SUISSE, 18 novembre 2010

Publié le par kreizker

Journée nationale sur les problèmes liés à l'alcool

 

in "20 minutes", 11 novembre 2010

 

Une consommation excessive d'alcool ne conduit pas automatiquement à des actes de violence, précisent les organisations de prévention des dépendances dans un communiqué commun. Mais l'alcool aggrave les conflits et le stress. Une personne sous son influence est moins capable de gérer les situations difficiles sans agressivité.

 

Jeudi prochain, les organisateurs de la Journée nationale sur les problèmes liés à l'alcool chercheront à briser le tabou qui entoure ce thème grâce à diverses conférences et actions. Les personnes concernées et leurs proches seront encouragés à utiliser les offres d'aide existantes.

 

La Journée est organisée notamment par addiction info suisse, la Croix-Bleue, le Groupe romand d'étude des addictions (GREA) et les Alcooliques anonymes (AA).

 

Les AA fêtent par ailleurs cette année leur 75e anniversaire. L'association, qui a été fondée aux Etats-Unis, a démarré son premier groupe en Suisse en 1956. Il en existe aujourd'hui quelque 300 sur le territoire helvétique. Ils sont financés par les cotisations des membres.

 

Au niveau mondial, l'organisation dit avoir actuellement plus de deux millions de membres, qui se rencontrent dans quelque 115'000 groupes. L'anonymat est sa première règle. Les participants à une séance ne donne jamais plus que leur prénom

 


in "Le Nouvelliste", 13 novembre 2010

 

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Etre alcoolique et oser le dire
TEMOIGNAGE Depuis quatre ans et demi, Thierry est abstinent. Il raconte son parcours pour sortir de cette maladie. Plongée dans l'univers des AA à une semaine de la journée nationale sur l'acoolisme.

 

«Il fallait que je boive pour me sentir bien. Je ne pensais qu'à ça.» Thierry, 42 ans, est abstinent depuis quatre ans et demi. «Sans avoir fait de rechute», souligne-t-il d'emblée, avec un mélange de fierté et de soulagement. Ce bûcheron-forestier d'origine vaudoise est un fidèle des Alcooliques Anonymes (AA) dont il fréquente les séances en Valais deux ou trois fois par semaine. «Il y a une telle fraternité entre nous. Et puis, vous pouvez vous exprimer, sans qu'on vous juge. C'est juste de l'écoute; cela fait du bien de ne pas se sentir seul dans cette maladie.»

Depuis quelque temps, Thierry témoigne de son parcours lors de conférences, souvent devant un parterre d'adolescents. Se raconter est un moyen pour lui de sensibiliser les alcooliques qui veulent s'en sortir. «Mais je sais que la décision d'arrêter l'alcool ne peut venir que de la personne alcoolique. Si vous le faites pour faire plaisir à votre conjoint par exemple, cela échouera.»

Déculpabiliser

 

Thierry raconte aujourd'hui son parcours avec sérénité. «Je ne culpabilise plus. J'ai appris à le faire, aux AA notamment.» Fils de parents alcooliques, il a baigné dans l'alcool depuis tout jeune. «Je me souviens que mon père nous préparait du vin rouge avec du sucre quand on avait 10-12 ans.» L'alcool fait alors partie intégrante de sa vie.

A l'adolescence, il buvait pour vaincre sa timidité. «Dans ma chambre, j'avais toujours une bouteille de Martini blanc.» A 19 ans, il a une relation avec une jeune femme qui tombe enceinte. «J'ai l'impression d'avoir loupé l'adolescence. J'ai tout de suite eu des responsabilités, je me suis marié, suis devenu père. Mais même l'arrivée de cet enfant ne m'a pas rendu adulte au niveau de la boisson. La buverie primait toujours.»

