"MON MARI A BU UNE MAISON"

Publié le par kreizker

in "Le Journal de Saone-et-Loire", le 17 juin 2011

 

« Mon mari a bu le prix d’une belle maison ! »

Les malades de l’alcool ne sont pas les seuls à souffrir. Pour les proches vivre à leurs côtés est bien souvent un véritable calvaire.

La première fois que l’on m’a dit : tu es malade des conséquences de l’alcoolisme de ton mari. Je n’ai pas voulu le croire » raconte Georgette. « Les gens ne comprennent pas ce que l’on peut vivre » assure Gérard. Chaque semaine, quoi qu’il arrive, tous les deux assistent à la réunion des Al-Anon à la MJC de Mâcon.


Cette association propose aux proches des alcooliques anonymes d’échanger entre eux sur leurs propres difficultés. Tous les deux ont eu du mal à pousser la porte de l’association, ils ont bien vite compris que cette aide leur serait utile. « On arrive avec des valises bien pleines, ça fait du bien de les poser » confie Gérard. Chez lui c’est sa femme qui était malade, elle s’est mise à boire suite à un drame familial : « On ne pouvait plus compter sur elle, je devais tout gérer seul, les enfants les courses, toute la vie quotidienne. » Georgette convoque des souvenirs similaires : « On court partout, on s’énerve sur les enfants, sur le conjoint, on ne se rend pas compte qu’on commence nous aussi à dérailler. » Tous les deux ont eu du mal à prendre conscience de la maladie de leurs compagnons « Pour moi l’alcoolique c’était le poivrot du village pas mon mari, raconte Georgette, je lui trouvais des excuses, je me disais qu’il avait besoin de faire la fête avec ses copains. » Avant de se sentir soutenus par les autres « amis » d’Al-anon tous les deux ont vécu un calvaire : « Je lui cassais sa bouteille, elle courait en racheter une », « Mes filles disaient : papa m’a pris de l’argent dans ma tirelire, je refusais de les croire. », « J’étais le gendarme à la maison. »

 

Tous deux vivaient, sans le savoir, les symptômes de la dépression et témoignent du bout des lèvres avoir pensé à des choses horribles. « J’ai eu des idées de divorce, j’ai même espéré qu’elle ait un accident » avoue Gérard. « J’en ai passé des heures derrière ma fenêtre à sursauter des que j’entendais les pompiers. J’étais inquiète, mais quand il revenait je me disais aussi :« zut, il ne lui est rien arrivé. » « Les meilleurs moments c’est quand elle était loin, en cure plusieurs semaines » ajoute Gérard.

 

C’est finalement la réalité financière qui a fait prendre conscience à Georgette que son mari avait besoin de soins : « il cachait les talons des chèques, affirmait que sa banque n’envoyait pas de relevés. Un jour, le 13 du mois je suis allé à la banque, on m’a dit que le compte était vide » Gérard a fait le calcul, les 7 ans de maladie de sa femme ont coûté « 12 briques », Georgette, elle, estime, que son mari a bu « le prix d’une belle maison. »

Des réunions aux effets antidépresseurs

C’est donc en parlant avec d’autres proches d’alcooliques, que les deux retraités ont réussi à relever la tête. « On se raconte des choses très concrètes, là-bas j’ai découvert une famille, ce sont mes antidépresseurs » s’enthousiasme Gérard. À chaque réunion à la MJC de l’Heritan, ils sont une petite douzaine, beaucoup de femmes, quelques hommes. Tous les deux constatent avec tristesse que de plus en plus de jeunes viennent chercher du réconfort dans ces échanges de paroles. Gérard et Georgette affirment avoir trouvé de nombreux conseils très pratiques. « J’ai compris qu’il fallait attendre qu’elle ait dégrisé pour lui parler. » « J’ai appris à agir au lieu de réagir. » Aujourd’hui la femme de Gérard est abstinente depuis 7 ans, elle ne fréquente plus les alcooliques anonymes, lui, dit avoir encore besoin de parler. Après plusieurs rechutes et finalement l’abstinence le mari de Georgette a été emporté par un cancer. « Cela fait presque 20 ans que la maladie n’est plus à la maison, mais je commence seulement à pouvoir de nouveau acheter du vin. »

 

Publié dans ALANON ALATEEN

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