"Alcooliques et anonymes dans la vie, pas dans l’épreuve" "

Publié le par kreizker

in "La Voix du Nord", 25 septembre 2013

 

Pas de recette miracle, encore moins de potion magique. Mais un tremplin au courage qui force l’admiration. C’est ce que proposent les Alcooliques anonymes. Chaque semaine, par la parole, l’échange, l’écoute, dans la durée. Sans jugement et avec la garantie de l’anonymat. Nous avons rencontré deux d’entre eux et des membres de leur famille, à Denain. Tous ceux qui luttent pour que le dernier verre le reste.

 

Ce soir-là, ils ne sont que trois. Bref, presque personne. Peut-être parce que la présence d’un journaliste viendrait à violer l’un des fondements du mouvement, inscrit dans son nom, Alcooliques Anonymes ? Plutôt parce qu’il n’y a pas de logique, de « périodes propices » : « Ça va, ça vient… » Les trois irréductibles, eux, n’en loupent aucune. Parce que la drogue des « thérapies de groupe » a remplacé celle de l’alcool. Une nouvelle fois, Cathy, Adeline et Yves (1) n’ont pas eu peur de témoignages qui promettent d’être douloureux. Parce que vingt ans après le dernier verre, l’envie d’en vider un nouveau s’invite encore.

 

« Je suis alcoolique »

Cathy l’a admis, il y a vingt ans. Restait à le prononcer : « Je suis alcoolique. » Trois ridicules petits mots en comparaison de la souffrance de la confidence : « C’est le plus dur. » Sauf que voilà, Cathy ne pouvait « continuer » sans les exprimer. « Je ne me regardais plus dans la glace, je ne voulais plus me voir. J’avais l’impression d’être possédée, il fallait que ça s’arrête : l’alcool régissait ma vie, c’était mon maître. » Vingt ans après le dernier verre, on sent encore la douleur, la honte, comme si c’était hier : « Même avec un pied plâtré, je suis descendue à la cave sur les fesses pour chercher mon alcool… » La retraitée est aujourd’hui coutumière de l’aveu. Mais le calvaire est là. Et le courage, heureusement, encore plus. Comme le jour où elle a pris la décision. « Après chaque cure, je retombais dans le piège. Parce que j’étais orgueilleuse, je n’osais pas demander de l’aide. » Cathy entend alors parler des Alcooliques anonymes (AA). Séduite par l’anonymat du mouvement, elle assiste à sa première réunion. Cela fait aujourd’hui vingt ans qu’elle pousse, chaque semaine, les portes vertes de la salle des permanences de Denain. Parce qu’« on ne guérit pas de l’alcool, c’est une drogue ». Parce que, pas plus tard que cette semaine, après avoir subi « un coup dur », l’idée de « prendre un verre » s’est immiscée. Cathy, acharnée, a préféré céder aux ouvrages de l’association. Ses « douze étapes » – colonne vertébrale des AA – et les fameuses réunions, ce réseau national et international de groupes dans lesquels elle confie son salut. « À Tahiti, en vacances, j’en ai ressenti le besoin et j’ai pu aller à une réunion. Ici, j’ai réappris à vivre. Et c’est le travail de toute une vie. »

 

« Je pensais voir des pochtrons »

« Quand je buvais, je me disais que j’allais mourir mais si je ne buvais pas, je me disais la même chose. » Souffrance et impuissance, une fois de plus, face à cet alcool si facile à se procurer. Mais, là encore, le désir de se dépasser. Adeline se lance avec autant de témérité : « Je ne pensais pas que les autres voyaient mon état, je rasais les murs. Lorsque j’entendais parler des Alcooliques anonymes, dans le déni, je me disais que ce n’était pas pour moi. Et puis une amie m’a proposé de m’emmener à une réunion. » C’était il y a quinze ans. Comme hier : « La première fois, je pensais voir des pochtrons. J’avais honte, je ne voulais pas qu’on me reconnaisse. Et puis j’ai rencontré des gens souriants, riants, qui savaient écouter. » Le respect de l’écoute, indispensable, assuré par des réunions modérées où chacun parle librement, sans interruption, sans jugement. Aujourd’hui, celle qui glisse avec humour qu’elle « a de la bouteille » ne peut toujours pas se passer des rendez-vous du groupe. Parce que le dernier verre pourrait facilement redevenir le premier. Ses mains s’agitent sur la table en formica : « Ici, la seule condition, c’est le désir de s’en sortir. Il faut se mettre un coup de pied au cul. L’effort de venir, de monter les marches, la première fois… ce n’est pas croyable. » Elle les a gravies. Restait à « s’accrocher ». « D’abord, on apprend que c’est une maladie, on déculpabilise… » Ensuite, le combat se mène au jour le jour.

 

« L’allié du malade »

L’alcoolique est malade, « sa famille l’est aussi ». Un peu en retrait, Yves reste discret. D’ordinaire, l’époux d’Adeline ne se réunit pas avec les AA. Chaque semaine, comme elle, il retrouve son groupe d’échange. Lui, un étage en dessous. Celui des AL-ANON, ces « alliés du malade ». Famille, amis… Souvent aussi désemparés que l’alcoolique et dont les méthodes peuvent s’avérer pires que bien. « Je me sentais incompétent et responsable. » Des compagnons pourtant si importants : « Quand on voit un couple arriver, on sait que les chances de se rétablir seront plus grandes. » Yves a fait le premier pas, parallèle à son épouse. Depuis, il a appris à « changer son comportement pour éviter toutes aspérités ». Celles qui peuvent vite devenir prétextes à la tournée du patron. « Tous les accompagnants pensent que l’on va aider l’alcoolique en le restreignant mais il faut que l’initiative vienne de lui-même. » C’est ce qu’il a glissé à Laurence, il y a tout juste une semaine. La jeune mère de famille était venue « chercher de l’aide » pour son conjoint, dans l’espoir qu’il l’accompagne. « Je voulais avoir des réponses à mes questions et vite. » Ce deuxième jeudi soir, elle se « force à revenir ». Parce que « ça fait du bien ». Elle n’a « pas encore eu assez de réponses » mais, depuis, « ça s’améliore ». Laurence a la voix tremblante de celle qui étouffe un sanglot : « J’ai appris à ne plus le persécuter, j’ai mal au cœur et je pleure tous les jours mais j’accepte cette maladie. Aujourd’hui, je veux continuer à vivre avec mon conjoint et le laisser vivre. »

(1) Les prénoms ont été modifiés.

 

Groupe AA - Hôtel de ville - rue Villars - Batiment annexe salle des permanences 1er étage - 59220 Denain - France

Publié dans AA france

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D
Félicitation a nos Aamis de Denain, jolis partage.<br /> <br /> Daniel F.
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