En Bretagne, un alcoolique témoigne : « Je me suis dit, c’est quoi la prochaine étape, le coma ou le cimetière ? »
in "Actu.fr", 20 Octobre 2026
Après des années à voir sa vie dégringoler, Stéphane a tourné le dos à l’alcool soutenu par les Alcooliques Anonymes à Brest. Il y anime aujourd’hui des réunions.
Abstinent depuis près de quatre ans, Stéphane anime désormais des réunions aux Alcooliques Anonymes, à Brest.
« Au départ, j’étais un joyeux fêtard, mais petit à petit, l’alcool festif du week-end a débordé. » Stéphane (prénom modifié) n’a pas bu une goutte d’alcool depuis 2022. Cette année-là, en poussant la porte des Alcooliques Anonymes (AA), il voulait retrouver une vie. Depuis, il y anime une réunion par semaine : « C’est aussi une sécurité, comme une piqûre de rappel pour mon abstinence. »
Il a passé une dizaine d’années à réfléchir à son problème avec l’alcool, tout en maintenant ses vies professionnelle et personnelle à flot. « Je ne buvais jamais la journée et je n’ai jamais manqué un jour de boulot », décrit cet homme qui avait un métier passionnant et une famille unie. « Mais, petit à petit, j’ai bien vu que tout se dégradait. J’étais toujours à fleur de peau, je tremblais en me levant le matin et je me mettais souvent en danger lorsque je buvais jusqu’au black-out. » Tous les matins devant la glace, il se disait qu’il fallait arrêter, mais il y avait toujours une occasion de boire pour oublier ce projet.
Le coma ou le cimetière ?
« Tous les soirs, je buvais du whisky, puis du vin, parce que c’est moins fort », mais qu’importe le flacon, ce n’était plus l’ivresse mais le black-out qui l’attendait le plus souvent en fin de soirée. « Un jour, j’en ai eu marre. Après une grosse fête, je me suis dégoûté et je me suis demandé quelle était la prochaine étape, le coma ou le cimetière ? »
Ce jour-là, il assiste à sa première réunion des Alcooliques Anonymes, près de l’hôpital des armées, à Brest. Il ne s’y rend pas par hasard. Plus jeune, il y avait déjà accompagné sa mère et un de ses frères était aussi passé par ce réseau d’aide mondial où les alcooliques aident les alcooliques.
Son frère est devenu son parrain. Ils n’ont depuis jamais retouché une goutte d’alcool. C’est la règle d’or des AA qui prônent une abstinence totale. « Quand j’ai pris la parole la première fois, j’ai eu l’impression de lâcher un énorme fardeau et j’ai immédiatement senti que j’étais entouré de gens qui pouvaient m’aider, sans jamais me juger. »
Premier réveillon sobre
Quelques jours après avoir arrêté de boire, la première épreuve se présente avec le réveillon du Nouvel an. « Ma compagne n’a pas bu une goutte d’alcool les premiers mois pour m’encourager et ce soir-là, nous avons vite été les deux personnes les plus claires de l’assemblée. » Résultat, ils se retrouvent à deux à tout préparer pendant que leurs amis continuent à faire monter les grammes d’alcool et le volume sonore. Contre toute attente, ils passent une très bonne soirée, forts de leur complicité retrouvée. Et en rentrant chez eux, ils s’amusent aussi. Finis les itinéraires bis pour éviter la maréchaussée : « Nous sommes rentrés à 5 h du matin et nous avons cherché les flics partout, nous sommes même passés devant le commissariat. Pour une fois que je rentrais sobre ! »
Pour commencer la nouvelle année qui marque le premier jour de sa nouvelle vie, Stéphane envoie des messages à tous ses proches pour leur annoncer qu’il ne boit plus. Et tous réagissent bien, à quelques exceptions près, « ça permet de faire le tri ».
Les effets positifs sont rapides
Pendant les deux premières années, il assiste à deux réunions par semaine, une seule désormais, toujours avec l’objectif de maintenir ce cap de l’abstinence totale. D’autant que les premiers effets de ce changement arrivent très vite. « Au bout de deux semaines, les symptômes disparaissent. » Les mains qui tremblent, les suées au moindre effort, il laisse tout cela derrière lui. Il retrouve aussi sa mémoire et sa libido qui s’était diluée dans l’alcool.
Grand sportif, il se remet aussi en marche, reprend le trail et la lecture. « C’est bien simple, en arrêtant de boire, j’ai eu l’impression que je reprenais le volant de ma vie, j’ai retrouvé une énergie et une force de vie et je me suis mis à produire de l’endorphine. »
L’alcool, facilement accessible dans les commerces ou affiché sur les publicités, est présent partout.
« Les AA, c’est souvent joyeux »
Les AA ont vu le jour aux États-Unis dans les années 1950, sous l’impulsion de deux alcooliques : pas d’inscription, pas de subvention et des réunions libres, « on vient, on peut arrêter et revenir après ». Stéphane confirme ce fonctionnement à Brest où le public se compose de personnes de tous les âges, un peu plus d’hommes que de femmes et un chapeau qui passe de main en main au terme de la réunion, où chacun met ce qu’il veut pour participer à l’achat des gâteaux et du café.
« La Ville met des locaux à notre disposition, précise Stéphane. Les AA ne sont pas une société secrète, mais une société discrète et le seul impératif pour les rejoindre c’est de vouloir décrocher de l’alcool. Les réunions, c’est souvent joyeux. »
« J’avais peur de ne plus être drôle en arrêtant de boire », confie celui qui a retrouvé une nouvelle jeunesse et qui reste évidemment l’homme vif et drôle qu’il a toujours été. Il adore toujours fréquenter les bars, à la différence près qu’il commande maintenant une menthe à l’eau. Il confie boire du vin sans alcool, de la bière sans alcool, sans frustration. « Il ne faut pas regretter ce qu’on a fait, résume-t-il, c’est merveilleux de retrouver une place dans le regard de tes gamins aussi et de pouvoir aller les chercher tard le soir quand ils le demandent. » Là, les larmes montent à l’assaut de ses yeux clairs car il sait que pendant ses années d’alcool, il n’a pas toujours été à la hauteur.
Stéphane sera au cinéma Les Studios, jeudi. Les AA y organisent un débat qui suivra la projection de Garance, le film de Jeanne Herry qui met en scène une jeune comédienne alcoolique.
À 60 ans passés, il en paraît dix de moins et affiche une énergie folle qu’il met au service d’une multitude de projets. Une vraie publicité pour l’abstinence et pour les Alcooliques Anonymes.
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