Témoignages : ils sont tombés dans l'alcool et s'en sont sortis

Publié le par kreizker

‘L’alcoolisme est une maladie
incurable, progressive et mortelle.
Elle mène au cimetière, en prison
ou en hôpital psychiatrique. »
Jim, 60 ans, qui a arrêté de consommer de l’alcool il y a dix-neuf ans (voir ci-dessous)

 

in "L'Echo républicain" (France), 6 février 2015

 

Le groupe chartrain de l’association Alcooliques anonymes fête son 34e anniversaire, demain
Fabrice et Jim ont arrêté de boire il y a près de 20 ans. Aujourd’hui, ils sont bénévoles au sein des Alcooliques anonymes pour aider à leur tour.

 

Ne leur parlez pas de leur "passé " d'alcooliques. Car ils le conjuguent encore au présent. Même s'ils sont abstinents. Jim (*), 60 ans, a arrêté de consommer de l'alcool il y a dix-neuf ans. Pour Fabrice, 67 ans, c'était il y a vingt ans. Définitivement, ils l'espèrent. Mais ils n'en restent pas moins vigilants.

Jim « ne fréquente pas les rayons d'alcool des supermarchés et ne regarde pas les publicités. Ça ne m'intéresse pas. Je fais attention que le sirop pour la toux, le chocolat ou la pâtisserie que je consomme ne contiennent pas d'alcool. » Whisky, vin, bière… Ils ont tout essayé, jusqu'à s'en dégoûter, mais sans pouvoir arrêter.

 

« C'est plus fort que tout »

« Il ne faut pas espérer gérer sa consommation quand on est malade alcoolique. On ne peut pas reboire un verre sans risquer de finir ensuite la bouteille », assure Fabrice.

La dépendance prend le dessus sur tout le reste : « On est piégé dans l'alcool, souligne Jim. On a beau dire qu'on aime sa famille, c'est plus fort que tout. On finit par faire le tour de tous les supermarchés, épiceries et bars du coin. » Lui qui s'était juré de ne pas être comme son père, parti en cure quand il avait 6 ans, a vu l'alcool prendre progressivement de la place dans sa vie, dès ses 25 ans. Il est passé d'un verre l'après-midi à deux par jour, puis plusieurs. Jusqu'à ne plus pouvoir s'en passer. Un « jeu » qui a duré quatorze ans.

« Il y a des millions de gens qui boivent beaucoup mais qui ne sont pas alcooliques car ils ne développent pas de dépendance, rappellent les deux Chartrains qui sont devenus bénévoles aux Alcooliques anonymes. On peut devenir alcoolique avec deux verres. Beaucoup de gens considèrent ça comme une tare ou un vice, alors que c'est une maladie. À force d'utiliser l'alcool comme un anxiolytique et un désinhibiteur, il s'installe ». Jim insiste : « C'est une maladie incurable, progressive et mortelle. Elle mène au cimetière, en prison ou en hôpital psychiatrique. »

 

FRANCE 151

Aujourd’hui bénévoles, Jim et Fabrice viennent en aide à ceux qui, comme eux, sont confrontés à l’addiction.

 

Pour s'en sortir, il leur a fallu un déclic. Fabrice, qui a longtemps bu pour noyer son mal-être, bascule le jour où il percute un camion avec 3 g d'alcool dans le sang. L'annulation de son permis est vécue comme une « catastrophe. »

« Mais j'étais dans le déni. Je suis allé voir un psy. Il m'a dit qu'il ne pouvait rien pour moi et m'a tendu une carte des Alcooliques anonymes. » Il commence à fréquenter les réunions, sans reconnaître son addiction. Il demande, malgré tout un parrain, qui, au bout de neuf mois, le convainc d'aller faire une cure : « Lorsque je suis sorti au bout de vingt-huit jours de sevrage et de travail personnel, je n'ai pas rebu ».

