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"Un groupe pour les Alcooliques Anonymes à Mayenne"
in "Le Courrier de la Mayenne" (France), 7 Septembre 2019
Depuis juillet, les alcooliques ont un lieu où échanger à Mayenne, à la salle des aumôneries.
Les Alcooliques Anonymes ont créé depuis juillet à Mayenne un nouveau groupe de parole qui complète celui de Laval. « Dans le Nord Mayenne, il y avait de la place pour un groupe, beaucoup de personnes sont en souffrance. Notre rôle est de prévoir une permanence et de s’assurer qu’il y a toujours quelqu’un à l’écoute », explique Sébastien à l’origine de l’initiative.
Le groupe de parole est uniquement constitué de membres malades de l’alcoolisme, abstinents ou manifestant le désir d’arrêter de boire. « L’alcoolisme est une maladie mentale, physique et spirituelle et seul un malade de l’alcoolisme peut comprendre les souffrances d’un alcoolique », affirment de concert Mikael et Marie.
Pas d’intervenants extérieurs. « Ici nous sommes entre nous, l’anonymat est un véritable atout ». Pour les membres présents, les personnes atteintes de cette maladie qui « occasionne beaucoup d’angoisse, de colère et des émotions négatives » ont besoin d’un climat de confiance.
Faire le premier pas pour intégrer le groupe peut être salvateur. « Chacun dit ce qu’il veut, ce qu’il a sur le cœur avec le sens du partage et de la générosité, nous sommes tous à égalité, c’est la première fois que je me suis senti honnête avec moi-même », avoue Mikael.
Marie abstinente depuis 25 ans et participante assidue aux groupes de parole dit avec humour que « ces réunions soignent la maladie par les oreilles » et confie « avoir trouvé une famille, vivre une grande fraternité et ressentir l’impression d’une naissance ».
Pratique : Lieu des réunions : Maison des Aumôneries derrière l’église Saint-Martin à Mayenne. Tous les jeudis du mois à 20h30. Téléphone : 09 69 39 40 20. Site internet : alcooliques-anonymes.fr.
Ile de la Réunion : 45° anniversaire de AA
45e anniversaire des Alcooliques Anonymes à La Réunion
Les 31 août et 1er septembre 2019
in "Le Journal de l'Ile de la Réunion", 4 Septembre 2019

Voilà 45 ans que l’association des Alcooliques Anonymes de la Réunion œuvre pour aider les malades alcooliques à sortir de l’emprise de l’alcool et à ne plus replonger dans ses travers. Pour cet anniversaire spécial, un rassemblement amical a été organisé pendant tout le week-end au centre de vacances de l’Etang-Salé-Les-Bains. L’objectif : permettre aux six groupes de la Réunion de se rencontrer pour échanger, mais aussi pour faire connaissance avec des malades de l’île Maurice. L’île sœur compte en effet 14 groupes d’Alcooliques Anonymes et une petite délégation a accepté de faire le déplacement chez nous.
La première journée, plusieurs professionnels sont également venus à la rencontre des malades : le docteur David Mété, chef du service addictologie au CHU de Saint-Denis, le docteur Christian Dafreville, médecin référent de l’ANPAA et Jean-Claude Fanchin, le président de l’association Les Maillons de l’Espoir. Etaient aussi présents des membres de l’association Al-Anon.
"Ce fut un week-end très convivial", rapporte Yann, le responsable de l’association des Alcooliques Anonymes à la Réunion.
L’année prochaine, ce sera au tour de l’île Maurice de célébrer les 40 ans de son association. L’occasion, pour l’association réunionnaise, de se rendre à son tour dans l’île sœur. En attendant, elle continue son travail d’aide et d’accompagnement et invite toutes les personnes ayant un problème avec l’alcool à taper à sa porte : "Essayez, ça ne coûte rien !", encourage Yann.
Pour rappel, l’association locale soutient une cinquantaine de personnes.
N.T.
Pour contacter les Alcooliques Anonymes de la Réunion : 0262 41 16 14
« L’alcool, c’est une plante carnivore »
in "Paris-Normandie", 28 août 2019
Société. Comment en finir avec cette dépendance aux multiples visages ? Un parcours du combattant pour ceux qui tentent de se réinsérer. Reportage au cœur d’une réunion des Alcooliques Anonymes.
