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"Février sans alcool: vers des (non) alcooliques (non) anonymes"

Publié le par kreizker

in "Le Devoir" (Québec), 14 février 2018

Éliane Gagnon a fondé Soberlab, un organisme pour «faire grandir la culture de la sobriété», montrer à tout le monde qu’on peut être heureux sans «compulser» avec des facteurs extérieurs.

Éliane Gagnon a fondé Soberlab, un organisme pour «faire grandir la culture de la sobriété», montrer à tout le monde qu’on peut être heureux sans «compulser» avec des facteurs extérieurs.

Quasi-impératif social, lubrifiant relationnel par excellence, substance légale la plus consommée : l’alcool est devenu incontournable. Pour ceux qui y sont dépendants, les avenues de traitement n’ont pourtant jamais été aussi nombreuses. Le Devoir s’y intéresse, à mi-chemin du mois de février, que plusieurs tentent de traverser sans une goutte d’alcool.

« J’ai toujours eu tous les traits de personnalité liés à la toxicomanie et à la dépendance : excessive, compulsive, obsessive, il n’y a pas de demi-mesure pour une personne affectée par la dépendance. » Éliane Gagnon, 32 ans, ne boit plus.

 

Depuis deux ans « seulement » et en même temps une éternité, quand elle se rappelle « avoir conduit au moins une soixantaine de fois en état d’ébriété ». La comédienne fait le tour des tribunes médiatiques depuis le début du mois pour parler du Défi 28 jours sans alcool, une campagne de la Fondation Jean Lapointe.

 

Elle appelle à une sobriété joyeuse et créative, à se délester « de l’espèce d’autosabotage » ; « bref, à se regarder », dit la jeune comédienne en parlant de plus en plus vite. Refonder une communauté a été salutaire pour elle, une communauté autour de son Soberlab, un organisme pour « faire grandir la culture de la sobriété », montrer à tout le monde qu’on peut être heureux sans « compulser » avec des facteurs extérieurs, explique-t-elle.

 

Avant d’en arriver là, Mme Gagnon a choisi l’abstinence totale, convaincue « d’être née » avec la dépendance. Il n’existe en fait pas de consensus scientifique sur l’alcoolisme, sur ses « causes » ou sur pourquoi, par exemple, certains buveurs excessifs deviennent dépendants physiquement, et d’autres non.

 

Exit l’approche universelle

 

Le profil des consommateurs est au contraire « hétérogène » : « Il y a différents niveaux de sévérité, évidemment. Pour certains, le trouble va durer toute leur vie, de manière très chronique. Pour d’autres, ce sera à la suite d’un événement ponctuel, un gros stress, et leur façon de composer sera à travers la consommation », énumère Laurence D’Arcy, chargée de projet à l’Institut universitaire sur les dépendances.

 

Des formes de médication ont fait leur apparition depuis quelques années, notamment la naltrexone. Cette molécule agit en quelque sorte en « bloquant » l’euphorie liée à l’alcool, en modulant la libération de la dopamine dans le cerveau. D’autres médicaments vont par ailleurs induire une réaction très désagréable s’ils sont consommés en même temps que l’alcool, pour briser l’association plaisir-alcool. D’autres encore diminueront les effets du sevrage, notamment les convulsions, à l’étape de la désintoxication.

 

Puis vient l’étape de la thérapie, du traitement, de la réadaptation. Selon la sévérité du trouble, l’équipe de l’Institut peut par exemple choisir de réduire les méfaits en contrôlant l’environnement autour du buveur, ou par une approche cognitivo-comportementale, par exemple.

 

La toxicomanie et l’alcoolisme ne sont souvent que la « pointe de l’iceberg », poursuit Mme D’Arcy, s’intéressant à ce qui se trouve sous la surface pour s’adapter à la personne.

 

Une approche dominante

 

Le sociologue et professeur à l’UQAM Ammon Suissa reprend cet argumentaire en insistant sur « la diversité des raisons pour lesquelles on établit une relation de dépendance avec l’alcool ». Il critique vertement dans deux livres la conception des Alcooliques Anonymes (AA) et leur approche « peu professionnelle ».

 

Les AA exercent en effet une influence indéniable à l’échelle mondiale aujourd’hui, leur programme d’abstinence en douze étapes devenu presque hégémonique dans l’imaginaire populaire. Il n’a pourtant jamais fait sa démonstration scientifique, insiste M. Suissa, pour qui l’abstinence totale ne devrait pas être l’unique prescription.

 

« Les AA conceptualisent en effet la dépendance de manière très dichotomique : tu l’as ou tu ne l’as pas », note Laurence D’Arcy.

 

« Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool — que nous avons perdu la maîtrise de notre vie », lit-on dans ce programme auquel l’organisation québécoise des AA a renvoyé Le Devoir.

