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NANCY : AVEC LES ALCOOLIQUES ANONYMES

Publié le par kreizker

in "L'Est Républicain" (France), 20 septembre 2015

« Ici, tu n’es pas jugé. Chacun puise dans l’expérience des autres pour s’en sortir »

« Ici, tu n’es pas jugé. Chacun puise dans l’expérience des autres pour s’en sortir »

Immersion au cœur d’une réunion des fameux « AA » à Nancy avec des buveurs et des abstinents. Entre vies fracassées et tempêtes dans les têtes, un souffle d’espoir.

 

La rue est plongée dans la nuit. À l’entrée du bâtiment, une discrète feuille A4 avec deux lettres écrites à la main : « AA ». Il suffit de pousser la porte. Un geste simple. Une étape qui leur a pourtant paru « insurmontable » et leur a pris parfois « dix ans ». Cette étape, c’est celle de leur reconnaissance d’une addiction à ce qu’ils appellent « le produit ». Car c’est « une drogue, un poison puissant et sournois ». Qui fait 6, 12, 18 ou 40°… C’est même « du vinaigre ».

Bienvenue à la réunion des Alcooliques Anonymes. Pas d’inscription, pas de cotisation. Qu’on boive ou qu’on ait arrêté, il suffit de venir avec la volonté de s’en sortir pour partager son expérience et ses angoisses. « Anonyme, ça veut pas dire qu’on se cache », me confie Marc (1) en m’accueillant. « Mais notre maladie, car c’en est une, est tellement mal vue en France… »

Le tour de table

Sur la table, il y a des bonbons, du café et un petit message : « Gardez pour vous ce que vous avez vu ou entendu ». Chacun amène ce qu’il veut. Un paquet d’ours en guimauve circule de main en main comme un peu de tendresse dans la violence de ces vies qu’on sent fracassées. Autour de la table, ils sont une quinzaine dont sept femmes. Des cabossés de l’existence, des écorchés. Des jeunes, des vieux, de toutes les conditions. Ils ont le look propret de monsieur et madame tout le monde. Alors oui, après un instant de silence « pour se déconnecter de la journée », on n’échappe pas au fameux tour de table, caricaturé dans les bouquins et les films. Il n’y a pas d’animateur. Juste Nicolas, « malade alcoolique » qui a accepté d’être le modérateur.

Il y a là une jeune Sarah. « Je vais bien », dit-elle. « Ça me fait du bien de parler ». Il y a Patrick, insomniaque, qui se « sent fragile et a peur. J’ai failli ne pas venir. J’ai plaisir à être là ». Maxime l’avoue : « J’ai eu des faiblesses la semaine dernière ». Ce soir, il est d’astreinte pour son boulot : « Je suis dans la merde ».

« L’alcool, nuit et jour »

Il raconte comment dans sa descente aux enfers, il en est venu à « connaître tous les lieux où l’on peut dénicher de l’alcool à Nancy, nuit et jour. Et tous les prix ». Tout à côté Alex, abstinent, va se faire arracher une dent mais son bain de bouche contient de « l’alcool ». Il a eu des craintes. « C’est tellement dégueulasse que j’ai recraché », dit-il soulagé.

Il y a André, traité pour un cancer, qui va aussi se faire opérer. « J’ai corrompu le médecin avec une bouteille de côte-rôtie. Alors j’ai confiance », rit-il.

Ils ont de l’humour. Se révèlent attachants, attendrissants parfois.

Et pourtant, leurs parcours, qui leur a fait « perdre la maîtrise de leur vie » font froid dans le dos. Quand ils parlent de leurs états d’âme, il y a des doigts qui se tordent, des ongles qu’on ronge, des regards dans le vide ou qui fixent la table. Des rires aussi qui font retomber la tension.

« J’étais immonde »

Patrick évoque, les larmes aux yeux, cette époque où il suait, tremblait, avait le crâne vrillé par les maux de tête. Engagé en politique et dans l’associatif, il enchaînait les pots, les réceptions. « Sauf qu’au bout de dix ans, le petit verre était un verre de pastis à ras bord ». Et là, « on te tourne le dos ».

