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«J’AI TOUT PERDU À CAUSE DE MON ALCOOLISME»

Publié le par kreizker

in "5-Plus Dimanche" (Ile Maurice) - 7 juin 2015

Parler de leur addiction sans honte, sans s’éclater, sans s’enfermer a pendant longtemps été inconcevable. Aujourd’hui pourtant, en parler est leur première thérapie et leur témoignage un exemple qu’on peut trouver du secours. Comme le veut la règle des Alcooliques Anonymes, Armand, Lindsay et Husna ne donneront que leur prénom pour préserver leur identité. Mais leur histoire n’en est pas moins poignante.

Commencer avec un verre ou deux. Devenir accro à l’alcool sans s’en rendre compte et sombrer. Vivre l’enfer. Se retrouver au plus bas, se couper du monde extérieur et trouver dans l’alcool le seul réconfort, le seul recours. Chaque jour, nombreux sont ceux qui s’enlisent un peu plus dans le tourbillon de l’alcool. Certains arrivent à prendre conscience de leur problème et à trouver de l’aide pour s’en sortir. Mais la route est longue, ils le savent. Et puis, l’alcoolisme est une maladie incurable. On peut rester sobre, mais il est aussi facile de replonger. Le combat est donc quotidien.

Chaque matin en se réveillant, Armand, 68 ans, se fait la promesse de ne pas toucher à ce premier verre qui pourrait le faire replonger. Il recommence comme ça tous les jours encore et encore, et cela fait 28 ans que ça dure. L’abstinence n’est pas une chose évidente, il le concède. C’est pourquoi, chaque semaine, comme de nombreux autres camarades alcooliques, il se rend aux réunions des Alcooliques Anonymes (AA). Là-bas, il raconte son histoire sans cesse pour aider les autres et s’aider lui-même, car en parler ouvertement reste l’une des meilleures thérapies contre ce mal.

Son histoire, dit-il, c’est celle d’un homme qui boit quelques coups et qui, à l’âge de 35 ans, après son mariage, commence à boire de «manière désordonnée», plus vite, plus fréquemment. Plus les jours passent, plus il doit assouvir ses envies d’alcool. Il s’engouffre sans s’en rendre compte. Il s’enferme dans sa bulle. Sa vie vire au cauchemar, mais il préfère fermer les yeux et nier ce qui lui arrive. Pour pouvoir boire toute la journée, il ne va pas travailler. Devant la gravité de son état, ses proches essaient de le raisonner. Rien n’y fait. Armand ne veut rien entendre. Il devient agressif quand on lui parle de son problème, qu’on lui cache ses bouteilles. Pour assouvir le manque et calmer ses tremblements, ses maux de tête et ses angoisses, il se jette sur l’eau de Cologne et les baumes après-rasages. À ce moment-là, sa vie est au bord de l’éclatement : «J’allais tout perdre. Ma femme, mes enfants, mon travail. Mon couple ne tenait plus qu’à un fil. Mes enfants avaient peur de moi.»

Rechutes

C’est après une rencontre avec un prêtre qu’Armand se rend aux Alcooliques Anonymes sans grande conviction : «Je ne voulais pas arrêter de boire. Je voulais juste arriver à me contrôler un peu.» Rentrer dans ce programme est compliqué pour lui. Quand on est accro à ce point, se passer de l’alcool devient la chose la plus difficile à faire. «Je ne voulais pas accepter mon addiction. J’ai mis plus d’un an avant d’être convaincu. J’ai fait plusieurs rechutes, mais j’ai recommencé à chaque fois. Mais un jour, j’y suis arrivé», raconte Armand. Pour lui, un jour devient une semaine et une semaine devient une année et ainsi de suite. Les années se suivent et il ne touche toujours pas à l’alcool. Si on lui avait dit, lorsqu’il a sombré, qu’on peut vivre heureux sans alcool, Armand n’en aurait certainement pas cru un mot. Et pourtant, c’est bien sa réalité depuis 28 ans.

