Deux abstinents témoignent avant le congrès des AA à Charleroi : "Je suis bien plus heureuse, sereine et équilibrée sans alcool"

Publié le par kreizker

in "L'Avenir" (Belgique), 29 Septembre 2026

Les Alcooliques Anonymes seront en congrès au CEME de Dampremy ce samedi 26 septembre. L'occasion de rappeler l'aide que peut procurer l'association internationale aux personnes dépendantes, témoignages à l'appui.

 

Le congrès sera aussi l'occasion de se rendre compte qu'on peut très bien s'amuser sans alcool (Photo d'évocation)

L'alcool est omniprésent dans notre société. Consommé avec responsabilité et surtout modération, il peut être un élément de plaisir, par son côté convivial, festif et aussi gastronomique. Mais il peut aussi devenir une terrible addiction avec son cortège de souffrances, de ruptures, de déchéance.

En Belgique, 5,9 % de la population âge de plus de 15 ans dépassent le seuil d'alerte de dépendance, 21 verres par semaine…

Anonymat assuré

À côté des aides médicales professionnelles, les "AA", les Alcooliques Anonymes, peuvent venir en appui aux personnes dépendantes. Avec succès puisque, depuis sa création aux États-Unis en 1935, l'association est présente aujourd'hui dans 130 pays, dont la Belgique depuis 1953. Ouverte à tous sans condition et gratuitement, elle a fait de réunions hebdomadaires en petits groupes le cœur de son fonctionnement : le partage des difficultés, des expériences, le soutien des participants, et leur empathie sont essentiels, avec assurance de l'anonymat.

Un programme en douze étapes "pour un rétablissement durable" est proposé. S'il invite à l'introspection et à une certaine repentance, il fait aussi référence à Dieu et à la spiritualité en général, en toute liberté.

 

S'amuser sans alcool

Ce samedi 3 octobre, au CEME de Dampremy, ce ne sont plus des petits groupes qui se réuniront, mais plusieurs centaines d'AA, pour leur congrès annuel. L'occasion de prendre part à des carrefours sur des thématiques variées et de "célébrer des rétablissements, de quelques dizaines de jours à de nombreuses années", précise Françoise, de l'organisation.

De se divertir aussi, avec un repas et une soirée dansante "pour montrer qu'on peut très bien s'amuser sans alcool". La journée sera aussi ouverte à ceux qui s'interrogent sur leur consommation d'alcool, qui veulent l'arrêter, ainsi qu'à leur famille et à leur entourage.

27 mois d'abstinence

Emmanuelle et Laurent font partie de ces abstinents. Leurs parcours et leurs profils sont différents, mais tous deux ont trouvé la porte de sortie avec les AA. Emmanuelle, une Binchoise de 51 ans au beau parcours professionnel, a commencé à consommer des boissons alcoolisées il y a moins de 15 ans. Sa nouvelle famille recomposée, avec un conjoint qui, lui, consommait, a changé la donne. Elle ne cache pas son côté épicurien et apprécier la fête, mais sa consommation restait modérée. Puis, le suicide de sa maman a modifié complètement sa façon d'appréhender l'alcool : "Il me procurait une "aide" thérapeutique que je n'ai pu trouver chez un médecin ou un psychothérapeute…"

Consommation solitaire dès le matin, crise de manque, discrétion envers l'entourage, difficultés de gérer une famille quand on est alcoolisée du matin au soir : elle a vécu quatre dures années de consommation problématique pendant lesquelles elle dit "avoir démoli psychologiquement ses enfants". Au point que sa fille a quitté le domicile familial 18 mois. C'est pourtant elle qui a demandé de l'aide pour sa maman auprès des AA et d'Al Anon.

Trop tôt : "On ne change pas les choses que l'on ne décide pas soi." Emmanuelle a pris elle-même contact par la suite de son propre gré. Elle a divorcé peu de temps après.

Chez les AA, elle a trouvé de l'aide, le contrôle qu'elle n'avait plus. J'ai "fait l'apprentissage de principes de vie". Si elle se dit aujourd'hui "bien plus heureuse, sereine et équilibrée sans alcool, sans jamais avoir connu de rechute", elle avoue aussi que malgré son mieux-être, elle ne s'est pas sentie immédiatement heureuse. L'apprentissage des douze étapes l'y a aidée. Son investissement dans les AA, une des étapes, en fait partie. Emmanuelle est, aujourd'hui, à son 27e mois d'abstinence.

Sur conseil de son médecin

Laurent, lui, en est à 11 mois. "J'ai toujours été alcoolique, modéré au départ. Jusqu'à mon divorce, sans mes trois enfants." Il s'est alors enfoncé, jusqu'à boire de l'alcool fort chaque jour, beaucoup. Il a perdu son boulot. C'est le risque sérieux de cirrhose qui l'a incité à réagir.

Sur conseil de son médecin, il a fini par frapper à la porte des AA. "J'y ai découvert de la bienveillance, je n'ai pas senti de jugement, je me suis senti directement bien." Mais aujourd'hui encore, il subit les conséquences financières d'avoir fait passer l'alcool avant ses factures, dit-il.Deux issues positives parmi les centaines d'AA qui fréquentent un groupe en région de Charleroi, où l'on en trouve 32 dans un rayon de 25 km. "Il est possible de rejoindre une réunion de l'un d'eux chaque jour, et il est aussi possible d'y assister en ligne", précise le président de l'association, Jean-Claude.

 

Publié dans AA Belgique

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