"On vous recommande des choses, mais on ne vous commande jamais" : dans une réunion des Alcooliques Anonymes à Paris
France Inter, 14 Janvier 2026
Depuis sept ans en France, c’est le "Dry January", un mois sans alcool pour mieux se rendre compte de sa consommation. L'occasion pour les Alcooliques Anonymes, association fondée il y a 90 ans aux États-Unis, d’ouvrir leur porte et de montrer leur utilité. Près de 600 groupes existent en France.
Un café et quelques bonbons avant de débuter la réunion. Et comme un rituel, la modératrice du jour prend la parole avec la formule consacrée : "Bonjour les amis. Je m'appelle Olivia, je suis une alcoolique." Elle rappelle ensuite brièvement les statuts des Alcooliques Anonymes et détaille la méthode en 12 étapes pour sortir de cette addiction. "Le désir d'arrêter de boire est la seule condition pour devenir membre des AA. Les AA ne demandent ni cotisation ni droit d'entrée, nous nous finançons par nos propres contributions. Les AA ne sont associés à aucune secte, confession religieuse ou politique."
Ce jour-là, une trentaine de personnes assistent à la réunion, de tous milieux. La parole circule librement. Thomas 47 ans, prend son courage à deux mains. Après une vie d’alcool, ça ne fait que deux semaines qu’il a arrêté… Il décrit des journées compliquées, l’envie quasi-immédiate de boire à nouveau en rentrant chez lui.
Personne ne commente, si ce n’est pour applaudir et donner du courage aux autres. Et puis, à chaque récit, une boisson différente. Pour Lili, c’était des grandes canettes de bières pour "ponctuer ses journées", explique-t-elle. Un quotidien rythmé par l’alcool pendant des années. Aujourd’hui, elle fait très attention à la tentation.
"Ça te vide, les réunions des AA", insiste un participant. Une sincérité difficile mais qui rapproche les participants, comme l’explique Philippe, 21 ans d’abstinence. "En alcoolique anonyme, j'ai retrouvé mon humanité, et l'humanité c'est effectivement les émotions, comme la peur. On peut apprendre à les accepter. Quelque chose d'important aussi, c'est vivre dans les 24 heures : contente-toi du présent, c'est déjà assez laborieux comme ça de temps en temps. Ça me fait énormément du bien et j'avoue que je suis vraiment très très heureux d'être parmi vous, d'être en alcoolique anonyme."
Les nouveaux reçoivent un dépliant avec des résolutions pour les 24 prochaines heures : tenir aussi grâce à des numéros d’urgence, des personnes de confiance à appeler en cas d’urgence. La fin de la réunion approche, Caroline distribue les médailles d’abstinence : "Un mois, deux mois, trois mois, quatre mois… Tu l'as déjà eu le mois dernier, alors bravo pour tes quatre mois et demi !"
Catherine Solano, présidente des Alcooliques Anonymes en France, présente les trois atouts de ces réunions : "La réassurance, la bienveillance et l'identification. On s'identifie à des personnes qui sont plus avancées que vous dans l'abstinence, donc vous vous dites 'mais c'est possible pour moi aussi'. Et vous êtes toujours écouté, jamais jugé, on ne vous donne aucun conseil : on vous recommande des choses, on vous propose des solutions, mais on ne vous commande jamais, et ça c'est génial."
Encore faut-il faire connaître cette association : aux États-Unis, il existe un groupe des AA pour 1.000 personnes. En France, c’est seulement un groupe pour 100.000 personnes.