Aux réunions, il rencontre Jim. L'homme les fréquente mais n'arrive pas à décrocher, malgré une cure et la peur panique qu'il a ressenti après un contrôle d'alcoolémie.

Le 14 novembre 1995, il se couche alcoolisé. Déprimé, « au bord de la folie », il avale une poignée de médicaments :

 

« Beaucoup de gens considèrent ça comme une tare ou un vice »

« Je m'en foutais de ne pas me réveiller. Mais au matin, j'étais encore là, avec un gros mal de tête. J'ai eu un déclic. »

Après dix-huit mois de réunions, il tient une journée sans boire. Et de 24 heures en 24 heures, comme le préconise le programme, il finit par cocher un calendrier complet : « J'ai pleuré pour mon premier anniversaire d'abstinence. J'ai demandé pardon à mes proches. Maintenant, j'arrive à gérer des situations que je ne gérais pas avant, et je n'ai plus besoin de l'alcool pour le faire. »

(*) Les prénoms ont été changés pour préserver l'anonymat des personnes

 


 

« Le principal, c’est d’arriver à être bien dans sa vie et heureux sans boire »

 

Le groupe chartrain des Alcooliques anonymes a été fondé en 1981. Il accueille, chaque semaine, une quarantaine de personnes qui viennent témoigner.

Ici on ne juge pas, on ne donne pas de leçons de morale, on écoute. Installé dans la Maison diocésaine, avenue d’Aligre, le groupe des Alcooliques anonymes est fréquenté par une quarantaine de personnes. Deux tiers sont des hommes, la cinquantaine en moyenne, même si le groupe compte aussi des moins de 30 ans.

Chaque samedi, ces anonymes sont une quinzaine à franchir la porte de la salle de l’Annonciation , en quête de soutien. « Ce qui fait notre force c’est que nous avons tous un problème d’alcool, nous savons de quoi nous parlons. C’est une relation d’égal à égal, souligne  Jim , président du groupe. Toutes les couches de la société sont représentées. Nous sommes tous anonymes. Ce  qui  est  dit ici  n’en  sort  pas. » À chaque séance, un thème et un modérateur sont choisis : « Chacun peut alors prendre la parole, sur le sujet du jour ou sur un problème personnel »,franchir la porte de la salle de l’Annonciation , en quête de soutien. « Ce qui fait notre force c’est que nous avons tous un problème d’alcool, nous savons de quoi nous parlons. C’est une relation d’égal à égal, souligne Jim , président d u groupe. Toutes les couches de la société sont représentées. Nous sommes tous anonymes. Ce qui est dit ici n’en sort pas. »

À chaque séance, un thème et un modérateur sont choisis : « Chacun peut alors prendre la parole, sur le sujet du jour ou sur un problème personnel », explique Fabrice. On y aborde aussi le programme de rétablissement en 12 étapes.

« Chacun prend ce qu’il veut dans ce programme »

« La première consiste à admettre que nous étions impuissants devant l’alcool et que nous avions perdu la maîtrise de nos vies. C’est l’une des rares étapes où l’on parle d’alcool. Tout le reste est axé sur du travail personnel . Chacun prend ce qu’il veut dans ce programme au moment où il en a besoin. Le principal, c’est d’arriver à être bien dans sa vie et heureux sans alcool. »

Dans la salle voisine, leurs proches se retrouvent au sein du groupe Alanon pour apprendre ce qu’il faut faire et ne pas faire, et arriver, eux aussi, à bien vivre malgré la maladie.

 

FRANCE 133 chartres

Le groupe se réunit chaque samedi après-midi.

 

Pratique. Groupe Alcooliques anonymes de Chartres, 26 avenue d’Aligre, ouvert chaque samedi à 16 h 45. Premier samedi du mois ouvert à tous . N ° indigo (0,12 €TTC/minute depuis un poste fixe) : 0820.32.68.83.

 

Article sur le 33° anniversaire du groupe : http://0z.fr/GUPd8

Publié dans AA france

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