FRANCE, normandie, cherbourg
in "Ouest-France", vendredi 11 juin 2010
Alcooliques anonymes : depuis 17 ans à Cherbourg
L'antenne cherbourgeoise des Alcooliques anonymes se réunit chaque semaine depuis 1993.Michel et Anne témoignent.
Le groupe cherbourgeois compte une dizaine de personnes. Chacun est arrivé là porté par la même détermination : sortir de la dépendance à l'alcool, et revivre.
Un cadeau : l'abstinence
« J'ai poussé la porte des AA il y a six ans, et je me suis tout de suite senti dans mon élément », confie Michel. « On est bien reçu, ici. On peut vider son sac, mais aussi apprendre des autres. Les vieux de la vieille s'occupent des nouveaux. C'est un vieillard qui m'avait donné l'adresse dix ans avant. Elle était entrée par une oreille, et jamais ressortie. Lors de ma dernière cure, j'ai appelé le Dr Samuelson et le mardi suivant, j'étais là ».
L'homme reconnaît qu'au départ, « tout est rose ». Mais les problèmes restent. « Ce sont les émotions qui nous mettent dedans, nous, les alcooliques. On vit tout à l'excès ». Venir régulièrement aux réunions empêche de « se creuser la tête ».
Parler le soulage tant qu'il se rend aussi aux réunions du groupe de Picauville, le vendredi. Michel se fait de nouveaux amis : « Les anciens venaient dire bonjour à la bouteille, pas à moi. Les AA m'avaient dit que j'aurai un cadeau la première année. C'était vrai : c'est l'abstinence ». Michel conclut : « Il faut le dire : c'est possible de sortir de l'alcool ».
Parler : une libération
Les livres aident beaucoup les alcooliques entre chaque réunion
Anne est arrivée aux AA après « la cuite de trop », en 2005. Elle ne pouvait plus assumer le quotidien. Le déclic de venir aux réunions s'est fait « en pensant aux films de Woody Allen », confie-t-elle avec le sourire. Un accueil chaleureux, beaucoup d'écoute, pas de jugement : il n'en fallait pas plus pour qu'Anne se sente bien dans le groupe. Elle n'est pas la seule femme : « On ne fait pas la différence, ici ».
Au début, « la honte prédomine », puis, au fil des semaines, le rendez-vous s'impose. « On ne guérit pas. Mais c'est important de se poser, de se souvenir, d'appartenir à un groupe où on se sent en sécurité. Il faut être patient, l'envie de boire met environ un an à disparaître ». Anne insiste sur la bonne humeur du groupe : « On rit beaucoup. On se remet en question avec humour. Être abstinent offre une joie plus authentique ».
Tous les mardis, à 20 h 30, Ancienne Ecole Maternelle J.Jaurès, 44, rue de Bremerhaven, gratuit, tél. 02 33 44 13 50.