FRANCE, AA Brive a 38 ans
in "La Montagne", 10 juin 2012
Le comité des Alcooliques anonymes de Brive a célébré, hier, ses 38 ans aux grottes de Saint-Antoine
Depuis près de 40 ans à Brive, les Alcooliques anonymes s’épaulent, se conseillent et viennent en aide aux buveurs dans la détresse.
Le plus souvent associé au partage et à la convivialité, l'alcool n'en reste pas moins, pour certains, synonyme d'une solitude et d'une détresse aussi sourdes que profondes. Des stigmates que l'association des Alcooliques anonymes tente d'estomper par le biais de l'entraide, depuis sa création en 1935 dans l'Ohio, et ce jusqu'à Brive, dont l'antenne locale a fêté, hier, ses 38 ans.
Pour célébrer le chemin parcouru depuis, les relations tissées, leurs réussites et leurs échecs, les membres du comité local se sont réunis dans le cadre idyllique des grottes de Saint-Antoine autour d'un repas, d'une table ronde et de quelques lectures choisies.
Car si, pour beaucoup, l'ivresse des verres n'est plus même concevable, sous peine de rechute, celle des mots permet de reprendre prise au monde. Des mots intimes qu'on partage en réunion, aux mots de choix que chacun pioche dans ses lectures personnelles pour se renforcer.
Au pied du mur
Philippe (*) est membre depuis 10 ans et abstinent depuis presque autant. Une discipline de tous les instants qui ne semble pas affecter les capacités d'autodérision de l'ancien buveur : « Qui prendra l'apéro ? », demande-t-il, malicieux, en versant les cafés. « J'avais l'alcool festif, de comptoir. Ma vie était organisée autour de ça jusque dans les moindres détails. Au bout d'un moment, je me suis retrouvé au pied du mur, j'étais presqu'autant incapable de vivre avec l'alcool que de vivre sans. Un ami m'a parlé de l'association, je suis venu. J'ai puisé dans les parcours de chacun et j'ai appris que ma souffrance était explicable, qu'il s'agissait d'une maladie, une incapacité à contenir mes émotions. Une maladie dont l'alcool n'était que le symptôme, le palliatif ».
Or, si l'abstinence permet d'écarter le symptôme, elle ne guérit pas. Ceux qui ont tenté de « poser le verre » sans un soutien moral conséquent ont souvent buté sur ce problème de taille, qui persiste longtemps après l'arrêt de l'alcool : la difficulté à retrouver le respect de soi.
« Dès lors qu'on se prive, on se retrouve seul, face à sa vie d'addiction, sans cet anesthésiant qui permettait de l'accepter. C'est là qu'il est bon de parler à un ami qui a connu la situation, de pouvoir l'appeler à tout moment et notamment lorsque c'est le plus difficile ».
Des amis disponibles à tout instant
Chacun son histoire, son parcours, radieux ou semé d'embûches, depuis l'entrée dans l'association. Chacun ses doutes et ses rechutes après des années, voire des décennies d'efforts. Mais pour tous, la sensation d'avoir trouvé dans ce groupe de parole, fondé sur l'égalité et l'absence de jugement, des conseils avisés, des béquilles et des amis disponibles, pour remplacer la boisson et ces « copains » avec lesquels on la dégustait. « Le plus difficile, c'est de parvenir à passer du statut d'ancien buveur à celui qui ne boit plus ».
Au-delà de leurs différences d'âge, de sexe et de milieu social, l'alcoolisme étant par excellence la maladie « démocratique », les participants semblent néanmoins partager une foi, une soif de spiritualité, qu'on retrouve imprégnée dans le rituel universel des réunions. Jusque dans les douze points du programme d'abstinence que se voient proposer tous les nouveaux « AA », comme ils ont pris l'habitude de se désigner pudiquement.
« L'objectif final est de se respecter à nouveau et d'apprécier chaque jour passé sans alcool. Ça implique de faire preuve d'humilité et d'oser sortir de son individualisme ».
(*) Les prénoms ont été modifiés.
è Contacts. Tél. : 06.09.15.12.97 (soir et week-end) ; courriel : AAnivbrive@live.fr. 29, rue Raoul-Dautry 19105 Brive.