Croire que c’est possible de s’en sortir, cela a pendant longtemps été pour Lindsay inimaginable. L’alcool lui a tout pris. Sa maison, son travail, mais aussi sa dignité, sa confiance en lui, l’estime qu’il avait de lui-même. Plus il buvait, plus il ne lui restait plus rien. Vendre ses effets personnels pour pouvoir se payer ses grogs à longueur de journée, se retrouver dans la rue à dormir dans un marché ou un bâtiment abandonné, il a connu tout ça. Lindsay revient de loin. Il en est conscient. «J’ai tout perdu à cause de l’alcoolisme», dit-il.

Trente ans d’addiction à l’alcool n’est pas facile à effacer. Et depuis dix ans, Lindsay fait preuve de courage et de persévérance pour ne plus toucher à son pire ennemi. C’est à l’âge de 18 ans qu’il commence à prendre quelques bières. Puis au décès de sa femme, il plonge tête la première dans l’enfer de l’alcool. Pour noyer son chagrin, il trouve du réconfort dans la bouteille. Il touche le fond, se coupe du monde extérieur. «Je ne prenais pas de douche. Je ne mangeais pas. Je ne faisais que boire. Je n’avais pas toute ma tête. Je n’avais besoin que de l’alcool», raconte-t-il. Autour de lui, les gens ne font plus attention à lui et la solitude le pèse. Au fond du gouffre, il pense au suicide tant il est détruit. Dans sa tête, rien n’est clair. Au boulot, chaque matin, il se cache à l’arrivée de son boss pour qu’il ne sente pas son haleine qui sent le rhum à plein nez

Un jour, alors qu’il trouve refuge dans la cour d’une église, le secours lui vient d’un prêtre qui lui parle de l’association Alcooliques Anonymes. La reconstruction est longue, mais Lindsay s’accroche malgré les rechutes du début. «Aller à ces réunions m’a sauvé. J’ai repris confiance en moi alors que je me sentais comme un moins que rien. Je ne savais pas que l’alcoolisme était une maladie incurable. J’ai eu besoin d’un traitement médical et aujourd’hui, j’ai repris ma vie en main», confie l’homme de 57 ans. Aujourd’hui, Lindsay a effectivement retrouvé un toit et un travail. Il est jardinier, un travail qu’il adore. Il prend du plaisir dans les petites choses de la vie et essaie d’oublier l’ivresse de l’alcool. Il sait que la guerre contre son addiction n’est pas finie et que ce sera le combat de sa vie.

Une fois par semaine, il se rend à la réunion des Alcooliques Anonymes pour témoigner de son histoire, le meilleur rappel pour ne pas replonger. À travers son histoire, il vient aussi en aide aux autres qui, comme lui, essaient de s’en sortir. Cette réunion, c’est un peu comme leur médicament, la garantie de leur sobriété. Pour rien au monde, ils ne sauraient la manquer. Husna, 50 ans, en sait quelque chose. Au début, comme beaucoup, elle n’était qu’une Social Drinker. C’est à la mort de son mari, alors qu’elle est âgée de 31 ans seulement et qu’elle est mère de deux enfants en bas âge, qu’elle plonge dans l’enfer de l’alcoolisme. Vin, liqueur, rhum, whisky, tout y passe. C’est au minimum une bouteille par jour. Au fil des mois et des semaines, l’alcool est devenu une obsession qu’elle croit la seule solution pour oublier ce qui la trouble. «J’avais besoin de ça pour vivre. Quand je n’en avais pas, je me mettais à trembler. Même si j’avais bien bu la veille, le lendemain matin, j’allais en chercher. C’était devenu ma priorité, plus rien autour n’avait d’importance», se souvient Husna.

