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"Les techniques des Alcooliques Anonymes fonctionnent"

Publié le par kreizker

in "Slate", 17 mai 2016

Pour la première fois, une étude vient d'observer l'action sur le cerveau des «prières» des Alcooliques Anonymes. Des recherches qui confirment un peu plus l'efficacité du célèbre programme de désintoxication

 

Une étude, publiée le 25 mars dans la revue The American Journal of Drug and Alcohol Abuse, montre que les «prières» des Alcooliques Anonymes ont un effet observable sur le cerveau de ses membres. Ce qui pourrait expliquer d'un point de vue physiologique l'efficacité de ce programme de désintoxication.

Une efficacité connue: 70% des alcooliques et 49% des multi-dépendants (alcool + autre drogue) déclarent ne plus ressentir de manque une fois les célèbres douze étapes du programme effectuées, et ce pendant plusieurs années. En moyenne, grâce à 2,6 réunions hebdomadaires, un membre des Alcooliques Anonymes est abstinent depuis 6,1 ans. 73% des AA dépassent l'année de sobriété.

Une prière pour la sobriété

D'où l'idée d'une équipe de chercheurs menée par Marc Galanter, psychiatre spécialiste des effets thérapeutiques de la spiritualité et de la religion, de faire passer un IRM à vingt membres des AA pouvant témoigner d'au moins deux années de sobriété consécutives. «Nous voulions déterminer ce qui se passe dans le cerveau lorsqu'il réagit à des stimuli alcooliques – passer devant un bar, subir un stress», explique-t-il. Face à de telles épreuves, les AA ont acquis le réflexe de réciter une prière promouvant la sobriété et leur rappelant leurs engagements.

Une fois installés dans le scanner, les participants devaient regarder des images «alcoolisées» –des verres, des bouteilles, des personnes en train de boire, etc. Les images leur étaient présentées dans deux contextes: avant de les observer, les participants devaient soit réciter leur prière, soit lire un article de journal «neutre». Ensuite, ils devaient consigner, sur une échelle de 1 à 5, le niveau de manque qu'ils avaient éprouvé lors des deux expériences.

Les données neurologiques confirment

Tous les participants ont rapporté un manque bien moins sensible après avoir prié. Un ressenti confirmé par les données neurologiques: la prière anti-rechute induit une modification de zones du cerveau, et notamment du cortex préfrontal, connues pour gérer l'attention et le contrôle des émotions. Selon les scientifiques, ces observations sont généralisables à l'ensemble des AA, même si «un échantillon plus conséquent nous aurait permis d'explorer des facteurs de différentiation individuelle avec plus de profondeur», concluent-ils dans leur étude.

Galanter précise:

«Nos recherches ouvrent un nouveau champ d'investigation concernant les modifications physiologiques susceptibles d'accompagner l'éveil spirituel et les changements de perspective chez les membres des AA.»

Il voit dans son étude la première preuve neurologique de l'efficacité du programme. Il en détaille d'autres dans son livre What is Alcoholics Anonymous? A Path from Addiction to Recovery, dont la sortie est prévue pour juillet chez OUP.  

Publié dans articles sur AA

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Je suis allé aux Alcooliques Anonymes pour savoir si j’étais alcoolique

Publié le par kreizker

in "Vice.com", 3 décembre 2015,  par Matthieu Beigbeder

C'est un samedi particulier. Non pas à cause de ma gueule de bois, mais plutôt à cause du réveil matinal. Je me suis levé tôt pour aller au 55 e congrès national des Alcooliques anonymes afin de déterminer si oui ou non, j'étais alcoolique. Je m'interroge en effet depuis quelque temps – sans m'inquiéter outre-mesure, je le conçois – de l'influence négative de l'alcool sur mon existence, et j'avais envie d'avoir l'avis de spécialistes de la cuite et de ses sinistres conséquences.

Quand on n'y connaît rien, il est assez difficile de s'auto-évaluer. Je considère que j'ai une consommation d'alcool normale. Je retrouve plusieurs fois par semaine mes amis autour de plusieurs bières, je me biture plus sérieusement les week-ends, je bois très rarement en journée, et jamais le matin. S'il ne me vient pas à l'idée de passer une semaine sans prendre une bonne cuite, ça fait maintenant longtemps que je n'ai pas réalisé de grand chelem, à savoir une semaine complète de soirées alcoolisées.

