AA en prison, côté visiteur
in "Le Périf", (comité régional Ile-de-France AA), n° 18 - avril 2006
TEMOIGNAGE D’UN SERVITEUR A.A. EN MILIEU CARCERAL
Du côté Visiteur…
Je suis intervenant dans le milieu carcéral depuis plus de 4 ans maintenant ; il m’a fallu pratiquement un an de formalités administratives pour avoir accès à la maison d’arrêt de Bois d’Arcy.
Après avoir passé une barrière et un premier contrôle, je dois garer ma voiture et me présenter à un deuxième contrôle. Là, je vide mes poches et dépose mon portable, illicite dans la maison d’arrêt. Je ne garde que mes clefs de voiture, mes lunettes et ma littérature A.A.
Un troisième poste ; je laisse ma carte d’identité contre un badge qui me permet de circuler dans l’enceinte de la prison. Je passe sous un portique qui détecte d’éventuels objets métalliques. Je suis « bon » pour aller animer la réunion.
Quand je sors de cet endroit, la triste réalité du monde carcéral s’offre à moi : allée bitumée, bloc de béton gris et bleu délavé, miradors et hauts murs surmontés de barbelés. Pour accentuer le lugubre du décor : corneilles et mouettes sont au rendez-vous !
Une autre porte, je demande au surveillant la clef du placard du service social ; à ‘intérieur, se trouve notre cahier de liaison avec le service social ainsi qu’une cafetière (un luxe en prison).
Je descends un escalier, une lourde porte, un couloir, nouveau contrôle. Tout va bien ! Un autre couloir, interminable celui-là. D’autres portes, toujours aussi lourdes, des serrures électriques qui claquent avant et après mon passage. J’arrive au sous-sol du noyau central. Un escalier métallique m’amène enfin à destination. Je me présente au gardien et attends « l’écureuil » (gardien avec les trousseaux de clés) pour qu’il m’ouvre la salle.
En attendant l’arrivée des détenus, je prépare un café. Je sais maintenant que je vais passer deux ou trois heures dans cette pièce isolée de tout et au bon vouloir des surveillants qui, bien souvent, nous gardent plus longtemps qu’une réunion, appelés à d’autres taches. Les amis arrivent ; c’est pour moi, un moment privilégié. Aujourd’hui, nous aurons deux heures d’intense partage.
De retour à mon véhicule, je remercie le ciel d’être vivant et libre pour aujourd’hui.
La différence entre les amis détenus et moi : très certainement la chance.
Je remercie de tout mon coeur les amis qui m’ont parrainé pour ce service.
Merci à eux car cette mission m’apporte énormément chaque jour.
Bonnes 24 heures !
Philippe (Richebourg)