Regard des autres

Aujourd’hui, elle le sait, son addiction a beaucoup fait souffrir son entourage et ses enfants pour qui cela a été difficile d’avoir une mère qui ne s’occupait que de sa bouteille. Ses parents ont font tout pour essayer de l’aider : centre de désintoxication, psychologue, psychiatre et tout le tralala. Rien n’y fait. Face à son cœur meurtri, à sa souffrance, sa solitude, elle pense à tort que l’alcool est la seule solution. Elle le découvre lorsqu’elle commence à se rendre aux réunions. «Je suis la première femme à avoir assisté et participé à ces réunions. Malheureusement, voir une femme alcoolique est encore tabou aujourd’hui. On la juge, la critique. Du coup, elle se cache par honte et par peur du regard des autres», dit-elle.

Participer à ces rencontres a été la meilleure chose qui puisse lui arriver. Bien sur, chaque jour est une bataille et il y a eu des rechutes. Mais elle s’est toujours relevée. Elle a appris à vaincre ses peurs, à retrouver la maîtrise de sa vie : «Je suis heureuse. J’ai un nouveau regard sur la vie. Pour moi, c’est un miracle.»

Il a fallu du courage et du temps à Husna et aux autres alcooliques pour devenir des abstinents. Aujourd’hui, ils savent que l’ivresse ne panse pas les blessures, mais qu’il vous y enfonce un peu plus à chaque verre. La lutte est quotidienne. Ils savent qu’ils ne seront jamais guéris, qu’ils ne seront jamais des buveurs normaux et que céder à la tentation d’un simple verre les conduira à la perte. Alors, ils s’accrochent tous les jours.

Alcooliques Anonymes : Un programme en 12 étapes

Pour intégrer ce groupe et recevoir de l’aide, une seule condition s’applique : le désir de vouloir arrêter de boire. Présents à travers le monde, les Alcooliques Anonymes (AA) ont pour objectif premier d’aider ceux qui le souhaitent à devenir abstinents et à le rester. À Maurice, ils existent depuis 31 ans et, une fois la semaine, des centaines d’hommes et de femmes se rencontrent pour parler de leur combat, partager leurs souffrances et leurs espérances.

La méthode des AA est basée sur le principe des 12 étapes qui décrivent les attitudes et les activités considérées comme importantes dans cet effort pour parvenir à la sobriété, pour arriver à avoir une meilleure maîtrise de soi. En voici quelques exemples : «Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçus», «Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool – que nous avions perdu la maîtrise de notre vie» ou encore «Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et nous avons consenti à réparer nos torts envers chacune d’elles».

La thérapie se traduit par des groupes de paroles et des échanges d’expérience, par ce programme en 12 étapes et le parrainage d’un alcoolique par un abstinent. Husna, qui co-anime les réunions des AA à Curepipe, a lancé en 2012 des rencontres exclusivement réservées aux femmes alcooliques. Chaque semaine, des réunions ont lieu aux quatre coins de l’île. Elles sont ouvertes à tout le monde et ne demandent ni frais d’entrée, ni cotisation. L’audiotex 302 6093 est aussi disponible.

Calendrier des réunions

- Rose-Hill (derrière Montmartre) les jeudis à 18 heures

- Beau-Bassin (cure du Sacré Coeur) les mardis à 18 heures

- Port-Louis (derrière l’Immaculée) les lundis à 17 heures

- Flacq (cure Ste Ursule) les samedis à 16 heures

- Goodlands (cure de l’église Ste Claire) les mardis à 18h30

- Vacoas (Cure Eglise de la Visitation) les samedis à 16 heures

-Trou-aux-Biches (Cure Eglise Notre Dame de Fatima) les samedis à 13 heures

- Curepipe (Centre St Jean, Forest Side) les mercredis à 18 heures

Publié dans articles sur AA

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"J'ai arrêté de boire il y a deux ans. Voilà ce que j'ai appris"

Publié le par kreizker

in "Huffington Post", 27 mai 2015

Par Kelly Fitzgerald

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ça fait déjà presque un an que j'ai écrit l'article One Year Without Alcohol ("Un an sans alcool"), qui m'a valu d'être célèbre sur internet et a lancé ma carrière d'écrivain. J'osais y révéler ma sobriété pour la première fois, une expérience à la fois terrifiante et réconfortante.