Je débarque donc au congrès des « AA » plutôt serein. Entre 1 100 et 1 200 personnes se sont déplacées avec moi ce jour-ci au Grand Rex, à Paris, pour assister à cette journée qui leur est dédiée à eux, les alcoolos.

Je suis à la bourre. Je prends place dans l'énorme auditorium du Grand Rex, presque rempli, et me dirige vers la scène. C'est la fin d'une conférence sur je-ne-sais-quel thème, et je découvre par là même l'embarrassante « Prière de la Sérénité », que tout bon membre des AA se doit de connaître et de réciter par cœur. Tout le monde, dans le public comme sur scène, se lève et se prend par la main – une dame à ma droite me donne la main sans me demander mon avis. Ils récitent, en chœur : « Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d'en connaître la différence. »

Cette prière est assez gênante pour tout non averti. Hervé Chabalier, dans son livre Le Dernier pour la route, se voit expliquer lors de sa cure que « Dieu c'est ce que tu veux, ta puissance supérieure, le groupe, une lumière intérieure. » D'autres conférences prennent rapidement le pas, parsemées de films exposant des témoignages inaudibles d'AA floutés, qui racontent leur effroyable expérience avec l'alcool. Sur scène, je retiens le passage d'« Aurélien, alcoolique, abstinent depuis le 21 août 2011 », et la salle qui l'applaudit. Je profite de la pause de midi pour aller discuter avec lui.

Aurélien a 30 ans, il a pris sa première cuite à 16 ans. C'est vite devenu « celui qui buvait le plus en soirée », jusqu'à ce que ses potes ne le suivent plus. Il a alors commencé à sortir en boîte tout seul, tournant à des dizaines de vodka-pomme par soirée. Aurélien le timide devenait Aurélien le violent. Il se battait avec des vigiles et parfois, des gens normaux. Puis il s'arrêtait, à 8 heures du matin, pour acheter cinq canettes de bières chez l'épicier pour se finir, seul. Il connaissait tous les bars de son quartier qui ouvraient à 7 heures et fermaient à midi.

Pour toute explication, Aurélien me dit, l'air un peu résigné, que c'est ainsi que les choses sont faites. « Il y a des gens qui peuvent boire beaucoup d'alcool et qui n'auront jamais de problème d'alcool. » Le truc intrigant, c'est que pendant cette sombre période de fête effrénée et d'alcoolisme, il lui arrivait aussi de ne pas boire pendant trois semaines. C'est une chose dont je ne me sens personnellement pas capable, tant les prétextes pour se mettre une caisse sont omniprésents autour de moi : crémaillères, anniversaires, matchs en tout genre, ou simplement « parce que c'est mercredi/jeudi/vendredi/samedi soir ».

N'oubliant pas pourquoi je suis venu me fourrer chez les AA, je lui demande de manière totalement égocentrée si d'après lui, je suis alcoolique. Réponse de l'intéressé : « Il n'y a que toi qui peux te dire que tu es alcoolique ». Réponse un peu vague, selon moi. Aurélien poursuit : « Je pense qu'être alcoolique, c'est ne pas contrôler sa consommation. Moi, dès que je prenais un verre je ne pouvais pas m'arrêter. Deux bières devenaient dix. Une fuite incontrôlable. »

Comment ne pas penser aux innombrables traquenards, comme on les appelle stupidement, qui ont parsemé mon existence étudiante. Beuveries surprises d'après cours qui se terminaient à 5 heures du matin en lieu et place d'un honnête et responsable 22 heures. Je refuse néanmoins de me déclarer alcoolique, maintenant, tout de suite. Je ne sais même pas si j'ai un réel « problème » avec l'alcool. Aurélien, lui, le savait. Mais il s'auto-persuadait qu'il n'était pas alcoolique : « Pour moi, les alcooliques c'était des gens qui buvaient tous les jours – qui finissaient dans le caniveau. C'était plutôt genre, "ouais j'ai peut-être un problème". Je me disais tout le temps qu'il fallait régler ça – puis je retombais dedans », m'a-t-il avoué.

