"Alcooliques Anonymes : une main tendue pour les malades de l’alcool"

Publié le par kreizker

in "La Presse de la Manche" (France), 4 Novembre 2019

"Alcooliques Anonymes : une main tendue pour les malades de l’alcool"

Les Alcooliques Anonymes offrent une écoute et des clés de réflexion pour se sortir de la dépendance de l'alcool. Exemple à Cherbourg avec deux témoignages poignants.

À Cherbourg (Manche), comme partout dans le monde, les Alcooliques Anonymes (AA) se réunissent régulièrement pour partager leur combat et leur expérience. À 69 ans, Jacques n’a pas bu une goutte d’alcool depuis 27 ans. Son alcoolisme a commencé dans les années 80 :

«J’ai arrêté de boire le 26 octobre 1992, après 15 ans d’alcoolisation violente. J’adorais l’alcool. Je buvais jusqu’à 3-4 litres de rouge par jour, sans compter les Ricard et les bières. C’était euphorisant, désinhibant et pas cher. Mais de l’adoration du goût, je suis passé à une dépendance physique et à l’isolement. Je vidais un litre de blanc en tondant ma pelouse. Tout était prétexte. Le problème n’était pas l’alcool, mais moi ! »

« On ne s’en sort pas seul »

Puis les week-ends se sont allongés, prolongés…, jusqu’à ce que ce professeur de sport n’en puisse plus.

«On ne se sort pas de l’alcool seul. J’ai essayé une bonne dizaine de fois tout seul, mais cela n’a jamais fonctionné. Je tenais six mois, et puis je replongeais en voyant un Ricard. Je n’avais pas posé le verre dans la tête. L’alcoolisme, c’est la partie immergée d’un mal-être dû à un dysfonctionnement émotionnel et comportemental. Nous avons tous le même profil. Finalement un jour, j’ai demandé à ma compagne de me conduire en cure d’alcoologie. »

Une écoute

Après cette cure de désintoxication, Jacques a souhaité rejoindre le mouvement des Alcooliques Anonymes, avant de créer lui-même une antenne à Cherbourg en juin 1993 :

«Nous offrons une écoute, une main tendue, une chance aux malades de l’alcool pour les sortir de leur addiction. C’est à nous, association, d’orienter les gens vers des équipes pluridisciplinaires : les médecins à l’hôpital, mais aussi les psychologues, les centres de cures… Nous travaillons avec eux main dans la main.»

« Quand je me suis marié, j’étais saoul »

Pour Laurent, 63 ans, l’alcool est un fléau beaucoup trop tabou. Il a choisi l’association des AA essentiellement pour l’anonymat qu’elle pouvait lui procurer. Il lui fallait arrêter l’alcool, c’était une prise de conscience vitale. Aujourd’hui, il milite pour aider les autres, comme on l’a aidé. L’entraide est essentielle.

«J’ai commencé à boire jeune, lors des communions. Je suis devenu dépendant par habitude. Je faisais du sport, mais il y avait toujours la 3e mi-temps. Quand je passais le bac, avant d’aller aux épreuves, je buvais deux bières. Quand je me suis marié, j’étais saoul.»

Il poursuit : « En travaillant, je suis devenu totalement dépendant. Une vingtaine de bières en moyenne. Je n’avais plus aucune limite. J’ai arrêté une première fois en 1982, grâce à un groupe d’anciens buveurs : la Croix d’or (aujourd’hui Alcool assistance). J’ai été abstinent durant 14 ans, et cela se passait très bien. Mais en 2000, j’ai replongé durant 4 ans. Je faisais les trois 8, à savoir une bouteille de whisky toutes les 8 heures. C’est même allé jusqu’à l’internement. Je devenais fou. »

Un soutien collectif

Laurent s’est alors tourné vers les Alcooliques Anonymes. « Ils ont changé ma vie. Quand j’ai vu ce qui se dégageait, tous les témoignages, cela m’a donné envie de revenir. L’important, c’est de ne pas rester seul. On travaille sur soi. Ce que je n’avais pas fait auparavant. À chaque réunion, on s’enrichit. J’ai appris à m’accepter tel que j’étais et à corriger ce que je pouvais. J’arrive aujourd’hui à gérer mes émotions, l’alcool en moins. Mais je ne dois pas oublier… » Il ajoute : «Nous ne sommes pas un groupe d’anciens buveurs. Nous faisons de la thérapie. Des gens viennent parfois alcoolisés à notre réunion hebdomadaire. Le désir d’arrêter de boire est la seule condition pour devenir membre des AA. »

L’association ne demande ni cotisation, ni droit d’entrée.

«Nous nous finançons par nos propres contributions. Notre but premier est de demeurer abstinents et d’aider d’autres alcooliques à le devenir. Ce qui coûte le plus, c’est de franchir la porte. »

44, Avenue de Bremerhaven (ancienne école maternelle Jean Jaurès) - 50100 Cherbourg-Octeville

Publié dans AA france

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