Je n'aurais jamais cru que toutes ces pensées délirantes auraient un tel écho, mais je m'en réjouis. Et me voilà, sobre depuis deux ans. J'ai pris mon dernier verre le 6 mai 2013. Depuis, ma vie a changé du tout au tout. Je ne suis plus la même. Voici ce que j'ai déjà appris.

1. Tout n'est pas rose

Devenir sobre est la meilleure décision que j'aie jamais prise, mais les AUTRES aléas de la vie ne m'épargnent pas pour autant. Attention: il m'arrive beaucoup moins de choses désagréables, mais la vie suit son cours. J'ai beau ne plus perdre mon sac, ne plus me battre ni me blesser parce que je suis saoule, je peux quand même me faire mal en jouant au foot, me disputer avec des amies et constater que les choses ne s'arrangent pas toujours en ma faveur. La vie n'est pas une science exacte, même quand je suis animée des meilleures intentions et que je fais le maximum. Je continue à faire des erreurs, mais je suis aujourd'hui capable d'en tirer des enseignements et mûrir.

2. Je ne peux sauver personne

J'ai récemment entendu un proverbe qui disait: "C'est quand on commence à aller mieux qu'on s'aperçoit que tous les autres sont malades." Si, au cours de ma première année de sobriété, je me suis contentée de profiter de la vie (une nouveauté), je pense avoir consacré le reste de mon temps à faire des efforts sur moi-même, ce qui m'a permis au passage d'éprouver la justesse de ce proverbe! Les alcooliques ne sont pas les seuls à aller mal: la plupart des gens vivent une situation de déni ou font preuve de faiblesses tenaces. Je suis animée d'une telle volonté de faire passer le message que j'ai beaucoup de mal à accepter mon incapacité à sauver qui que ce soit. J'ai croisé le chemin de plusieurs amis, de membres de ma famille et de lecteurs de mon blog.

Certains demandent de l'aide, d'autres non, mais tous en ont désespérément besoin. Peu à peu, je me rends compte que je n'ai pas le droit de dire aux gens ce qu'ils doivent faire. Même s'ils sont en demande, je peux tout au plus partager avec eux mon expérience, ce qui a fonctionné pour moi, et espérer qu'un jour ils seront prêts, eux aussi, à changer de vie. Il n'y a rien de plus terrible qu'être un témoin impuissant de la souffrance de ceux qu'on aime.

3. Mon alcoolisme est une bénédiction

Au cours de ma première année de sobriété, je me suis souvent demandé comment les gens pouvaient être heureux d'être alcooliques. C'est n'importe quoi. Je savais que j'avais un problème mais je continuais à essayer de ne pas trop boire. L'année qui vient de s'écouler m'a finalement fait comprendre leur point de vue. C'est en effet le combat que j'ai mené qui a déterminé celle que je suis. Si je n'avais pas eu ces problèmes d'alcool, je n'aurais peut-être jamais été capable d'appréhender la beauté de la vie. Je serais peut-être en train de me morfondre dans un bureau quelconque, maudissant tout ce qui m'arrive. Tous les matins, au réveil, je me réjouis d'être vivante. Je vis pleinement chaque instant et je dispose, pour gérer les coups de blues, d'outils auxquels certaines personnes n'auront jamais accès. Cette façon de voir le monde, je la dois à ma victoire dans mon combat contre l'alcool.