Au détour d'un buffet réservé aux invités, je tombe sur le Dr Jacq. Ledit buffet est surmonté de légumes frais et de nombreuses bouteilles d'Évian. Dr Jacq est médecin, chef du centre d'alcoologie Gilbert Ravy, à Meulan, dans les Yvelines. J'attrape une carotte tiède, je lui raconte sommairement ma vie nocturne et mes habitudes et je lui demande si je suis alcoolique. Il me répond : « C'est un peu compliqué d'y répondre comme ça », ce que je considère comme une bonne entrée en matière. « La maladie alcoolique est une aliénation, dans laquelle on devient étranger à soi-même. Une bonne question serait : "est-ce qu'à un moment, dans l'usage de l'alcool, je fais, je pense, j'agis de façon telle que ça ne me ressemble pas ? » En gros, on peut se considérer comme alcoolique à partir du moment où l'on boit tant que l'on change de comportement, que l'on switche. Le docteur poursuit : « Vous décidez de boire deux ou trois bières avec des copains et vous terminez à une dizaine, vous aviez décidé de rentrer à 20 heures et finalement il est 3 heures du matin. C'est vraiment l'idée de devenir étranger à soi-même. Vous perdez la maîtrise de votre vie. »

Ce qu'il décrit comme « une perte de maîtrise de sa vie » n'est pour moi qu'un synonyme de la vie tout court. Au vu des gens que je fréquente, ça semble être normal pour un bon paquet de personnes de boire trop de pintes, trop de fois dans la semaine. Mais le Dr Jacq m'explique qu'on n'est pas tous sur un pied d'égalité face à l'alcool. L'alcoolisme est d'abord ce qu'il appelle une « maladie des émotions ». On boit car on gère mal les surcharges émotionnelles : timidité excessive, colère excessive, mal-être excessif, la liste est longue. Boire nous normalise en société, et c'est fantastique : on devient drôle, décomplexé, joyeux, on arrive à tenir une conversation normale avec une fille ou un mec.

Pourquoi j'arrêterais ? Peut-être parce que les choses se compliquent quand on est physiologiquement paré aux contrecoups de l'alcool.

Le Dr Jacq m'explique que dans la population, en général, il y a des gens bien protégés contre la boisson. Et ce ne sont pas ceux auxquels on pense. « Ce sont des personnes plutôt intolérantes, m'annonce le docteur. Ces gens-là vont faire comme tout le monde : le 31 décembre, ils vont boire un ou deux verres de trop, et les jours suivants ils vont se mettre à l'eau car ils auront une telle gueule de bois que ça va les calmer. Et puis vous avez des gens qui n'ont pas ça. Finalement, ils vont assez vite tolérer les ivresses. Ils seront sans frein. Tolérer l'alcool plus que les autres, c'est un risque. »

Inquiet, je demande au Dr Jacq si dans le cas où après une cuite je me réveillais comme une fleur, il faudrait que je consulte un spécialiste. « Par exemple, oui, me répond-il. Ça ne veut pas dire que vous allez devenir alcoolodépendant. Néanmoins, ça veut dire que ce n'est pas votre corps qui va vous arrêter. »

Je récapitule à mon interlocuteur. Si l'alcool fait de moi un mec cool, et qu'en plus je ne prends pas trop cher le lendemain matin, c'est l'alliance mortelle. Dr Jacq précise : « Si l'alcool vous aide à être en lien avec les autres et à gérer vos émotions, et qu'en plus votre génétique est telle que vous ne ressentez pas d'effets négatifs rapidement : vous êtes en danger. On dit souvent que sur une bande de dix jeunes, celui qui tient debout le dernier, c'est celui qui est le plus à risque. »

Parmi les nombreux autres facteurs de développement de la maladie alcoolique, se trouve aussi – et surtout – le sexe. C'est une question qui se pose souvent chez les patients du Dr Jacq. « Quand vous leur demandez s'il y a des choses qu'ils n'ont quasiment jamais faites sans alcool, ceux qui vous en parlent diront : la sexualité. » Je ne m'étendrai pas sur la petite amie envolée, les performances épiques mais foireuses, les coups à regret. Être sobre à poil, c'est être trop sobre et trop à poil. Baiser sans frein, c'est de fait, baiser bourré.

L'introspection est maigre mais a le mérite d'avoir été entamée. Je ne sais pas vraiment si je suis alcoolique, car « ça fait partie de tout un processus », mais disons que je pense pouvoir assez sérieusement y sombrer si je ne faisais pas gaffe. Avant de partir boire des pintes avec mes amis, je demande au Dr Jacq s'il est inquiet pour moi. Il hésite un peu. Puis il me répond : « Je suis moins inquiet pour vous que pour d'autres. Au moins, vous vous posez des questions. »

Publié dans articles sur AA

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"Les alcooliques ne sont pas les seuls à être anonymes"

Publié le par kreizker

in "La Croix" (France), 11 novembre 2015

"Les alcooliques ne sont pas les seuls à être anonymes"

Personnes dépendantes à la drogue ou au tabac, mangeurs ou acheteurs compulsifs… Il existe désormais de nombreux groupes anonymes d’entraide entre pairs victimes d’addictions.

