Alcooliques Anonymes. Unis contre la boisson
in "Le Télégramme" (France), 15 février 2016
Anne et Sophie refusent toute photo, comme le veut la politique de l'association de lutte contre l'addiction à l'alcool, fondée à Landerneau en 1998.
Ils se rencontrent tous les mercredis, jours fériés compris. Eux, ce sont les « amis », comme ils s'appellent entre eux, de l'association Alcooliques anonymes (AA). Témoignage de deux femmes qui ont trouvé, dans le groupe, la force de s'en sortir.
Anne et Sophie (les prénoms ont été changés) sont alcooliques, même si cela fait une quinzaine d'années qu'elles n'ont pas touché à un verre. « C'est une maladie dont on ne guérit pas », explique Anne, 58 ans. Aujourd'hui, elle aide les autres à se sortir de l'enfer de la boisson lors de réunions hebdomadaires ou pendant ses visites dans les différents centres de soins de la région. « J'ai commencé à boire à 17 ans, lorsque j'étais étudiante, explique-t-elle. Je buvais de façon festive, mais c'était jusqu'au bout de la nuit. Moi, je n'en avais jamais assez, j'étais toujours la dernière à me mettre minable. Cela a duré vingt ans. Je me détruisais physiquement, moralement, socialement... Jusqu'au jour où j'ai eu des envies de mort. J'en avais assez ». Sa rencontre avec les AA lui a sauvé la vie. Idem pour Sophie, 62 ans, qui buvait pour pallier un vide. « On croit que les alcooliques ont envie de mourir, mais c'est faux. Ils ont envie de vivre. Simplement, ils ne savent pas comment », dit-elle.
L'écoute au coeur de tout
L'association et ses codes lui ont permis de parler de son mal-être. « On ne peut pas arrêter seul, c'est quasiment impossible. J'ai essayé, avec des médicaments, mais au bout de quelques mois, je replongeais », enchaîne Sophie, qui précise toutefois qu'elle n'est pas contre les aides médicales. Lors de ces réunions, qui durent entre une heure et une heure et demie, les barrières sociales s'effacent. On ne connaît que le prénom des interlocuteurs, rien de plus. Des sujets de discussions sont proposés, un modérateur lance le thème et chacun peut alors s'exprimer. « Ce n'est pas un échange, nous respectons l'écoute.
Une drogue dure
« On ne peut pas forcer un alcoolique à arrêter de boire, enchaîne Sophie. Quand il vient, c'est qu'il a reconnu avoir un problème. L'alcool est une drogue dure. L'impulsion du groupe permet de libérer les émotions. Lorsque je suis arrivée aux AA, j'étais en souffrance et j'ai vu des gens heureux ! Je croyais que c'était impossible pour moi ! » Lors de ces sessions, les malades apprennent des « trucs » pour éviter de boire, pour éloigner cette addiction qui ne lâche jamais, comme l'explique Anne. « J'ai arrêté pendant sept ans. À l'occasion d'un deuil, je n'ai pas réussi à gérer et j'ai replongé pendant trois ans ! Les AA m'ont aidée. Aujourd'hui, je suis sobre depuis 14 ans. » Actuellement, 15 groupes fonctionnent dans le Finistère, 42 en Bretagne et 600 en France.
Pratique.
Chaque mercredi, à 20 h 30, au 4, place Saint-Houardon. Site Internet : www.alcooliques-anonymes.fr Permanence 7 jours sur 7 et 24 h sur 24, tél. 0.820.32.68.83