4. On ne peut pas plaire à tout le monde

Drôle de retournement! L'an dernier, j'écrivais que je me fichais totalement de ce que les gens pouvaient penser de moi quand je buvais. J'étais la meilleure et ils pouvaient aller se faire voir. La sobriété m'a transformée. Je devenais timide et je n'avais plus aucune estime de moi. J'avais envie d'être aimée, mais sans pouvoir compter sur la béquille de l'alcool pour penser à autre chose. Le programme des Alcooliques anonymes m'a énormément aidée à gérer ces problèmes. Il en est des relations que l'on entretient avec les autres comme de la vie: elles ne peuvent pas toutes être parfaites. Certaines personnes ne nous aimeront pas, quoi que l'on dise ou fasse. Arriver à concilier l'envie d'être gentil avec tout le monde pour être aimée et rester fidèle à soi-même peut s'avérer compliqué. J'ai retenu la bonne leçon ces derniers mois. Tout le monde ne va pas m'aimer, et c'est normal. En fait, dans certains cas, l'opinion des autres ne devrait pas m'affecter tant que je sais que je suis quelqu'un de bien et que je fais ce qu'il faut.

5. Je ne suis pas le centre de l'univers

Je sais que c'est également une étape difficile pour tous ceux qui deviennent sobres. Nous ne sommes pas le centre de l'univers ! L'ego en prend un coup. Quand j'étais sous l'influence de l'alcool ou des drogues, je pensais que le monde entier s'était ligué pour faire de ma vie un enfer. Je prenais tout pour moi. Ma première année de sobriété, je l'ai vécue dans un état d'angoisse perpétuelle. Je me demandais sans cesse si untel m'aimait bien, si j'avais fait quelque chose qui lui avait déplu. Les gens étaient-ils en train de parler de moi? Savaient-ils que j'étais devenue sobre? J'ai enfin compris que je n'étais pas au centre de leurs préoccupations.

Chacun doit faire avec les cartes dont il dispose. J'étais de toute façon en grande partie responsable, lorsque je buvais, de ce qui contribuait à rendre mon existence insupportable. La vie ne m'attend pas au tournant, et les gens non plus. Ils ne passent pas leur temps à parler de moi et à m'en vouloir. Et quand ils le font, cela n'a rien à voir avec moi. Les choses qu'ils n'arrivent pas à assumer se manifestent par des sentiments qui ne me concernent pas.

6. Je sais ce qu'est l'amour inconditionnel

Je déjeunais l'autre jour avec une amie très proche qui a été ma compagne de beuverie pendant des années. Nous sommes aujourd'hui sobres toutes les deux. Elle me disait que la sobriété permet de faire l'expérience du véritable amour inconditionnel. C'est effectivement ce qui s'est passé pour moi, notamment au cours de l'année écoulée. Cette fille est l'exemple même de ce que l'on peut devenir quand on reçoit des preuves d'amour et de soutien inconditionnels.

Quand j'ai choisi de devenir sobre, j'avais très peur que plus personne ne m'aime, puisque j'étais un désastre ambulant. Mais j'ai touché le gros lot au rayon petit ami et ce mois-ci, je vais fêter mes trois ans avec Fernando. Comme je ne suis sobre que depuis deux ans, la première année a été très agitée. Il a néanmoins choisi de m'aimer et je lui dois la plus belle de mes relations amoureuses. L'amour inconditionnel, c'est ne pas forcer l'autre à entrer dans un moule, connaître ses défauts, les accepter et choisir de l'aimer quand même.

Je suis sidérée de me dire qu'aucune substance psychotrope n'a influencé mon organisme depuis deux ans. Si on m'avait dit à l'époque que j'écrirais un blog aujourd'hui, je n'y aurais pas cru. Il y a même des jours où la gratitude que je ressens est trop lourde à porter. Dans ces moments-là, je ne peux pas croire que la vie m'ait accordé une deuxième chance. Je dois me pincer pour y croire. Même dans les mauvais jours, c'est tellement BON d'être sobre. Pendant des années, j'ai couru après la liberté et je me suis targuée de "vivre chaque jour comme si c'était le dernier". À 29 ans, après deux ans de sobriété, je peux vraiment dire que je suis enfin libre.