Pour l’instant, il n’existe pas d’association des journalistes santé anonymes. Aucun lieu où, à l’abri des regards et de tout jugement moral ou culpabilisateur, des plumitifs seuls et désemparés pourraient se lever et dire : « Bonjour, je m’appelle Christian et ce matin, j’ai écrit mon 457 earticle sur le paquet de cigarettes neutre et la loi santé de Marisol Touraine… ».

Difficile de savoir si une telle association a des chances de voir le jour. Mais une chose est sûre : l’anonymat a le vent en poupe dans le domaine de la santé, surtout pour les personnes touchées par des addictions.

DES ALCOOLIQUES ANONYMES AUX ACHETEURS COMPULSIFS

Sur ce créneau, l’association la plus emblématique est bien sûr les Alcooliques anonymes (AA) qui ont fêté leur 55e année d’existence en France ce week-end à Paris. Mais dans leur sillage, plusieurs groupes, fonctionnant peu ou prou sur le même modèle, sont apparus.

En 1984, par exemple, a été créé en France le mouvement des Narcotiques anonymes pour accueillir des hommes et des femmes pour qui la drogue est « devenue un problème majeur ». Dans la même catégorie, on trouve aussi les Outremangeurs anonymes, qui rassemblent des personnes désireuses d’en finir avec le « besoin pressant et irrésistible de manger de façon déraisonnable ».

Nicotine anonyme France est, elle, une « fraternité de personnes qui s’entraident afin de cesser totalement de fumer et vivre bien sans nicotine ». Les personnes souhaitant « maintenir des relations saines et satisfaisantes » peuvent s’adresser aux Dépendants affectifs anonymes (DAA). Les acheteurs compulsifs ou les individus dont la vie est « ingérable en raison de dettes et dépenses excessives » sont le cœur de cible des Débiteurs anonymes. Enfin, les Sexoliques anonymes (SA) ont un objectif commun : « Arrêter la luxure et devenir sobre sur le plan sexuel. »

DES GROUPES DE PAIRS PAS TOUJOURS TRÈS CLAIRS

Parmi ces mouvements, certains, comme les AA, sont désormais reconnus et même recommandés par les médecins. Mais si les addictologues reconnaissent l’intérêt des groupes de pairs, certains ont encore des interrogations face au mode de fonctionnement de quelques-uns de ces groupes ou leur dimension très spirituelle.

Certains professionnels de la toxicomanie évoquaient même la « dimension sectaire » des Narcotiques anonymes (NA). C’est ce que relève la sociologue et chercheuse en santé publique Marie Jauffret-Roustide, dans un article publié (1) en 2010 sur cette association. Mais elle précisait bien que cette assimilation à une secte n’était pas justifiée et que les NA ne pouvaient pas non plus être qualifiés de « groupe totalitaire ».

À l’issue de son étude, Marie Jauffret-Roustide soulignait que les NA proposent des interventions construites autour d’une « expertise profane empruntant au registre du sensible et des émotions, et présentant l’usage de drogues comme une souffrance, et la participation au groupe comme une forme de rédemption ».

RÉORGANISER SON QUOTIDIEN

Au sein de l’association, la compétence des usagers de drogues repose sur « l’identification » aux pairs et à l’entraide. « Ce processus d’identification repose sur le principe qu’un pair dépendant est la personne la mieux placée pour aider un autre usager en raison du partage de l’expérience sociale de la dépendance. L’expérience sensible, émotionnelle et biographique commune est mise en avant : seul un pair pourrait comprendre réellement un autre pair, car ils ont vécu le même type d’expérience », indiquait la sociologue.

Avant de conclure que cette appartenance au groupe permet également à l’usager de « revaloriser son identité grâce à la relation de parrainage et au service, de réorganiser son quotidien à partir d’une organisation de vie assez simple centrée autour de la participation aux réunions ».

