Alcool : en parler
in "Nord-Eclair", 17 juin 2011
Alcool : en parler quand la famille trinque
Depuis bientôt 50 ans en France, les groupes Al-Anon aident les proches de personnes alcooliques. À Tourcoing, l'un d'eux se réunit chaque mercredi à la maison des services du Blanc Seau. Rencontre avec deux membres qui témoignent des difficultés à se reconstruire.
Jamais elles n'emploieront le terme de « guérison » : leurs maris sont aujourd'hui « abstinents ». Martine et Solange (les prénoms ont été modifiés) sont membres de deux groupes Al-Anon dans la métropole (lire l'encadré), la première depuis 26 ans, l'autre depuis 2007. Après que leurs époux ont arrêté la bouteille : preuve que, même des années après, les proches souffrent toujours de cette maladie « progressive », décrivent-elles toutes les deux.
Martine ne s'en est pas rendue compte tout de suite. S'est rendue à l'évidence en trouvant des cadavres de bouteilles dans un tiroir. A nié un moment avant de vivre avec pendant une dizaine d'années. « Mais j'ai eu de la chance, mon mari n'est pas allé trop loin dans l'alcool. » Et son sevrage n'a duré que 6 mois. Pour Solange, dès lors qu'elle a mis un nom sur le problème, ça a duré 15 années marquées par « beaucoup de cures » . « On vient de fêter nos 25 ans de mariage... dont 20 avec l'alcool », raconte-t-elle pudiquement.
« Malade de l'alcool de l'autre »
Comme Martine et Solange, les dames sont les plus nombreuses à pousser la porte de l'association. Et, comme elles, à y rester pour « se reconstruire » d'abord, puis pour « aider les autres », tout simplement. Juste en témoignant, pour faire tomber les tabous.
« Il y a beaucoup de honte à la base. C'est déjà difficile d'en parler et encore plus difficile avec quelqu'un qui ne connaît pas le problème » , avance Solange. Toutefois, « on n'a pas de baguette magique, poursuit Martine. Chaque alcoolique est différent.
On est juste là pour partager nos expériences ».
C'est ce qui a aidé nos deux témoins : « ici, on n'est pas jugé ». En parler a permis à Martine « d'apprendre à me détacher du problème d'alcool sans me détacher de mon mari. Ça m'a appris à m'occuper de moi et à ne pas tout décider à sa place ». D'accepter aussi son impuissance et le fait d'être « malade de l'alcool de l'autre ». Pour Solange, il a fallu « gérer le quotidien autrement, réapprendre à vivre ensemble. Quand il y a de l'alcool, on est comme deux étrangers l'un à côté de l'autre ».
Aujourd'hui, Martine et Solange ont trouvé « une seconde famille » chez les Al-Anon, qui restent très méconnus. Certains médecins alcoologues orientent des familles de patients mais le pas est souvent dur à franchir. À Tourcoing, le groupe qui existe pourtant depuis de nombreuses années, vivote avec une poignée de participants. Des groupes en ligne et une permanence téléphonique sont mis en place mais « on préfère le contact direct, face à face ». C'est certainement le meilleur moyen, comme pour Martine et Solange, de « trouver l'espoir ».