, c'est ça l'alcoolisme. C'est-à-dire que, moi, à partir de 16h, j'avais envie de boire. Je n'avais pas besoin de regarder l'horloge, rien qu'avec le ressenti de mon corps, je savais quelle heure il était."
"Arrête ou tu vas crever"
Les premières idées noires arrivent. "Je pensais que je n'arriverais jamais à me passer d'alcool. Je me disais : 'Continue, on verra bien où ça te mène'. C'était terrible." Sauf qu'un beau jour, à l'hiver 2005, c'est le déclic. "Mon épouse m'a fait voir une bouteille vide et elle est partie en pleurant. Ça m'a électrocuté. Je me suis dit : 'Arrête ou tu vas crever.' En rentrant à la maison, mon plus jeune fils m'a regardé en me disant :'Enfin, papa, tu vas faire quelque chose.' C'était le deuxième électrochoc en 15 minutes. Je ne savais exactement quoi faire, mais j'ai compris, à ce moment-là, qu'il fallait que j'agisse."
Son salut va passer par les Alcooliques Anonymes. Il se rend à sa première réunion à Chambray-lès-Tours et entame un travail de rétablissement en 12 étapes. Au début, c'est dur, le manque se fait sentir. "L'alcool, c'est une addiction. Donc, le cerveau, quand il n'a pu vu passé son produit, il a téléphoné et dit : 'Qu'est-ce qu'il se passe, mon fournisseur, il fait quoi ?' Ce n'est pas parce qu'on pose le verre que c'est fini. Les tripes réclament leur dû. Il faut du temps pour que ça rentre dans l'ordre."
Petit à petit, le temps fait son effet. Et aujourd'hui, l'alcool est un lointain souvenir pour Paul. Mais il en conscient, il n'est pas guéri et ne le sera jamais. "Si je me considère comme guéri, c'est foutu. Parce que je vais me remettre à boire et je ne sais pas où ça me va me mener. Le seul moyen d'être tranquille, c'est l'abstinence. Zéro alcool." Il applique ça depuis 21 ans maintenant, tout en allant régulièrement, chaque semaine, aux Alcooliques anonymes. Un espace d'expression qui lui fait du bien. "Quand j'avais besoin d'aide, ils étaient là. Maintenant, quand des nouveaux arrivent, c'est moi qui suis là. Et c'est bien normal."
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