(1) Dans la revue "Pensée plurielle" 2010/1, n° 23, pages 93 à 108

 

Publié dans articles sur AA

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« On ne meurt pas de l’alcool, on en crève »

Publié le par kreizker

in "jeremienade.wordpress.com", 4 mars 2012

Bernard Michels fait partie depuis plus de 30 ans des Alcooliques anonymes. Grâce à cette association, il a pu sortir du piège de l’alcool et reprendre une vie normale. Il revient sur ce que lui a apporté les alcooliques anonymes.

Quand vous le lancez sur les Alcooliques anonymes (AA), Bernard Michels semble intarissable. Il peut vous réciter d’une traite toute l’histoire du mouvement, de sa fondation par deux Américains en 1935 jusqu’au programme spirituel en 12 étapes qu’il connaît par cœur. Agé de 77 ans, cet ancien buveur, qui n’a jamais retouché à l’alcool depuis 31 ans,  doit tout aux AA.

Le but des AA est de faire parler les gens. Une philosophie que Bernard a complètement adopté et qui lui permet de se livrer sans tabou. Venant d’une famille de cinq enfants, il était pourtant conscient des ravages de l’alcool. « Mon père passait son temps à boire et à fumer et il est mort à 50 ans. Je me suis dit, je ne serais jamais comme papa », explique-t-il. Pourtant il est lui aussi tombé dans l’alcoolisme. « J’avais une consommation normale, c’était de l’alcoolisme festif », se souvient Bernard. Puis petit à petit il s’est mis à boire de façon immodérée jusqu’au jour où il ne pouvait plus se passer d’alcool. « J’arrêtais quelques mois puis je reprenais. J’allais voir mon médecin, mais à l’époque les médecins n’osaient pas parler d’alcoolisme, de peur de perdre des patients. Alors il me disait que j’étais dépressif, c’était la grande mode. »  Bernard part alors en cure plusieurs fois pour soigner sa « dépression nerveuse ». Mais très vite il comprend qu’on le soigne pour son alcoolisme avec un traitement digne d’Orange mécanique. « On me mettait des implants dans le ventre qui me rendait malade dès je buvais une goutte d’alcool. Au bout de 6 mois ça passait et je recommençais à boire. »

Petit à petit il prend conscience de son problème. « Je me suis réveillé un matin en me disant, je vais encore être obligé de boire, alors que j’avais 1,5 – 2 grammes d’alcool dans le sang. A ce moment-là j’ai réagi ». Il découvre alors un article sur les Alcooliques anonymes et appelle le numéro. Il se rend à sa première réunion à Saint-Avold, la veille de Noël 1980. « Je me disais toujours, je suis un buveur mais pas un alcoolique », se souvient-t-il. En entendant les autres membres parler, il s’est pourtant tout de suite reconnu et a compris qu’il avait enfin trouvé la solution à son problème. « En sortant j’ai dit à ma femme, écoute Minou, j’ai trouvé le truc ».

Bernard commence le programme de rétablissement qui lui plaît tout de suite. En groupe, dont le nombre peut varier, chacun prend la parole sur un thème donné. Très rapidement, il change de comportement avec  sa femme, aujourd’hui décédée, et leurs 6 enfants. « On ne domine plus ses sentiments. Avant, j’étais voleur, coléreux, je buvais en cachette. J’aurais fait n’importe quoi pour trouver de l’alcool le week-end quand les épiceries étaient fermées », regrette-t-il. « Un an après ma vie était plus harmonieuse. Avant je me rendais compte que mes gosses étaient malheureux mais l’alcool était plus fort. Ma femme aussi a énormément souffert, on avait des disputes sans fin ». Les AA l’ont aussi aidé dans son travail. Cantonnier dans les Ponts et chaussées, il a fini chef d’équipe car il a réussi à changer de comportement. « J’ai pu terminer ma carrière dans un bon état. Mes chefs savaient qu’on pouvait me faire confiance, j’étais devenu fiable ».

Aujourd’hui, il est totalement sorti de l’alcool. Il sait qu’il doit beaucoup aux AA. « On organise des réunions dans les hôpitaux et quand je vois les alcooliques et que je me dis que je ressemblais à ça… De toute façon, on ne meurt pas de l’alcool, on en crève ». Malgré un glaucome qui l’a rendu presque aveugle, Bernard continue d’assister aux réunions pour redonner un peu de ce qu’il a reçu. « Pour moi, c’est devenu un mode de vie, c’est comme aller à la pêche », explique-t-il. Une manière de faire partager son expérience à ceux qui connaissent les mêmes problèmes que lui. « C’est la dernière étape aux Alcooliques anonymes, la transmission du message ».

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