« On est dans le déni », explique Annick. « Moi je me raccrochais à plein de trucs du genre : je ne bois pas d’alcool le matin. Donc je ne suis pas alcoolique. » Mais la bouteille qu’elle s’achetait pour le week-end « ne durait qu’une demi-heure. « J’essayais de l’éloigner en la planquant dans le garage. Quinze minutes après, j’allais la chercher ! »

« On va crever »

Ils ont dans leur propos une lucidité presque effrayante. Une analyse chirurgicale de leur situation. Introspection oblige. « J’ai rechuté en tombant amoureuse d’un alcoolique », explique Annick. « J’ai cru que j’allais le sauver. Je me suis accrochée à lui comme à une bouteille. Je suis devenue immonde. Je ne pouvais plus me regarder dans une glace. » Beaucoup se sont dit qu’ils allaient « crever ». Beaucoup se sont dits aussi après une première réunion des AA : « Je ne suis pas comme eux. C’est des pochtrons, pas moi ». Sauf qu’on « est tous différents et qu’on a le même problème ». La réunion s’achève. On se donne tous la main. Ils ont l’air mieux. Le néophyte que l’on est repart vraiment sonné !

(1) Tous les prénoms ont été changés.

NANCY : AVEC LES ALCOOLIQUES ANONYMES

Publié dans AA france

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Sambre: aux Alcooliques Anonymes, les vies se réparent au jour le jour

Publié le par kreizker

in "La Voix du Nord" (France), 14 septembre 2015

Chaque mercredi soir, le centre socioculturel de l’Épinette, à Maubeuge, accueille la réunion des Alcooliques anonymes. Entre abstinents de longue date et nouveaux venus souhaitant lutter contre leur dépendance, chacun semble trouver ici la force d’avancer au jour le jour dans ce combat sans fin.

Sambre: aux Alcooliques Anonymes, les vies se réparent au jour le jour

Ce jour-là, ils ne sont que quatre, réunis autour de la table du centre socioculturel du quartier de l’Épinette. Des abstinents de longue date, venus, comme chaque mercredi ou presque, « recharger les batteries » pour la semaine. Devant eux, des canettes de sodas, des bouteilles d’eau et les livres dans lesquels ils puisent les pensées du jour, point de départ de chaque réunion des Alcooliques anonymes (AA). Là, chacun est libre de s’exprimer ou non, de confier ses craintes, de partager son expérience.

Son histoire avec l’alcool, Michel (le prénom a été modifié), abstinent depuis 30 ans, a l’habitude de la raconter. La longue descente aux enfers et la reconstruction, grâce aux AA. « Je me suis enfoncé tout doucement dans l’alcool. » Des premiers verres partagés avec les copains, « pour combattre la timidité », Michel a rapidement franchi les étapes. « J’ai fini avec du vin en litre, le moins cher. Je le cachais chez moi pour que ma femme ne s’en rende pas compte. Le plus difficile c’est quand on recevait du monde à manger. J’avais installé un programmateur sur le compteur électrique avec deux fils qui se touchaient, pour faire sauter le courant en plein milieu du repas. Ça me donnait un prétexte pour descendre à la cave, remettre le courant et boire en cachette. » Trente ans plus tard, il s’amuse désormais de tous les subterfuges qu’il utilisait pour cacher son addiction. Beaucoup moins des ravages de la boisson sur sa vie. « À la fin, je ne savais même plus compter, ni conduire, je tremblais tout le temps. La dernière année avant d’arrêter, je n’ai travaillé que 37 jours. »

L’abstinence 24 h à la fois

Puis un jour, il se décide à pousser la porte des Alcooliques anonymes. « J’y suis allé pour que ma femme me fiche la paix, je n’avais pas envie d’arrêter de boire. » Cette soirée sera pourtant décisive. Il y fait la rencontre d’anciens alcooliques, dont l’histoire ressemble à la sienne, et y découvre un des principes clés des AA, l’abstinence 24 heures à la fois. « Dès le lendemain je me suis fixé comme objectif de passer une journée sans alcool. Je me suis dit que je boirai, mais demain. Et j’en suis toujours là. »

