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Alcooliques Anonymes : "Quand je dis non à l'alcool, je dis oui à la vie"

Publié le par kreizker

FRANCE 3, 7 novembre 2015

Alcooliques Anonymes : "Quand je dis non à l'alcool, je dis oui à la vie"
Alcooliques Anonymes : "Quand je dis non à l'alcool, je dis oui à la vie"
Alcooliques Anonymes : "Quand je dis non à l'alcool, je dis oui à la vie"


 

En 1960, la France découvre l'existence des Alcooliques anonymes. L'association est née aux États-Unis de la rencontre entre deux alcooliques, un chirurgien et un financier. Leur méthode pour arrêter de boire : partager leur expérience. France 3 s'est rendu dans un groupe parisien, l'un des 600 qui existe en France. "Aujourd'hui j'ai pas bu et c'est grâce à vous, merci", lance l'un des participants face à l'assistance. 

Trois millions de Français concernés

Remercier sans juger, une façon de libérer la parole. Et au fil des mots, franchir la première étape de la méthode : admettre son impuissance face à l'alcool. "J'avais programmé mon suicide parce que je ne voulais pas que mes enfants me connaissent comme ça, explique une participante. J'ai vu ma mère mourir dans l'alcool, je n'avais que 20 ans. On meurt mal dans l'alcool, on crève dans l'alcool." Tendre la main à son tour est une tradition dans l'association. Murielle, l'une des marraines du mouvement, : argent, travail et équilibre famiial. "J'ai tout retrouvé, explique-t-elle. Comme j'ai reçu tout ça à travers tout ce que j'ai appris avec les Alcooliques anonymes, j'ai envie de le rendre." " L'association regroupe 7 000 adhérents, mais en France, ce sont près de trois millions de personnes qui sont dépendantes à l'alcool.

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Dessin paru dans "Le Parisien", 7 novembre 2015

Dessin paru dans "Le Parisien", 7 novembre 2015

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RTL  7 Novembre 2015

Alcooliques Anonymes : "Quand je dis non à l'alcool, je dis oui à la vie", témoigne une ancienne dépendante

INVITÉE RTL - À l'occasion du congrès national des Alcooliques Anonymes ce samedi 7 novembre, Agnès, la vice-présidente de l'association, raconte comment elle est sortie de l'alcoolisme.

 

Entre 2 et 3 millions de Français sont considérés comme dépendants à l'alcool selon une estimation de l'INPES. C'est autant de personnes en danger. L'association des Alcooliques Anonymes aident ces personnes à sortir de cette dépendance depuis 55 ans. Pour célébrer cet anniversaire, les AA organisent ce samedi 7 novembre un congrès national à Paris sur le thème : "Y a-t-il un alcoolique dans la salle ?"

Après 20 ans d'alcoolisme, Agnès, vice-présidente de l'association, n'a pas bu une goutte d'alcool depuis le 12 mars 2003. Elle revient sur son parcours. À 56 ans, Agnès a essuyé de nombreux échecs avant de finalement passer la porte des Alcooliques Anonymes. "Je buvais dès le matin, tout ce qui me tombait sous la main. Plus rien ne m'intéressait et je n'intéressais plus personne", se souvient-elle.

"Savoir que l'on est pas seul dans cette situation et voir qu'il y en a d'autres, qui se disent alcooliques, et qui aujourd'hui ne boivent plus et vont bien, c'est formidable", explique Agnès en insistant sur l'entraide qui émane des réunions. Sa rencontre avec les AA a été un succès car aujourd'hui, l'ancienne dépendante assure qu'elle n'a plus aucune tentation, mais sait qu'elle n'est "pas à l'abri", même au bout de 13 ans. "Ce n'est jamais gagné", prévient-elle. "Quand je dis non à l'alcool, je dis oui à la vie", tranche-t-elle.

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Allez, un peu d'humour quand même...

Allez, un peu d'humour quand même...

Publié dans AA france

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FRANCE : Les Alcooliques Anonymes ont 55 ans

Publié le par kreizker

FRANCE : Les Alcooliques Anonymes ont 55 ans

in "France Info", 6 novembre 2015

Alcoolisme : "Seul un addict peut comprendre un autre addict"

Depuis 55 ans, les alcooliques anonymes accueillent des personnes qui souhaitent arrêter de boire. Un anniversaire qu'ils fêtent ce samedi à l'occasion d'un congrès qui se tient à Paris les 7 et 8 novembre 2015. D'anciens alcooliques témoignent de la difficulté d'arrêter et de ne pas rechuter.

L'alcool reste un véritable fléau en France. Il est à l'origine de 50.000 décès par an. On estime que près de 15 % de la population est dépendante de l'alcool. Des gens fragiles qui poussent parfois la porte des alcooliques anonymes.

