AA en prison, côté prisonnier
in "Le Périf", (comité régional Ile-de-France AA), n° 18 - avril 2006
TEMOIGNAGE D’UN MEMBRE A.A. EN MILIEU CARCERAL
De l’autre côté …
Un matin, il y a près de huit ans, je me suis réveillé en prison. Comme j’y étais déjà allé, je ne me suis pas trop inquiété. Mais ce fut un choc d’apprendre que j’y étais depuis trois jours et non pas de puis la veille comme je le croyais. J’entrepris aussitôt des démarches pour être libéré.
Second choc : au lieu d’être libéré, j’ai appris que je devais être traduit devant le tribunal sous une accusation de vol à main armée. Cette aventure s’est terminée avec une condamnation à 19 ans de prison.
Je suis entré en prison avec toutes les émotions négatives que vous pouvez vous imaginer et, principalement, du ressentiment contre le monde entier et du mépris pour tout le personnel du pénitencier. Pendant une année entière, j’ai été rebelle, déprimé et résolu à entretenir ma colère.
Puis, un jour, j’ai noté la présence de gens du dehors qui venaient régulièrement à la prison et semblaient tenir des réunions quelconques. J’ai appris pas la suite, que c’était des membres des A.A. – des alcooliques qui avaient cessé de boire. Personnellement, je croyais que c’était d’étranges spécimens, puis je me suis aperçu qu’à l’occasion, une femme était du groupe. Je me suis alors mis à assister aux réunions dans le seul but d’aller admirer « le beau sexe ».
Entre temps, ma femme avait fait la découverte des A.A. Elle avait elle-même arrêté de voire et elle m’écrivait pour me dire sa satisfaction de voir que j’étais également sur la bonne voie. Pour l’épater, je mémorisais des passages des livres A.A. et je les citais dans mes lettres.
Malheureusement, elle s’est rapidement aperçue de cette astuce ; elle m’a demandé de cesser de me leurrer et de devenir honnête envers moi-même et les A.A. Ma première réaction a été de m’emporter.
Après m’être clamé un peu, j’ai décidé de me pencher sérieusement sur les passages que j’avais mémorisés. Il m’a fallu peu de temps pour admettre que j’avais été vaniteux, égoïste et égocentrique durant presque toutes ma vie. J’ai aussi dû reconnaître que j’étais alcoolique et que j’avais besoin d’aide.
A partir de là, j’ai fait de réels progrès chez les A.A. Les 4 années suivantes ont été heures, même si j’étais en prison. Mon casier judiciaire était redevenu vierge, aucune mesure disciplinaire grâce aux A.A.
Je me suis fait plus d’amis honnêtes et sincères chez les A.A. que jamais auparavant. Ma femme a continué de m’appuyer et, après six ans, on m’accorda une libération conditionnelle.
Après ma libération, mon premier contact avec l’extérieur a été avec un groupe des A.A. de ma ville natale. J’y ai été accepté pour ce que je suis : un être humain. Les membres du groupe savaient que je sortais tout juste de prison mais ils m’ont traité comme un égal. Après très peu de temps, j’ai été secrétaire du groupe. Ma femme et moi étions devenus deux des plus heureux A.A. du monde.
Sans la présence des A.A. à la prison et sans l’appui sincère et honnête accordé à notre groupe de détenus pas des groupes de l’extérieur, je serais encore derrière les barreaux. La société ne prend que rarement garde aux conséquences que la condamnation d’une personne à la prison peut comporter. Je remercie Dieu pour les personnes qui ont cru que nous valions la peine d’être sauvés. Je remercie Dieu pour les A.A.
Charles M.