 

Impuissants, puisque l’alcoolisme est une maladie, affirme l’organisation devenue mondiale. Une conception formellement adoptée par l’Association médiale américaine, notamment sous l’impulsion du cofondateur des AA Bill Wilson. L’époque était alors encore au moralisme, à l’abus vu comme un péché que la foi peut racheter.

 

L’excès d’alcool est plutôt défini aujourd’hui par « trouble d’usage de l’alcool » dans le DSM-5, la bible américaine de la psychiatrie. Ce n’est donc ni la personne ni la substance qui sont ici pointées : c’est plutôt l’usage, donc « la nature de la relation entre les deux », souligne Ammon Suissa.

 

« Cette façon de dire des AA que vous serez en “perte de contrôle permanente” met en veilleuse les forces et les compétences cachées des personnes », critique-t-il par ailleurs.

 

Les AA représentent toutefois des groupes de soutien importants pour des centaines de milliers de personnes à l’échelle mondiale, dont plus de 85 000 membres au Canada, selon l’organisation. « Les pratiques ne sont pas incompatibles, notamment pour l’aspect social, la motivation, pour se rappeler les raisons derrière la volonté de contrôler la consommation », résume Laurence D’Arcy. Une affirmation à propos de laquelle abonde aussi Éliane Gagnon : « Choisissez-vous, peu importe l’approche ! »

 

Environ 20 % de la population québécoise dépasse le seuil de consommation à faible risque. Parmi ces buveurs excessifs, 4 % ont reçu un diagnostic d’abus ou de dépendance.

 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 5,9 % de tous les décès sont imputables à l’usage nocif de l’alcool dans le monde.

Publié dans AA Québec

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"LA VIGNE" en accès libre

Publié le par kreizker

Publié dans AA Québec

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"Les Alcooliques Anonymes se serrent les coudes pour le jour de l'An"

Publié le par kreizker

in "Radio Canada", 1° janvier 2018

 

Chantal a raconté son histoire de dépendance à l'alcool et aux drogues lors d'une réunion des Alcooliques Anonymes le 31 décembre 2017.

Chantal a raconté son histoire de dépendance à l'alcool et aux drogues lors d'une réunion des Alcooliques Anonymes le 31 décembre 2017.

Le temps des Fêtes est l'une des périodes de l'année les plus difficiles pour les alcooliques. Un peu partout au Québec, dont à Gatineau, les Alcooliques Anonymes ont tenu des réunions de soutien à la veille de Noël et du jour de l'An.

Un texte de Roxane Léouzon

Chantal compte beaucoup sur les AA pour tenir le coup pendant les derniers jours de 2017.

« C'est le temps des Fêtes et je n'ai pas encore eu un appel de ma famille », a-t-elle témoigné le 31 décembre devant une quarantaine de personnes réunies au sous-sol de l'église Sainte-Rose-de-Lima, à Gatineau.

Elle a pourtant plusieurs frères et soeurs. Mais aucun n'a été présent pour elle alors qu'elle traversait de terribles épreuves: prostitution pour payer sa consommation d'alcool et de drogue, retrait de ses enfants par la Direction de la protection de la jeunesse, peines d'amour, dépression, prison pour vols.

Rien n'était plus fort que la drogue et l'alcool.

Chantal, membre des AA à Gatineau

« Je suis émotive, parce que je n'avais jamais de visite de ma famille en prison. Encore aujourd'hui, c'est tout le temps moi qui rends visite. Je leur en veux, je n'arrive pas encore à pardonner », a-t-elle dit après avoir essuyé ses larmes avec un mouchoir.

Il s'agit maintenant du deuxième jour de l'An sans consommation pour Chantal. Et comme plusieurs, partager son histoire et se retrouver parmi des gens qui ont la même dépendance qu'elle lui fait énormément de bien. C'est même nécessaire.

Des affiches indiquent aux membres des Alcooliques Anonymes de Gatineau où se trouve la salle de réunion, à l'église Sainte-Rose-de-Lima.

Des affiches indiquent aux membres des Alcooliques Anonymes de Gatineau où se trouve la salle de réunion, à l'église Sainte-Rose-de-Lima.

Il y avait donc six partages d'une heure des AA de Gatineau dimanche. Certains participants restaient toute la journée avec leurs pairs, écoutant des témoignages, priant, buvant du café, grignotant à côté du sapin de Noël et se souhaitant une belle année.

« C'est d'une importance capitale, parce que le temps des Fêtes est l'une des périodes les plus difficiles étant donné que l'alcool fait partie de la fibre sociale dans laquelle on vit », a affirmé Jean-Marc.

Raymond et Jean-Marc étaient présents aux réunions des AA du 31 décembre 2017 à Gatineau.

Raymond et Jean-Marc étaient présents aux réunions des AA du 31 décembre 2017 à Gatineau.