Depuis, Michel a reconstruit sa vie, petit à petit. « Au bout d’un moment, la famille a commencé à revenir chez nous. J’étais la bête noire et maintenant je suis devenu le vieux sage », glisse-t-il dans un sourire. « Ici on trouve des ressources insoupçonnées, ça dépasse largement les frontières de l’alcool. » Ultime revanche sur ses moments sombres, Michel a été sollicité il y a quelques années pour devenir élu de son village. Trente ans après sa première réunion, le retraité continue de venir, chaque mercredi, aux AA. Une nécessité pour ne pas relâcher la vigilance et apporter son aide à ceux qui, comme lui à l’époque, ont besoin d’aide.

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Les Alcooliques Anonymes de Denain ont fêté plusieurs anniversaires d’abstinence

Publié le par kreizker

in "La Voix du Nord" (France), 14 septembre 2015

Les Alcooliques Anonymes de Denain ont fêté plusieurs anniversaires d’abstinence

Les AA se retrouvent chaque jeudi pour parler de leur maladie ; des hommes et des femmes qui forcent l’admiration. AA pour Alcooliques Anonymes, qui peut également se traduire par Ami et Amie.

Ce jeudi, il s’agit du rendez-vous annuel destiné à fêter les anniversaires d’abstinence : ils sont cinq, pour deux, six, huit, quinze et vingt-deux bougies. C’est aussi l’anniversaire de la création des groupes AA (27 ans) et des aides aux familles et amis alcooliques Al-Anon (24 ans).

Le thème choisi pour cette soirée : Bâtir une vie nouvelle. Chaque membre va prendre la parole pour parler de son parcours et de sa maladie, en commençant toujours par : « Je suis alcoolique et abstinent depuis… ». Car personne n’est à l’abri d’une rechute et le fait d’échanger leurs expériences reste pour chacun des moments importants et indispensables, surtout lors de passages difficiles. Certains avouent que le premier pas est compliqué. Pour d’autres, bien qu’ils aient abandonné l’alcool depuis un an ou même deux, leur conjoint(e) doute encore d’eux, la confiance n’est pas facile à retrouver, ils en souffrent mais comprennent : « Nous avons tellement mentis auparavant « . Émouvant également, quand Alain* raconte qu’après onze ans de mariage, son épouse et lui se sont quittés. Il a décidé de rejoindre les AA, grâce à l’aide de l’association et de ses membres, il s’est soigné et depuis peu, le couple s’est retrouvé. On comprend mieux les efforts demandés pour renoncer à cette addiction quand c’est au tour de Perrine* de s’exprimer. Son abstinence est annoncée d’une durée de trois mois, elle toute fière reprend immédiatement : « Trois mois et quinze jours « . La parole est donnée ensuite aux conjoint(es) les Al-Anon : « C’est en comprenant que nous sommes impuissants(es) devant la maladie de l’autre et en changeant nos propres attitudes que nous pouvons participer à notre propre rétablissement que l’alcoolique boive encore ou non »… Jeanne* : « Quand mon mari est venu aux réunions Al-Anon sa vision des choses a changé, il a évolué positivement et il m’a soutenue. Quand les enfants venaient à la maison, ils ne disaient pas maman a changé, mais papa a changé ! ».

Tous ces hommes et ses femmes qui ont réussi à résoudre leur problème commun, aident désormais d’autres alcooliques à se rétablir. Le désir d’arrêter de boire est la seule condition pour devenir membre. Aucune cotisation, ni droit d’entrée n’est demandé.

* Prénoms modifiés.

Réunions des AA : le jeudi à partir de 19 h, salle des permanences (à gauche face à la mairie). Réunions des Al-Anon même endroit même heure dans une autre salle.

Contact AA : 24 h sur 24 au 09 69 39 40 20 ou pour Denain au 03 27 24 17 33.