Publié dans articles sur AA

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PAYS-BAS Anonieme Alcoholisten

Publié le par kreizker

in "Volkskrant" (Pays-Bas), décembre 2013

"Nous de AA"

 

HISTOIRE 1091 volkskrant NL

 

HISTOIRE 1091a volkskrant NL

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"LES AA SONT-ILS DÉPASSÉS ?"

Publié le par kreizker

in "La Presse+" (Québec), 14 octobre 2014

 

LES AA SONT-ILS DÉPASSÉS ?

Selon un psychiatre américain, le mouvement des Alcooliques Anonymes aurait un taux de succès de 5 à 8 %. Or, depuis près de 80 ans, cette approche est la colonne vertébrale du rétablissement des personnes souffrant de dépendances, que ce soit l’alcoolisme, la toxicomanie, le jeu ou bien d’autres encore. Fait-on fausse route ?

 

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UN DOSSIER DE NOTRE COLLABORATRICE MARIE LAMBERT-CHAN

 


 

LES AA EN CHIFFRES

170 : Nombre de pays où sont présents les Alcooliques anonymes

114 000 : Nombre de groupes AA dans le monde

2 138 421 : Nombre estimé de membres dans le monde, dont 93 565 au Canada

65 % : Pourcentage des membres qui sont des hommes

40 : Pourcentage des membres qui disent avoir été invités à se joindre aux AA par un professionnel de la santé

62 % :Proportion des membres qui ont reçu des soins de nature médicale, psychologique, spirituelle ou autre après leur adhésion au mouvement

49 ans : Âge moyen des membres

10 ans : Période d’abstinence moyenne des membres

2,6 : Nombre moyen de réunions auxquelles participent les membres chaque semaine

1 sur 6 : Aux États-Unis, 1 personne sur 6 qui assiste aux réunions des AA le fait afin de se conformer aux directives d'un tribunal, d'une prison ou d'un employeur

Sources : Bureau des services généraux des Alcooliques anonymes et Le monde des AA d’Amnon Jacob Suissa

 

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ANDRÉ

Membre responsable du groupe AA Midi Villeray, 76 ans

 

Chaque jour, André accueille les membres de son groupe dans le sous-sol de l’église Notre-Dame-du-Rosaire à Montréal. Il offre du café et des bouteilles d’eau, serre des mains, rassure les nouveaux et couve d’un regard protecteur ses filleuls – les alcooliques qu’il parraine – ainsi que les filleuls de ses filleuls. « Les AA, c’est une chaîne de bien-être », affirme-t-il.

 

Cela fait 34 ans qu’André est membre responsable du groupe. Cela fait aussi 34 ans qu’il n’a pas bu une goutte d’alcool. « De l’âge de 13 ans jusqu’à 43 ans, je buvais de 2 à 3 bouteilles de 40 onces par jour, du jeudi au dimanche, raconte-t-il. J’avais mille et une raisons de consommer. Je buvais quand je gagnais de l’argent. Je buvais quand j’en perdais. Je buvais pour faire mal aux autres comme pour ne pas leur faire mal. Dans le fond, je ne m’acceptais pas. »

 

Il a fallu plusieurs personnes pour le convaincre d’assister à une réunion. « Pour moi, un alcoolique, c’était un robineux, ce qui n’était pas mon cas puisque j’avais un emploi et de l’argent », dit celui dont le père et le frère étaient aussi dépendants à l’alcool.

 

Comme plusieurs membres, André est persuadé qu’il serait déjà mort si ce n’avait été des AA. « C’est un mode de vie spirituel qui a changé ma manière de penser et d’agir », confie-t-il.