Ce responsable de l'information publique pour le regroupement fait aussi remarquer que de nombreux alcooliques s'isolent, « ayant fait assez de dommages » dans leur entourage.

« Ça permet à une personne qui pourrait vivre seule, qui pourrait être vraiment isolée, d'avoir une place où venir à Noël et au jour de l'an pour être avec des gens qui la comprennent, qui connaissent aussi la maladie. Ça permet à certains de passer leur premier Noël sobre », a-t-il poursuivi.

Annette, elle, a passé cette année son troisième Noël sans alcool.

« Mon premier Noël, j'ai trouvé ça très difficile, j'étais en famille avec mes soeurs, mes enfants et mes petits-enfants. J'étais assise au bout du divan et j'avais hâte que ça finisse. Cette année, c'est la troisième année et je peux te dire que j'ai eu beaucoup de plaisir. J'ai mangé, j'ai chanté, j'ai dansé et j'étais revenue comme quand je buvais, c'est-à-dire que j'avais bien du fun », s'est rappelée cette résidente d'Ottawa qui se rend à au moins sept réunions des AA par semaine.

Les AA entament douze étapes pour sortir de l'alcoolisme.

Les AA entament douze étapes pour sortir de l'alcoolisme.

Pour les alcooliques, traverser les Fêtes sans boire est une victoire. Mais la lutte continuera en 2018.

« Ça fait 38 ans que je combats l'alcoolisme et c'est encore un jour à la fois », a conclu Raymond. « C'est la même demande tous les jours. »

Publié dans AA Québec

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"Je m'appelle (votre nom) et je suis alcoolique"

Publié le par kreizker

in "tonpetitlook", 13 décembre 2017

Pas besoin d'avoir atteint les bas-fonds de l'alcoolisme pour être membre des A.A. 

Je n’ai jamais été une grande buveuse. Il y a de cela à peine quelques mois, je ne buvais pas du tout. On dirait que, quelque part au fond de moi, je savais que si je commençais, je déraperais. Toutes mes relations avec des « ami.e.s » qui prenaient de l’alcool dérapaient, justement : j’avais avec eux mon lot de chicanes, de malaises, d’actions impulsives et indésirées, etc. Je me suis donc mise à détester l’alcool très jeune.

Je rêvais même souvent, dans ma jeunesse, qu’un alcoolique me lançait des assiettes… Vraiment, j’avais une dent contre l’alcool et la drogue par le fait même. Pourtant, à ma majorité, j’ai commencé à boire un peu. Juste dans les partys, une fois par mois maximum.

Cet été, j’ai fumé mon premier joint, mais comme l’alcool, je me limitais à un joint par mois maximum. C’était facile, au début de l’été, de contrôler ma consommation. Par contre, plus l’été avançait, plus je me cherchais des partys . J’accumulais les occasions de boire et de fumer, j’allais même sur Tinder me trouver une date pour ne pas boire seule au bar.

haque soir, je me rendais au point où ma vision devenait floue et mes gestes trop fluides. Parfois, j’avais des petits black-out. Je ne me souvenais plus comment j’étais arrivée dans mon lit.

Après chaque brosse au bar, je prenais un petit shooter de plus rendue chez moi. Je me fumais un joint et je prenais des médicaments pour dormir. En vingt minutes, j’étais knock-out
 et je le restais jusqu’à l’heure du souper.

J’ai réalisé que j’avais un problème quand je suis allée dans un souper de fête juste pour boire. Pendant que les invité.e.s niaisaient sur le lieu de débauche que nous allions franchir, je me disais « coudonc, on va-tu finir par boire! » Ça, ça a été mon déclic. Je n’avais pas le goût pantoute de me retrouver dans la cinquantaine à boire mes paies.

Je me suis donc rendue à ma première réunion des
 A.A., les épaules recourbées, gênée parmi des gens qui me présentaient à tous les autres. J’étais honteuse, je me disais que je n’étais pas une vraie alcoolique, que je n’étais vraiment pas à ma place.

Pourtant, j’avais rempli le questionnaire « Les A.A. sont-ils pour vous? », dans lequel nous devions avoir plus de quatre « oui » pour être considérés alcooliques. J’en avais huit sur douze…

Bernard, alcoolique, a dit qu’il était content d’être dans un groupe de gens qui avaient le même « mal de vivre ». Là, les larmes me sont montées aux yeux. J’étais à la bonne place. Je ne suis peut-être pas au bas-fond de l’alcoolisme, et c’est probablement mieux comme ça : mieux vaut prévenir que guérir. Et pour moi, prévenir c’est d’assister aux réunions des A.A. et d’écouter la douleur des autres, de la comprendre et de m’accepter tranquillement.

Vous seul pouvez décider que les A.A. sont pour vous et la seule condition est d’avoir le désir d’arrêter de boire.
Pour plus d'information sur les A.A., 
consultez leur page Internet.

Publié dans AA Québec

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