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" Quand on a un gamin de 14 ans qui rentre ivre mort... "

Publié le par kreizker

in "La Nouvelle République" (France), 9 septembre 2015

Hiver comme été, les Alcooliques anonymes se réunissent à Romorantin. C’est dans le groupe qu’ils disent puiser la force de leur rétablissement. Reportage.

Mercredi, 20 h, pas un chat aux abords de la place de la Paix. Mais le Centre administratif, lui, commence à se réveiller. La réunion des Alcooliques Anonymes de Romorantin ne prend jamais de vacances. Ils sont quatorze – sur 25 au plus fort de l'année – à avoir pris place dans une salle du rez-de-chaussée.

Gobelets de café et bonbons circulent chaleureusement, de même que la bise d'usage, à chaque nouvelle arrivée. « Bonjour, je m'appelle Paul (*) et je n'ai pas consommé aujourd'hui ». Ce soir, c'est lui qui lira les douze étapes et traditions du groupe qu'il a rejoint voilà maintenant cinq ans. Tous, ont dressé la liste des personnes qu'ils ont pu léser ou faire souffrir au plus fort de leur alcoolisation. « Faire amende honorable » est la 8e des 12 étapes qu'ils se sont fixées pour objectif.
Lorsqu'il prend la parole, Martin n'y va pas par quatre chemins : « Moi, la 8eétape j'en suis bien loin, j'en suis encore à la première étape. Mais j'ai dû les léser pas mal mes parents parce que quand on a un gamin de 14 ans qui rentre ivre mort… » Les phrases sortent par vagues, comme autant d'urgences sur le chemin du rétablissement de Martin. Il raconte, « le cancer de maman », l'envie de « tout faire, ce qui est bon pour elle ». C'est décidé, il va aller la voir avec son fils : « ça lui fera plaisir ». Le dernier mot flotte encore dans la salle lorsque Nathalie se lève pour parler. C'est la première fois qu'elle prend la parole depuis qu'elle a passé la porte des Alcooliques Anonymes. Trois mois de silence et puis l'annonce de son cancer de l'utérus. « J'aurais pu replonger, mais ma tête m'a dit non, je suis fière de moi », explique-t-elle entre deux sanglots.

" Quand on a un gamin de 14 ans qui rentre ivre mort... "

" Je choisissais mes amis en fonction du litrage que j'allais en tirer "

Ce soir, Nathalie a « besoin de vider (son) sac », de raconter aussi les coups, les violences de son ancien compagnon, « le sang partout, pendant 9 ans ». Elle veut tout dire ce soir. Mathieu, lui aussi, en a gros sur le cœur :« Ici, c'est le seul endroit où je peux m'exprimer ». La voix s'étouffe dans les pleurs. Celle de Nicolas est plus sereine. Il veut regarder le verre à moitié plein : « J'ai une belle vie, j'ai accepté la maladie ». 
Il n'en a pas toujours été ainsi : « Mes amis, je les choisissais en fonction du litrage que j'allais en tirer ». Le jeune homme se souvient surtout de cette nuit où il n'a pu couper le cordon de son nouveau né, « trop bourré ».
En bout de table, Jacques a le regard de l'homme apaisé, réconcilié avec son passé. Même avec ses filles, finalement, le temps a fait son œuvre. « Je n'étais pas sûr de pouvoir renouer avec elles, ça paraissait insurmontable. Mais au final, ça a été assez simple ». Il y a quelques nuits,Jean-Pierre a fait un rêve. « Il y avait un vieux bidon tout rouillé et j'étais persuadé que je trouverais de l'alcool dedans », raconte-t-il, sur un ton qu'il veut léger. La réalité, c'est « que l'alcool est toujours présent ». Et l'abstinence, une victoire, que les Alcooliques Anonymes partagent chaque semaine sans exception.

Les Alcooliques anonymes se réunissent chaque mercredi, à partir de 20 h, au Centre administratif, place de la Paix, à Romorantin.

(*) Tous les prénoms ont été changés.

Publié dans AA france

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