"LORRAINE : LE TÉMOIGNAGE D'UN ANCIEN ALCOOLIQUE"

Publié le par kreizker

in "L'Est Républicain" (France), 8 novembre 2015

Les Alcooliques anonymes en congrès national ce week-end à Paris

 

Son dernier verre d’alcool ? Il se souvient de la date, c’était le 26 juillet 1991. « C’était une bière. Une Addelscott… ».

Maurice (*), 69 ans, est abstinent depuis maintenant 24 ans. Depuis qu’à la rue, viré de la maison par ses propres enfants, après avoir perdu son boulot et dormi sur des bancs, sur des chantiers ou dans des parkings, il a eu la lucidité de constater qu’il n’était « pas bien du tout ». « J’ai même fait des TS… ». Entendez par là tentatives de suicide.

Créés aux États-Unis il y 80 ans par deux fervents adeptes de la dive bouteille (Bill, courtier, et Bob, chirurgien), les Alcooliques anonymes (AA) tiennent leur congrès national ce week-end au Grand Rex, à Paris, et Maurice y sera, bien évidemment. Toutes les semaines, à Nancy, il tient la permanence téléphonique (7 jours sur 7 et 24 h sur 24) et participe aux réunions.

« Qu’est-ce qu’un alcoolique ? Un toxicomane à l’alcool, à l’éthanol. Quelqu’un qui a perdu la maîtrise de sa vie car il est obligé d’en prendre tous les jours. C’est quand même une personne sur dix en France. C’est une addiction, donc une maladie. Le sevrage physique de l’alcool, c’est cinq ou six jours. Le problème, en fait, c’est l’obsession mentale ».

Les réunions se tiennent par petits groupes d’une dizaine de personnes une fois par semaine. Un ancien est chargé du rôle de modérateur. Et l’anonymat est de mise.

« On écoute, on témoigne, on partage, on suggère. On voit des gens qui parlent de leur galère de l’alcool mais qui vont mieux. Et ça, c’est tout simplement extraordinaire. Pour arrêter de boire, il faut impérativement changer son mode de vie. Changer parfois des gros trucs, comme de travail ou de région, mais très souvent de petites choses. Changer son circuit pour aller au travail, par exemple, changer son heure de réveil, ses meubles de place. Il faut casser ses habitudes et prendre aussi celle de ne plus être seul ».

Les AA ne sont pas un mouvement d’anciens buveurs mais de gens qui ont le désir d’arrêter de boire. « Il convient déjà de repérer si on est dépendant et accepter ensuite de penser qu’on est malade, qu’on a perdu la maîtrise de son comportement. C’est l’une des étapes d’acceptation. Il y a ensuite des étapes de confiance puis de transmission aux autres ».

Le cheminement jusqu’à l’arrêt définitif est bien évidemment chaotique, avec des rechutes, il n’y a pas de statistiques de réussite, mais beaucoup touchent au Graal. Maurice y est parvenu et, désormais, vit « une relation extraordinaire » avec ses enfants.

(*) Le prénom a été modifié. Contact AA : 09/69/39/40/20.

Publié dans AA france

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