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Hommes en fuite : la grande aventure des alcooliques anonymes
auteur : Coccioli, Carlo
| Lieu / Date | Paris : Fayard, 1972 |
|---|---|
| Collation | 350 p. ; 22 cm |
épuisé apparemment ...
- Hommes en fuite. La grande aventure des alcooliques anonymes (Uomini in fuga. La grande avventura degli alcoisti anonimi, Italie, 1973). Fayard, 1972 [édition originale], 350 p., épuisé.
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COCCIOLI, Carlo
(Livourne, Toscane, 1920). Journaliste et romancier. Après l'expérience de la Résistance, il a longtemps séjourné à Paris et au Mexique. Arabisant dans sa jeunesse libyenne, auteur prolifique de best-sellers catholiques dans le sillage de Bernanos, il s'est converti en 1958 au judaïsme. Son œuvre est écrite aussi bien en français qu'en italien.
critique trouvée :
HOMMES EN FUITE
par Carlo Coccioli
(Ed. Fayard, 350 pages, 30 F).
Les Alcooliques anonymes, dont le lointain ancêtre est l'éphémère société des Washingtoniens, fondée en 1840, sont nés en 1935 de la rencontre d'un courtier en valeurs et d'un chirurgien américains, Bill et Bob, qui en se confessant l'un à l'autre et en s'aidant mutuellement, se guérirent de leur éthylisme. Ils ont assez vite essaimé et comptent aujourd'hui des groupes un peu partout dans le monde, 12 900 aux Etats-Unis et au Canada, 337 au Mexique, 246 en Grande-Bretagne, contre 24 seulement en France, qui est pourtant le pays où le pourcentage de consommation d'alcool par individu est le plus élevé.
Leur méthode, analogue à celle du Mouvement d'Oxford, est la mise en commun des expériences et des difficultés personnelles au cours de réunions quotidiennes où chacun trouve un réconfort, une chaleur et une fraternité qui, n'hésite pas à écrire Carlo Coccioli, n'existent dans aucune église. Les participants ne tardent pas à en éprouver un besoin qui devient vite une obsession et finissent par considérer le groupe, les groupes auxquels ils appartiennent — car le cumul est encouragé comme leur véritable famille. Selon l'expression d'un des membres interrogés par l'auteur, c'est « une batterie où l'on se recharge ».
Première règle pratique, appelé « le plan de 24 heures » ou « l'éternité réduite à aujourd'hui » :
s'engager à ne pas boire que pour un jour.
Deuxième règle : s'efforcer de provoquer, en même temps que le renoncement à l'alcool, le « réveil spirituel », car la sobriété est beaucoup plus que l'observance d’un régime sec : c'est un état d'esprit.
Troisième règle : invoquer sans cesse le secours de la Puissance supérieure que la plupart nomment Dieu — Dieu en qui, plus ou moins consciemment, 1' « homme en fuite » qu'est
l'alcoolique cherche un refuge et qui parvient au terme des douze étapes dont se compose son itinéraire à travers le Paradis perdu des A.A. Les rechuteurs , écrit Carlo Coccioli, sont ceux qui n'ont pas compris que les Alcooliques anonymes sont moins une thérapeutique qu’un style de vie, dont les principes essentiels sont l'amour et la communion des fidèles — ce qui lui permet : de les comparer au christianisme des Catacombes.
Le romancier italien, qui a vécu pendant trois ans dans une intimité constante avec différents groupes américains, raconte leur histoire, décrit leurs procédés quasi-miraculeux et en utilisent les confessions d'une cinquantaine de sujets, analyse la psychologie du malade, du convalescent, du guéri et du rechuteur,
Leur psychologie, dit-il, aussi étrangère à celle de l'homme normal qu'un Martien pourrait l'être à un Terrien. En reconstituant l'atmosphère de chaque séance et en personnalisant chaque orateur, il a su éviter la monotonie qu'aurait facilement engendrée cette suite interminable de déclarations souvent très proches l'une de l'autre. Surtout il a écrit son livre avec sa foi, sa générosité et sa ferveur, en sorte que celui-ci est, selon ses propres termes, « un témoignage et un message ». Témoignage sur cette oeuvre admirable, qui est presque une nouvelle religion, et message de son prophète Carlo Coccioli.
JACQUES DE RICAUMONT
In "REVUE DES DEUX MONDES"