RESULTATS ENQUETE 2011 sur AA
En 2011 : http://0z.fr/EKZ9c
Résultats de l’enquête
« Regards sur l’association des ALCOOLIQUES ANONYMES »
Voici une première analyse des résultats obtenus, suite au questionnaire que vous avez été si nombreux à compléter : plus de sept cents réponses ! Nous vous en remercions.
Cette grande mobilisation est pour nous le premier, et l’un des principaux résultats de cette enquête : cela montre qu’un travail conjoint entre Alcooliques Anonymes et professionnels de santé est possible, très efficace, et très enrichissant pour les uns et les autres. Cette enquête a été l’occasion de nombreux échanges et discussions entre médecins et membres des AA. Nous avons appris à mieux nous connaître, à mieux comprendre les fonctionnements et principes qui sous-tendent nos manières, différentes mais complémentaires, d’aider les personnes souffrant encore de leur alcoolisme.
Il serait impossible de retranscrire tous les résultats de ce long questionnaire en une page, nous sélectionnerons ceux qui nous semblent les plus pertinents.
Pour chacun des résultats exposés, nous indiquerons de quelle manière ils pourraient être utilisés, lors de nos échanges avec les patients, pour les accompagner vers une première réunion AA.
1. Les AA aident-ils à « poser le verre », ou sont-ils surtout efficaces en « prévention de la rechute » ?
Parmi les répondants se déclarant abstinents (soit 97,5% des 700 répondants), 53,7% ont participé à leur première réunion AA avant leur sevrage (c’est-à-dire qu’ils consommaient encore de l’alcool), et 46,3% ont participé à leur première réunion après le sevrage (ils avaient déjà arrêté de boire).
On constate donc que la moitié des AA abstinents ont utilisé les AA comme « moyen de sevrage », et l’autre moitié comme « moyen de prévention de la rechute ».
Parmi les 53,7% qui buvaient encore avant leur première réunion, 69,2% déclarent avoir posé le verre « avec l’aide des AA, sans aucun traitement médicamenteux », 26% « avec l’aide d’une hospitalisation », et 4,2% « avec l’aide d’un traitement pris à la maison» (sevrage ambulatoire).
Intérêt pratique : ce résultat est utile à diffuser aux personnes que nous recevons pour la première fois en consultation d’alcoologie, et qui sont réfractaires ou non-disponibles pour une hospitalisation, tout en exprimant le désir d’arrêter de boire : la seule fréquentation des réunions a permis de poser le verre, pour environ la moitié des membres des AA.
2. Quels sont les facteurs d’adhésion aux AA ?
Il s’agit d’identifier les éléments qui séduisent les participants lors de leur première réunion AA, et qui les encouragent à revenir.
Ces éléments étaient proposés dans le questionnaire sous forme d’items (trente-cinq au total), retranscrits « entre guillemets » ci-dessous. Ils sont cités dans l’ordre « d’importance » que les répondants leur ont attribué (chaque item obtient un score d’importance, entre 0 et 6)
les deux premiers items sont les facteurs qui améliorent le sentiment d’estime de soi, et permettent à la personne de se revaloriser, de se représenter une image d’elle-même moins dégradée : « l’écoute bienveillante des autres », et le fait de « ne pas se sentir jugé », sont les deux principaux déterminants de l’adhésion aux AA.
les items suivants sont liés au partage d’expériences : « les expériences des autres avec l’alcool », « se sentir compris », « pouvoir parler de son pb d’alcool », « retrouver l’espoir », « se sentir respecté », « ne plus se sentir seul ».
la « motivation à arrêter de boire » apparait en neuvième position.
on retrouve ensuite certaines valeurs des AA : « l’ouverture d’esprit et la tolérance », « la liberté : on ne me donne pas d’ordre »
en douzième position, « les astuces d’abstinence: le principe des vingt-quatre heures », ne pas prendre la première goutte du premier verre etc…»
les trois items suivants reflètent l’importance du cadre qui entoure les réunions : « un espace de paix », « la sensation d’avoir trouvé sa place », « des réunions bien cadrées »
ensuite apparaissent les aspects liés au groupe : « l’esprit de fraternité », « la notion d’entraide », « la convivialité », « l’envie de ressembler aux personnes abstinentes », « l’anonymat », « les valeurs morales véhiculées par les AA », « la possibilité d’appeler à l’aide à tout moment », « le sentiment d’appartenance au groupe », « se sentir exister »
ce n’est qu’en vingt-cinquième position qu’apparaissent les items liés au contenu du programme : « les slogans et réflexions quotidiennes des AA », « l’intérêt pour le programme des douze étapes », « la dimension spirituelle », « l’intérêt pour la littérature AA »
« l’envie de prendre du service » apparait en vingt-neuvième position, puis « l’envie de se lier d’amitié (ou autre) avec une ou plusieurs personnes du groupe »
« la notion de Dieu ou de Puissance Supérieure » apparait certes tardivement, mais elle obtient quand même un « score d’importance » positif (3,22/6)
le fait d’ « avoir un parrain ou une marraine » apparait également tardivement, avec un score d’importance positif (3,12/6)
les trois derniers items répondent à des injonctions externes : « le sentiment de devoir quelque chose au groupe » (2,99/6), « les sollicitations d’autres membres à revenir » (3/6), « la pression de l’entourage » (1,42/6).
Intérêt pratique : ces résultats sont déterminants pour nous, soignants en alcoologie, car ils fournissent de précieuses informations sur les éléments à mettre en avant en premier lieu, afin d’encourager nos patients à s’orienter vers les AA. A priori, nous aurions eu tendance à délivrer une information sur le déroulement des réunions, le contenu du programme, à valoriser l’aspect de parrainage etc… Or les déterminants de l’adhésion aux AA sont radicalement différents de ces aspects « formels » : ils sont très abstraits, et ne peuvent se percevoir qu’en écoutant les AA euxmêmes, lors d’échanges individuels ou de réunions.
Il s’agit pour nous d’informer nos patients, en premier lieu, sur l’existence d’un espace de parole pour personnes alcooliques, où ils seront écoutés avec bienveillance, et où ils ne seront pas jugés. On mettra ensuite en avant les intérêts du « partage d’expériences ». Puis nous discuterons ensuite des autres aspects des AA, en fonction des attentes exprimées par le patient.
Ainsi ces résultats nous permettent de hiérarchiser les informations à fournir à nos patients, en insistant sur ces aspects de bienveillance et de bientraitance, et sur cet espace de parole, libre de tout jugement, et de toute injonction.
Conclusion : voici un bref échantillon de nos résultats. Pour les membres qui ont pris connaissance de l’ensemble des résultats, ceux-ci semblent très cohérents avec leur ressenti et leur vécu en AA. Nous avons voulu montrer ici comment nous pouvons les utiliser, lors des consultations d’alcoologie, pour mieux orienter nos patients vers les AA. Mais pour améliorer l’information et la connaissance des AA par les professionnels de santé, à plus large échelle, ils feront l’objet de publications, dans des revues médicales spécialisées.
Ils pourront également être utilisés par les AA, lors des informations publiques, afin d’étayer, par des données chiffrées, les idées que les AA souhaitent transmettre au public sur leur association. Enfin ils seront édités sous forme de plaquettes, destinées aux nouveaux.
Dr Eve BETTACH, psychiatre-addictologue, hôpital Emile ROUX, Limeil-Brevannes
Pr Henri-Jean AUBIN, professeur de psychiatrie et d’addictologie, hôpital Paul BROUSSE, Villejuif