FRANCE 2, jeudi 26 mai 2011, 22h50

Publié le par kreizker

 

VOYAGE AU COEUR DE L'ALCOOL(ISME)

 

Christophe Otzenberger propose un voyage intime auprès de personnes blessées, meurtries, émouvantes... qui, malgré leurs difficultés, affrontent leurs démons, se confrontant à elles-mêmes et aux autres sans tricher. Avec sincérité et générosité, elles se livrent pour nous permettre de mieux appréhender la complexité d'une maladie aux causes multiples. Au fil de ces fragments de vie poignants, nous comprenons qu'il ne s'agit ni d'une faiblesse de caractère, ni d'un vice moral, mais d'une maladie

 

Film documentaire  22H50 - 00H15   84 mn
 

Je la tutoie depuis longtemps cette maladie, cette saloperie. J'en ai rencontré des gens malades. Tous en avons gardé des taches, indélébiles, violentes, vaches, raides. Raides comme le monde, vaches comme la vie. J'en ai eu, j'en ai lu des témoignages… Combien d'enfants, d'épouses, d'époux de parents ont souffert de la maladie de l'autre, de celui qu'on aime ou qu'on a aimé, perdu ou retrouvé… Mais resteront les stigmates, tatoués à vie… Un voyage intime au pays de l’alcoolisme, dans les dédales de cette maladie.

 

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Rediffusion 29 mai, 02h20 France 2 


 

La critique du "Nouvel Observateur"

 

Des trognes avinées, mais aussi la tête de monsieur et madame Tout-le-Monde. Pour ponctuer son film, le réalisateur Christophe Otzenberger a choisi d'y insérer les portraits en noir et blanc de ses témoins. « Parce qu'ils sont beaux ! », sourit-il. L'homme a les yeux du même bleu que sa chemise, tutoie comme on rudoie : gentiment, tout en sirotant un Coca light. Détail pas si secondaire. Christophe Otzenberger sait de quoi il parle : la bibine, il connaît. « J'ai pas bu une goutte depuis longtemps, dit-il dans un regard en ligne de fuite. De temps en temps, je bois un coup de blanc. Mais je sais m' arrêter. » L'alcoolisme ou comment le faux se mêle au vrai, comment la réalité se dissout dans les vapeurs éthyliques, comment le mal de vivre se noie un temps au fond d'un verre.
 
Son film raconte ce leurre et le piège qui se referme quand s'installe l'addiction. Il raconte surtout la cassure qui, toujours, précède la chute. « Tu picoles parce que t'es pas heureux. L'alcool, c'est un antidépresseur. Quand t'es pété, ça va mieux. Mais le lendemain, t'es obligé de recommencer. C'est seulement quand on a compris pourquoi on a besoin d'être un autre qu'on s'arrête. » Ce qu'Otzenberger cherche, ce sont les raisons qui poussent à glisser. Ses témoins sont des alcooliques abstinents ou en postcure et leurs proches. Des hommes et des femmes fragiles comme le cristal, et souvent de la même finesse étincelante : ils analysent avec intelligence, balancent tout sans faux-semblants, vont à confesse avec l'humilité de l'enfant de choeur. Cette réussite-là, Christophe Otzenberger la doit à sa manière de ne pas les prendre de haut. « Il fallait que je me situe exactement au même niveau qu'eux, explique-t-il. Si je n'avais pas connu la maladie, je ne pense pas qu'ils m'auraient accepté. Je ne voulais rien savoir d'eux avant. Je passe toujours du temps sans poser de questions intimes. J'explique mon projet, je papote. Puis je dis : «T'as envie d'être filmé ? » Et hop ! On y va. Je pose peu de questions. J'attends qu'eux, ils me donnent. Ils sont dans le désir de raconter. Mon boulot, c'est de donner la parole à ceux qui ne l'ont pas. »
 
Et cela donne des séquences ahurissantes, comme celle avec Mathilde, la fille d'une alcoolique. Christophe a juste déjeuné avec la jeune femme connue par l'entremise de son assistante. Ils ont tout au plus parlé cinq bonnes minutes. Puis ça tourne. Mathilde est assise dans la semi-pénombre d'une chambre tapissée à l'ancienne, devant l'embrasure d'une fenêtre ouverte. La pluie se met à battre dehors, éclaboussant son dos. Elle, quasi imperturbable, raconte son enfance nauséeuse auprès d'une mère plus intéressée par le rosé que par sa gamine. Bien plus qu'une plainte, son monologue est, en creux, une déclaration d'amour à cette maman réfugiée ailleurs.
 
Finalement, il est ici plus question de drames familiaux et d'amour mal distribué que d'éthylomètre. L'alcool est presque au second plan. Même si le réalisateur s'attarde parfois sur une main qui tremble, cette « bloblotte » dont rigolent les pochtrons des rues. Car ce film en clair-obscur oscille entre rudesse et drôlerie. On sourit devant tant d'autodérision et de malice : « A la télé, ils disent [qu'un homme peut boire] trois verres [par jour] alors j'ai acheté un verre de deux litres ! », glisse l'un ; « Mon permis de conduire était annulé donc je roulais en Mobylette. Quand on me l'a piquée, j'ai pris ma voiture pour la chercher. Je ne l'ai pas trouvée, mais j'ai trouvé les flics ! », raconte un autre, fataliste ; « Alcoolique de haut niveau, c'est un métier, on s'entraîne tous les jours ! », renchérit un troisième. C'est plein de vie et de drames, de tendresse et de pudeur. « On se marre et c'est affreux », résume le réalisateur.
 
Car c'est leur vie qui est en jeu. Replonger serait, pour certains, risquer la pancréatite aiguë et la mort. Les soignants se battent comme de beaux diables pour garder les fortes têtes sous leur bonne garde. Comme Denis, le cheminot à moustache, qui veut retourner à la vie civile malgré les clignotants au rouge, et pour qui l'on tremble. Le sujet aurait pu peser 3 tonnes, voire virer à la démonstration pour congrès d'alcoologie. Mais Christophe Otzenberger nous embringue sans mal pour une virée dans l'humain, avec ses failles insondables et ses petits bonheurs.
 
Cécile Deffontaines

 

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A aussi écrit (paru en mars 2011) :

 

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Publié dans medias

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