Malgré sa prise quotidienne d'alcool, Thierry ne lâchait pas son travail de bûcheron-forestier. «Je bossais tous les jours; j'ai eu de la chance de toujours avoir du travail. Mais à l'époque, je n'appréciais pas mon job comme aujourd'hui. Maintenant, je sais regarder la nature autour de moi, regarder les animaux sauvages, sentir les odeurs. En automne, c'est vraiment magique.»

Le déni

 

Pendant des années, Thierry n'a pas voulu voir son alcoolisme en face. Il a cumulé les accidents - «j'ai eu plusieurs fractures». Il ne voulait pas reconnaître son problème. «Je ne me rendais pas compte à quel point l'alcool menait ma vie. Ma priorité, c'était l'alcool, toujours l'alcool.»

Ses histoires d'amour aussi s'en ressentaient. Après avoir divorcé de sa première épouse, il tombe amoureux d'une autre femme avec laquelle il a un fils. «Je vivais avec elle, mais je crois que je ne savais pas ce que c'était d'aimer. Est-ce que je le sais vraiment aujourd'hui?»

Dépendant affectif, comme il se qualifie lui-même, Thierry a alors un coup de coeur pour une autre femme, pour laquelle il quitte la mère de son dernier enfant. «Cela a duré deux ans. Des années où je n'ai cessé de boire. Il y avait un petit magasin au-dessous de chez elle, et je m'arrêtais tous les soirs acheter une bouteille. Je la mettais dans un emballage cadeau à la caisse, croyant faire illusion. C'est fou ce qu'on est menteur et manipulateur quand on boit.»

Les mois passant, Thierry se rend compte que sa consommation devient invivable. «Je me suis décidé à aller voir un médecin qui m'a dit que le seul moyen était de faire une cure. Mais, je n'étais pas prêt. J'ai pris de l'antabuse, mais j'ai bu par-dessus. Même si j'étais mal comme tout, je continuais à boire.»

Villa Flora, le réveil

 

Un jour, l'homme décide de se rendre à la Villa Flora de Sierre pour suivre un traitement. «J'ai dit la vérité à mes patrons. Ils ont été chics, car ils ont compris ma démarche, mais ils m'ont dit que si je récidivais, je serais licencié. J'ai pris cela comme une force supplémentaire pour m'en sortir.» Comme Thierry était alors établi sur le canton de Vaud, il a dû financer lui-même son séjour de cinq semaines à la Villa Flora. «Ça m'a coûté 11 000 francs à sortir de ma poche.» Il a racheté son assurance-vie, vendu sa voiture et payé le solde en mensualités. «J'ai pu vider mon coeur là-haut. Sans ce séjour, je crois que je ne m'en serais pas sorti.»

Après son passage à la Villa Flora, Thierry s'est mis à suivre les séances des AA. «Je me souviens de ma première séance. Tout le monde me souriait. J'ai tout de suite croché. C'est grâce à eux si je suis debout.» Le quadragénaire ne tarit pas d'éloges sur le groupement. «On peut parler de tout, partager nos expériences, appeler quelqu'un en urgence quand on en ressent le besoin. Tenez, là, j'ai une liste de personnes à qui je peux téléphoner n'importe quand», dit-il en sortant une carte de visite comportant une dizaine de contacts.

Toujours vigilant

 

Depuis un an, Thierry n'éprouve plus d'envie de boire. «Mais je ne m'estime pas guéri. Je suis toujours vigilant, car je sais que je suis alcoolique à vie.»

Il n'hésite pas à souligner qu'une nouvelle vie a commencé. «Désormais, je prends soin de moi, j'ai fait une formation de masseur et vais bientôt suivre des cours d'aromathérapie.» L'homme a également fait la paix avec son passé de buveur. «J'ai notamment pu parler avec ma fille aînée qui a 23 ans aujourd'hui. Je me suis excusé pour ce qu'elle a pu vivre dans son enfance. Elle m'a répondu que son plus beau cadeau, c'était que j'aie arrêté de boire», conclut Thierry.

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