Alain, sobre depuis 5 ans, témoigne
in "L'indicateur des Flandres" (France), 6 novembre 2013
La consommation d'alcool est culturelle en France. Si boire un verre de vin ne pose pas de problème à une grande majorité de la population, la dépendance à l'alcool n'est pas à marginaliser.
La dépendance à l'alcool peut toucher toutes les catégories socio-professionnelles. L'association Alcooliques anonymes, qui tient son congrès annuel à Lille les 9 et 10 novembre, soutient depuis 53 ans les alcooliques qui veulent arrêter de boire. Alain est membre des Alcooliques anonymes d'Hazebrouck depuis 2007. Il nous livre son expérience.
De l'alcool festif à l'alcool solitaire
« Je me disais que j'étais un gros buveur. J'étais dans le déni. Mais à un moment, on atteint son propre fond et on fait le premier pas », témoigne Alain. Le quinquagénaire est aujourd'hui un abstinent heureux, mais il a longtemps bu en quantité sans jamais s'avouer être alcoolique. « J'ai commencé avec l'alcool festif quand j'étais étudiant. Je prenais du plaisir à boire de l'alcool. Mais à quarante ans, je me suis rendu compte que j'avais un problème et j'ai rencontré un médecin alcoologue », poursuit-il. Alain ne pouvait pas se limiter à une bière. Il passait les soirées festives près du bar, puis s'est mis à boire tous les jours. « Je crois que c'était un suicide à petit feu », indique le quinquagénaire. Son entourage n'a jamais rien dit. Seule sa femme osait de temps en temps un « tu bois trop ». Il a fait quelques jours de cure pour diminuer sa consommation d'alcool, mais la prise de conscience n'était que partielle. Pendant dix ans, Alain a géré tant bien que mal son problème d'alcool. « J'essayais de fréquenter un peu moins les cafés puis j'en ai eu un peu marre », explique ce cadre. Un problème de santé a également tiré la sonnette d'alarme. Mais le chemin a été long jusqu'à l'abstinence.
« Je voyais un médecin alcoologue tous les trois mois. Je sortais de chez lui avec la volonté de ne pas boire. Trois semaines après, je rebuvais et quelques semaines avant le rendez-vous suivant, je faisais attention », se souvient-il. Alain ne voulait pas prendre de médicaments et il garde en mémoire l'image du diable et de l'ange qui lui parlent alors que la tentation de boire un verre était grande. C'est en allant à la réunion des Alcooliques anonymes d'Hazebrouck un vendredi soir sur les conseils de son médecin que le déclic a eu lieu. « La médecine peut soigner le corps, mais pas l'esprit », estime Alain. « J'ai trouvé une philosophie de vie qui me convenait chez les Alcooliques anonymes », poursuit-il. L'athée qu'il est met de côté les allusions à Dieu faites dans la littérature des Alcooliques anonymes, qui sont à l'origine un mouvement américain.

Abstinent grâce aux Alcooliques anonymes
La méthode de l'association l'a beaucoup aidée. Elle est basée sur les témoignages et la force du groupe. « Nous avons des réunions toutes les semaines, nous pouvons téléphoner à des amis, avoir un parrain et les liens qui se forment dans le groupe permettent d'aller à la réunion même si ça ne va pas et qu'on fait une rechute », explique Alain. D'abord, il a observé et ne parlait pas de son problème d'alcool, mais il se reconnaissait dans les témoignages. « J'ai vu une amie boire après treize ans d'abstinence et ça m'a marqué. Je ne veux pas oublier. On a une partie de vie commune, on a vécu les mêmes galères », poursuit-il. Aux Alcooliques anonymes, tous sont anonymes et personne n'est jugé. Les membres parlent de leur histoire, lisent la littérature de l'association avec pour objectif de ne pas boire. « Petit à petit, j'ai commencé à faire confiance et quand je me retrouvais devant un verre, je revoyais les images de la réunion », poursuit Alain.
En 2008, il a franchi une étape capitale. « J'ai posé le verre, comme on dit aux Alcooliques anonymes. Je l'ai fait consciemment et physiquement. J'ai posé le verre en disant que c'était le dernier. Je sais où et à quelle heure », témoigne-t-il. Le plus difficile pour lui a été les cinq-six premiers mois d'abstinence. « J'avais l'impression que tout le monde me regardait parce que je ne buvais pas », se souvient-il. « Après j'ai senti un poids partir et je n'ai plus senti le besoin de boire », indique Alain. Cet été, il a soufflé ses cinq bougies, marquant cinq années d'abstinence. Et pourtant Alain se définit toujours comme un alcoolique : « Je suis un alcoolique abstinent. Je suis heureux et fier de l'être. L'alcool, on en guérit pas. Tous les jours, je pense à l'alcool. Et le soir, je me dis : "Bravo, j'ai passé une journée sans alcool". Un jour à la fois ». Vivre l'instant présent, cela fait aussi partie de la doctrine des Alcooliques anonymes.
Audrey Rohrbach-Minette
Le Nord/Pas-de-Calais compte 36 groupes des Alcooliques anonymes, dont un à Hazebrouck depuis fin 2006. Il a été fondé par Jacques et Mireille. Le groupe se réunit chaque vendredi à 18h45 à la Maison des associations, 21 rue Donckèle. Tél : 03 21 68 25 38 ou 0 820 32 68 83