Autour d'une table une quinzaine de personnes sont présentes. Toutes ont un point commun : elles ont décidé d'arrêter de boire. C’est le cas de Philippe, devenu dépendant à l'âge de 19 ans. Après 15 ans d'alcoolisme, il découvre les alcooliques anonymes. C'était il y a 26 ans. Depuis, il ne boit plus mais il ne se considère pas comme guérit.

 

"Seul un addict peut comprendre un autre addict"

"Je dis que je suis encore alcoolique, alors que cela fait 26 ans que je n’ai pas bu. Mon père était médecin et m’a vu avec trois ou quatre ans de pratique d’alcooliques anonymes. Il était très content et il m’a dit : je crois que bientôt nous pourrons boire une coupe de champagne pour fêter ta guérison. Il n’avait pas compris la réalité des choses. Seul un addict peut comprendre un autre addict."

 

Emmanuel le sait bien. Après 30 ans d'alcoolisme, il s'est dit qu'il ne pouvait plus gâcher sa vie. Il a poussé la porte de l'association

"J’avais tout perdu, je n’arrivais plus à m’en sortir seul et il fallait que je trouve une solution. Je sais ce qu’il faut faire pour ne pas consommer : être en lien avec des gens qui ne consomment pas, et savoir qu’elles sont les conséquences si je me remets à boire."

Tous le disent, c'est en soutenant les autres que l'on sort de l'alcoolisme, mais ils rajoutent aussitôt, on n'en guérit jamais. 

A l'occasion de leur 55e anniversaire, les alcooliques anonymes sont en congrès les 7 et 8 novembre 2015, à Paris.

 

in "Le Dauphiné" (France), 7 novembre 2015

Les « Alcooliques Anonymes » ont 55 ans

Des réunions pour parler de l’alcool et tenter de s’en libérer : c’est le principe des alcooliques anonymes, réunis ce week-end à Paris.

Les alcooliques anonymes (AA) s’affichent au Grand Rex ce week-end. À l’occasion de son 55e anniversaire en France, l’association organise un congrès dans cette salle de spectacle parisienne. Avec un double objectif : permettre aux membres de se retrouver, et « s’afficher heureux pour convaincre ceux qui sont dans l’enfer de l’alcool de nous rejoindre », explique Muriel, présidente du comité de préparation du congrès 2015.

La méthode a été créée il y a 80 ans aux États-Unis à l’initiative de deux amis qui ont pris conscience qu’il était plus facile d’affronter le démon de l’alcool à plusieurs.

« L’enfer » traversé

« Souvent en tant qu’alcoolique, vous êtes seul. Même si votre entourage veut vous aider, il ne partage pas ce que vous vivez. Pousser la porte d’une réunion, c’est rencontrer des gens qui ont vécu le même enfer que vous et qui s’en sortent », raconte Muriel, 27 ans d’abstinence en se souvenant de sa première fois, « Vous voyez des gens qui ont picolé, qui ont souffert comme vous et qui aujourd’hui ont le sourire. On commence par promettre de tenir pour ne pas reprendre un verre jusqu’au lendemain. Vous vous accrochez à eux et vous vous mettez à espérer. »

À présent, Muriel fait partie des visages qui accueillent les nouveaux. « Les réunions nous rappellent d’où on vient, l’enfer qu’on a traversé. » Et permettent de repousser le spectre de la rechute. Car, explique Muriel, l’alcool est une « maladie mentale, obsessionnelle ». Un seul verre la ferait replonger dans la spirale infernale. En France, environ 600 réunions se tiennent chaque semaine – réunissant entre 10 et 40 personnes. Et, en 55 ans, la méthode des Alcooliques anonymes a dépassé le cadre des salles privées pour trouver droit de cité à l’hôpital. « Les professionnels de santé, méfiants au départ, ont pris conscience de l’efficacité du principe », se réjouit Muriel.

 

7 - 8 NOVEMBRE 2015, Paris

55° ANNIVERSAIRE AA FRANCE

 
FRANCE : Les Alcooliques Anonymes ont 55 ans

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"Alcooliques Anonymes, les clés d’un succès"

Publié le par kreizker

in "La Croix" (France), 5 novembre 2015

 

Une réunion des Alcooliques anonymes à Auch (Gers), en 2009. Pour certains malades de l’alcool, le soutien de leurs pairs et la valeur d’exemplarité d’anciens buveurs qui s’en sont sortis sont très importants, voire décisifs.