«Quand j’étais invité à un dîner, je cachais mon alcoolisme aux autres. Ensuite, il fallait que je récupère le temps perdu », témoigne Pierre, huit ans d’abstinence d’alcool. Cette notion de temps est aussi très présente pour Agnès, deux ans sans boire une goutte. Elle ajoute : « Même en sortant du travail, je n’attendais pas de rentrer chez moi, je décapsulais une bière dans la voiture et ma soirée commençait... » C’est en toute liberté, sans jugement, ni préjugés que discutent, une fois par semaine, les membres de l’association les Alcooliques Anonymes (AA), située place Saint-Paul à Rouen. Réunis autour d’une table, des sucreries à portée de main, ils partagent pendant quelques heures leurs expériences respectives, même durant la période estivale.
Ce soir-là, ils sont huit. Certains, habitués des lieux, se connaissent depuis longtemps ; d’autres viennent pour la première fois. Ils ont tous des parcours différents, mais partage un même besoin d’entraide pour conserver l’alcool loin de leurs préoccupations quotidiennes, pour enfin pouvoir « réapprendre à vivre ».
On ne connaîtra de ces participants d’un soir que leurs prénoms, un morceau de vie, une anecdote, rien qui pourrait les mettre mal à l’aise. En effet, le poids de la société est, selon eux, trop lourd à porter : car être alcoolique pour le grand public n’est pas seulement avoir une maladie, c’est se détruire et détruire son entourage.
Comme le prouve Philippe, plusieurs décennies d’abstinence au compteur :« L’alcool c’est une plante carnivore. Ce n’est pas comme pour le tabac, quand on dit à quelqu’un que l’on essaie d’arrêter la cigarette, la personne va être compatissante et nous encourager. Alors que lorsqu’on dit que l’on est alcoolique, on a honte de nous. »
C’est donc le regard de la société qui pousse ces personnes à se raconter pour s’extraire du monde extérieur, en exprimant par exemple une émotion de colère ou une tentation ressentie à la vue d’une publicité pour une boisson alcoolisée. « On ne dit jamais que l’on ne reboira pas, car les promesses sont bien souvent non tenues. Pour tenir, on fonctionne par tranche de 24 heures, parfois moins », poursuit-il. Cette méthode journalière fait partie des thèmes abordés par le groupe. Ce soir, chacun partage son expérience de ce palier des 24 heures. Pour Madeleine*, il s’agit du moyen le plus efficace pour tenir. « Je ressassais le passé sans arrêt et j’étais rongée par le remords. En découpant ma journée en périodes de 15 minutes, j’ai appris à voir autrement. Je me suis rendu compte que demain était trop loin pour moi et que je ne pouvais me fixer des objectifs que dans le présent. »
Se soigner de l’alcoolisme, c’est avant tout le faire pour soi et non pour les autres, comme le préconisent les principaux concernés. « On nous dit d’arrêter de boire pour sa famille, ses amis, mais si on n’a pas la volonté d’arrêter, on continuera », certifie Philippe qui, à cause de l’alcool, a perdu famille, amis, emploi, permis et souffre aujourd’hui de brûlures internes qui l’empêchent de respirer naturellement.
Charly, trente ans sans boire, se souvient encore de son parcours et de ses techniques bien rôdées. « Je n’avais pas la main verte, mais je me suis mis au jardin et quand je tondais la pelouse, j’allais régulièrement recharger les jerricans pour alimenter la tondeuse. Ma femme me demandait pourquoi je n’achetais pas des bidons plus grands afin d’être tranquille pour un moment. Je répondais que je ne les trouvais pas, ou une autre excuse. Alors j’allais récupérer une bière au comptoir de la station-service, et ce, à plusieurs reprises dans la journée », déplore-t-il.
Vivre au jour le jour, c’est donc l’objectif que se fixent les personnes alcooliques, car oui, elles se considèrent toujours comme alcooliques, même après plusieurs années d’abstinence. « On vient régulièrement aux réunions, car on s’identifie aux gens autour de la table », souligne Agnès. Le but : ne pas oublier qu’il est possible de replonger et soutenir les nouveaux arrivants.
Pour cet autre Philippe, cette première réunion est source d’apprentissage.« J’ai du mal à gérer la tranche horaire 17-18 h, avoue-t-il, en découvrant la notion des 24 heures. Cela fait un mois que je participe aux réunions des AA et les témoignages m’aident à supporter la maladie. » D’après les membres de l’association, venir aux Alcooliques Anonymes demeure le meilleur moyen de reprendre une vie normale.
* Le prénom a été modifié.


