Golfe de Saint Tropez
«L'alcool est une drogue légale, mais c'est la plus dangereuse, et la plus sournoise. Elle nous a tous démolis ». Alexandre (1), vingt-six ans d'abstinence au compteur, raconte ses déboires auprès de ceux qui veulent bien l'écouter (lire ci-dessous).
Deux fois par mois, il rend visite aux patients de la clinique psychiatrique de Cogolin, ainsi qu'aux détenus de la maison d'arrêt de La Farlède. Tous les vendredis, c'est aussi lui qui organise les réunions d'Alcooliques anonymes à Sainte-Maxime. Son épouse, elle, accueille les parents et proches des A.A.
Ce soir-là, une dizaine de personnes - dont la moitié de femmes - se pressent au deuxième étage de la Maison des associations. Il est vingt heures. Les seules bulles qui pétillent sont minérales. En guise d'introduction, l'un des membres relit, à haute voix, les douze étapes à suivre pour lutter contre cette « tristesse toxique ». Un programme dans lequel Dieu est omniprésent.
Jamais guéris
Après quelques secondes de blanc, Céline, ex-directrice marketing dans le monde de la parfumerie et maman de deux enfants, prend les devants et raconte sa longue descente aux enfers : « Je rentrais le soir, complètement torchée, et je me réveillais en tremblant, toujours mal dans ma peau. Sans le savoir, je pratiquais l'autodestruction », assure-elle, avant de remercier le groupe. « Ici, je n'ai jamais la sensation d'être seule, je suis entourée de frères et soeurs. Je vous fais preuve de toute ma gratitude ».
Les histoires se suivent, toutes singulières et pourtant semblables. Sosie d'un acteur de la série Plus belle la vie, Marc évoque ses premiers pas chez les A.A. « J'étais complètement empégué. Quand j'ai vu les deux A, je me suis demandé où j'étais tombé ».
La pression redescend d'un cran dans la salle. « Depuis, l'obsession de l'alcool s'est évaporée ». Pour preuve : ce soir, il fêtera ses treize ans d'abstinence. « Dès qu'il y a un problème, vous avez toujours été là. L'amour que j'ai trouvé ici, je ne le trouverai nulle part ailleurs ». Cette résurrection a un prix.
Au bord des larmes, Véronique annonce qu'elle vient de quitter son mari, après 37 ans de vie commune. « Il avait trop d'emprise sur moi, et il préférait que je reste alcoolique. Mais mon organisme n'a plus besoin de cette saloperie de produit. ça fait cinq ans que je ne bois plus. Après la rupture, mon fils m'a envoyé des menaces de mort. Mais maintenant, ça va mieux ».
Malgré cela, aucun d'eux ne s'estime définitivement guéri. « On ne le sera jamais. C'est une maladie incurable », jurent les membres, en reclaquant la porte de la petite salle. Comme pour se convaincre qu'ils peuvent replonger. À tout moment...
1 : Les prénoms ont été modifiés.
Savoir +
Les nouveaux venus ne paient pas d'adhésion. Réunions tous les vendredis, à 20 heures à la Maison des associations, rue Corona à Sainte-Maxime.
Infos : 04.94.49.18.40.
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