Une réunion des Alcooliques anonymes à Auch (Gers), en 2009. Pour certains malades de l’alcool, le soutien de leurs pairs et la valeur d’exemplarité d’anciens buveurs qui s’en sont sortis sont très importants, voire décisifs.

 

Venu des États-Unis, le mouvement des AA (Alcooliques anonymes) célèbre ce week-end à Paris ses 55 ans d’existence en France.

 

Après une phase de méfiance, les médecins reconnaissent aujourd’hui pleinement l’utilité de ces mouvements d’anciens buveurs et le rôle crucial de l’entraide entre pairs face à l’alcoolo-dépendance.

 

Annie a arrêté de boire il y a vingt-deux ans. Et cela fait bien longtemps que l’alcool a cessé d’être un tourment quotidien. Mais malgré tout, même tant d’années après, cette femme de 67 ans ne veut toujours pas qu’on donne son vrai prénom. Ni rien qui puisse permettre de l’identifier. « C’est très dur pour une femme d’assumer le fait d’avoir été une alcoolique », raconte cette ancienne cadre supérieure.

Son histoire ? Rien que du classique. Les premiers verres de vin et de whisky qu’on prend pour évacuer le stress au travail ou faire la fête. Puis ceux, plus solitaires, le soir, une fois les enfants couchés. Les bouteilles de porto ouvertes pour essayer de se sentir bien et systématiquement vidées pour « essayer de ne plus aller mal ». Et puis, un jour, le déclic. « Le moment où vous comprenez que l’alcool est devenu l’unique centre de votre vie », raconte Annie qui se souvient avec précision de sa première réunion aux alcooliques anonymes, les AA.

C’était le 21 janvier 1993. « La première fois, je n’ai rien pu dire, se souvient Annie. J’ai juste écouté. La deuxième fois, je me suis levée. J’ai donné mon prénom et dit qu’il était impossible pour moi de dire que j’étais alcoolique. J’ai parlé de ma honte terrible et j’ai fondu en larmes. » C’est après cette deuxième réunion qu’Annie a réussi à poser la bouteille. Pour de bon. « Aujourd’hui encore, c’est difficile de comprendre pourquoi cela a marché aussi vite. Peut-être parce que, pour la première fois, je pouvais dire des choses à des gens qui me comprenaient et qui ne me jugeaient pas. »

 

116 000 GROUPES, 2 MILLIONS « D’AA »

 

Les 7 et 8 novembre, les Alcooliques anonymes fêtent leurs 55 ans d’existence en organisant un congrès à Paris. L’occasion d’évoquer la bonne santé de ce mouvement né aux États-Unis en 1935 avant d’arriver en 1960 en France. Et qui aujourd’hui rassemble plus de 2 millions de personnes dans le monde réparties dans 116 000 groupes, et fait pleinement partie de l’univers de la prise en charge des personnes alcoolo-dépendantes.

Au départ, pourtant, les choses n’ont pas été simples avec les médecins qui se méfiaient de cette association venue d’outre-Atlantique avec ses règles très codifiées, comme ce programme des « douze étapes » à suivre pour connaître une abstinence « durable et épanouissante ». « Il y avait aussi une dimension spirituelle très forte assez inédite en France dans le monde de l’alcoolo-dépendance », souligne le docteur Alain Rigaud, président de l’Association nationale de prévention en alcoologie (Anpaa).« Une méconnaissance et une ignorance mutuelles », ajoute le professeur Michel Reynaud, addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif et président du fonds Action addictions. Mais au fil des ans, les médecins ont appris à mieux mesurer l’utilité de ces mouvements d’anciens buveurs et n’hésitent plus aujourd’hui à y envoyer leurs patients. « Pour certains, ce soutien par les pairs est très important », dit Michel Reynaud.

« De notre côté, nous avons toujours eu de bonnes relations avec les médecins car nos actions sont complémentaires », explique Jean-Pierre, porte-parole des AA en France, abstinent depuis dix ans. « Au départ, pour sortir de l’enfer que constituait ma vie avec l’alcool, je me suis tourné vers la médecine. J’ai pris des médicaments, j’ai fait trois cures de sevrage. Cela a été précieux mais je n’aurais jamais arrêté définitivement sans les AA,raconte ce journaliste âgé de 56 ans. Car après une cure, c’est assez facile de ne plus boire. Pendant quinze jours ou un mois, vous tenez relativement bien. Mais au bout d’un moment, la médecine ne peut plus rien pour vous. Et je sais que sans le soutien des AA, je n’aurais jamais tenu dans le temps. »

 

« LA VALEUR DE L’EXEMPLARITÉ EST CRUCIALE »

 

Médecins et anciens buveurs le disent  : il n’existe pas de recette infaillible pour oublier définitivement la bouteille. Pas d’explication unique non plus pour expliquer le succès des AA dans certaines abstinences parfois spectaculaires et durables. « La valeur de l’exemplarité est cruciale. Le fait d’avoir sous les yeux d’autres personnes qui sont passées par là et ont réussi à s’en sortir », explique Marie-Ange Testelin, infirmière et présidente de l’association Ecrat-Graa, qui soutient des groupes de pairs en addictologie. « Qui mieux qu’un ancien buveur peut provoquer ce déclic, souvent si important ? », ajoute le professeur Mickaël Naassila, directeur d’un groupe Inserm sur l’alcool et la pharmaco-dépendance à l’Université de Picardie.