 

« Je comprends que je n’ai rien à prouver à personne. Ce faisant, je peux apporter aux autres. C’est vraiment ça, le secret dans les AA : l’implication. Tout ce que tu reçois, tu le remets au suivant. »

 

« ON EST DES MILLIONS À NE PAS CONSOMMER »

 

André ne se fait pas d’illusion : les AA ne sont pas faits pour tout le monde, « mais c’est efficace parce qu’on est des millions à ne pas consommer », souligne-t-il. « Un alcoolique aura toujours envie de boire. C’est une maladie. Il faut qu’il atteigne le fond pour qu’il décide de changer. C’est là qu’on peut l’aider. Certains comprennent vite, d’autres, non. J’en ai vu de toutes sortes. Je ne les juge pas. Parfois, il suffit d’une phrase prononcée par un autre membre pour qu’ils allument. »

 

Lui-même ne se rappelle pas cette phrase qui a provoqué un déclic dans son cas. « Je pense plutôt que c’est le bon Dieu qui s’est servi de moi pour aider les autres, croit-il. Le jour où il sera tanné, il viendra me chercher. Je n’ai pas peur de mourir parce que j’ai déjà été mort pendant toutes ces années où j’ai bu. »

 

 

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MONICA RICHARDSON

Militante anti-AA, 58 ans

 

Monica Richardson assiste à sa première réunion des AA à 18 ans. « Je viens d’un foyer brisé, raconte-t-elle. J’anesthésiais ma douleur avec l’alcool. À un certain point, je m’enivrais tous les soirs jusqu’à ce que je m’endorme. » Un jour, elle en a assez. Elle cesse de consommer du jour au lendemain. Deux semaines plus tard, elle rencontre un gars sur une plage d’Hawaï, où elle vit à l’époque. Membre des AA, il l’invite à se joindre à eux.

 

« C’était très relaxe, très hippie, décrit-elle. On nous présentait les AA comme un buffet : “Prenez ce que vous voulez et faites-en ce que vous voulez !” Néanmoins, je n’ai jamais senti que les 12 étapes m’aidaient vraiment, mais j’y adhérais parce qu’il le fallait. J’ai toutefois aimé l’esprit communautaire, car je me sentais très seule. Aujourd’hui, je me rends compte que j’aurais pu faire partie de n’importe quelle organisation, pourvu que j’y sois acceptée. Les AA sont devenus ma famille et c’est ce qu’ils nous enseignent : “Vos proches ne peuvent pas vous aider, nous seuls le pouvons.” »

 

Pendant 36 ans, Monica s’implique sur tous les plans : « J’ai fait du café, j’ai été secrétaire, trésorière, marraine, responsable régionale de l’information publique et enfin, représentante du Bureau des services généraux des AA pour la ville de Los Angeles, après y avoir emménagé. »

 

COMPORTEMENT SECTAIRE ET HARCÈLEMENT SEXUEL

Elle commence à voir les AA sous un nouveau jour lorsque son propre fils connaît des problèmes d’alcool. « Je l’ai amené à une réunion, dit-elle. Quand je l’ai vu se présenter comme un alcoolique et répéter la prière et les étapes, j’ai réalisé à quel point tout cela était sectaire. »

 

« Ce devait être une réunion pour jeunes, mais la salle était remplie de vieux hommes sinistres, fumant des cigarettes à la chaîne et épiant l’assemblée, surtout les filles. »

 

Monica Richardson entame alors une campagne contre la « 13e étape », un phénomène bien connu dans les cercles AA. « Ce sont des membres vétérans qui profitent de la vulnérabilité des nouvelles venues pour les harceler sexuellement », explique-t-elle. Elle tente de sensibiliser le Bureau des services généraux, mais rien n’y fait : le mouvement ne veut pas s’en mêler afin de préserver l’anonymat des membres. Écœurée, Monica quitte les AA en 2010. Elle met actuellement la dernière main à un documentaire dénonçant la 13e étape. Il devrait être sur les écrans en 2015. « Les AA sont inutiles et font du mal aux alcooliques. Le monde serait une meilleure place sans eux », déclare-t-elle, sans appel.

 



 

Note de Kreizker : concernant Monica Richardson et son film,  on se reportera à l'article "Garder la sécurité en AA/Keeping AA safe" : http://0z.fr/cXkZB

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