La couleur des mots

Publié le par kreizker

Film belge de Philippe Blasband, 2007

RÉSUMÉ DU FILM

Drame - C’est l’histoire de Marie, jeune femme dysphasique. Elle se sent dans sa langue, le français, comme dans une langue totalement étrangère. Alors, elle reste en panne sur le bord des autoroutes de la communication. Au fil de ses rencontres, on réalise combien ce langage défectueux creuse entre elle et le monde un fossé difficilement franchissable.

CRITIQUE 

Marie est dysphasique. Les mots, elle en aime la sonorité, la couleur, mais elle les mélange parfois, et ne peut les lire sur les lèvres si ses interlocuteurs parlent trop vite ou trop violemment. Son mari est parti pour une autre, on lui reprend sans cesse son petit garçon qu'elle s'obstine à enlever. Alors Marie boit, Marie fuit, Marie se perd... Courte chronique (à peine une heure), fragile, presque inachevée, où l'on ressent personnellement, physiquement, les moments où l'esprit de l'héroïne chancelle, où elle bascule, de l'étonnement qu'elle provoque, d'abord, au rejet. Une comédienne inconnue, lumineuse, Aylin Yay, interprète cette « femme sous influence » si encombrante et si légère, prête à tout pour surprendre, chez l'autre, une tendresse qui se dérobe constamment. Grand moment : la scène des Alcooliques anonymes où, décalée et isolée, l'actrice en arrive presque à évoquer la Gena Rowlands des films de Cassavetes... Philippe Blasband, le réalisateur, et son épouse-actrice ont eux-mêmes un gamin dysphasique qu'ils évoquent pudiquement à la fin. Ce tout petit film a donc le double mérite d'être joliment didactique et sensible. P.M.

Pierre Murat

Télérama, Samedi 20 janvier 2007

Publié dans cinémAA

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