Pour expliquer le succès des AA, Jean-Pierre se remémore, comme Annie, le premier jour où il est arrivé dans une réunion. « Aussitôt, j’ai compris que c’était le seul endroit où j’avais envie de poser mes valises. Tout autour de moi, il y avait des gens qui avaient morflé et qui racontaient des histoires qui étaient exactement mon histoire. Et aujourd’hui, même après dix ans d’abstinence, je continue à aller une fois par semaine aux AA. Parce que je sais d’où je viens et que je sais où je ne veux plus jamais retourner. »

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Les AA en France

Les groupes en France : en 1965, cinq ans après la création du mouvement, il n’existait que deux groupes stables à Paris et deux dans le nord de la France. Aujourd’hui, on recense 600 groupes et près de 6 000 membres dans tout le pays. La moyenne d’âge des membres est de 53 ans et le mouvement regroupe 60 % d’hommes pour 40 % de femmes.

Les réunions et la permanence téléphonique : une des clés de la méthode AA est l’assiduité aux réunions. « Un gage de réussite », insiste l’association, même si rien n’est imposé aux membres. La moitié des AA (54 %) assistent au moins une fois par semaine à une réunion, 35 % deux fois ou plus. L’association anime aussi une permanence téléphonique joignable 24 heures 24 (au 09.69.39.40.20).

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NANCY : AVEC LES ALCOOLIQUES ANONYMES

Publié le par kreizker

in "L'Est Républicain" (France), 20 septembre 2015

« Ici, tu n’es pas jugé. Chacun puise dans l’expérience des autres pour s’en sortir »

« Ici, tu n’es pas jugé. Chacun puise dans l’expérience des autres pour s’en sortir »

Immersion au cœur d’une réunion des fameux « AA » à Nancy avec des buveurs et des abstinents. Entre vies fracassées et tempêtes dans les têtes, un souffle d’espoir.

 

La rue est plongée dans la nuit. À l’entrée du bâtiment, une discrète feuille A4 avec deux lettres écrites à la main : « AA ». Il suffit de pousser la porte. Un geste simple. Une étape qui leur a pourtant paru « insurmontable » et leur a pris parfois « dix ans ». Cette étape, c’est celle de leur reconnaissance d’une addiction à ce qu’ils appellent « le produit ». Car c’est « une drogue, un poison puissant et sournois ». Qui fait 6, 12, 18 ou 40°… C’est même « du vinaigre ».

Bienvenue à la réunion des Alcooliques Anonymes. Pas d’inscription, pas de cotisation. Qu’on boive ou qu’on ait arrêté, il suffit de venir avec la volonté de s’en sortir pour partager son expérience et ses angoisses. « Anonyme, ça veut pas dire qu’on se cache », me confie Marc (1) en m’accueillant. « Mais notre maladie, car c’en est une, est tellement mal vue en France… »

Le tour de table

Sur la table, il y a des bonbons, du café et un petit message : « Gardez pour vous ce que vous avez vu ou entendu ». Chacun amène ce qu’il veut. Un paquet d’ours en guimauve circule de main en main comme un peu de tendresse dans la violence de ces vies qu’on sent fracassées. Autour de la table, ils sont une quinzaine dont sept femmes. Des cabossés de l’existence, des écorchés. Des jeunes, des vieux, de toutes les conditions. Ils ont le look propret de monsieur et madame tout le monde. Alors oui, après un instant de silence « pour se déconnecter de la journée », on n’échappe pas au fameux tour de table, caricaturé dans les bouquins et les films. Il n’y a pas d’animateur. Juste Nicolas, « malade alcoolique » qui a accepté d’être le modérateur.

Il y a là une jeune Sarah. « Je vais bien », dit-elle. « Ça me fait du bien de parler ». Il y a Patrick, insomniaque, qui se « sent fragile et a peur. J’ai failli ne pas venir. J’ai plaisir à être là ». Maxime l’avoue : « J’ai eu des faiblesses la semaine dernière ». Ce soir, il est d’astreinte pour son boulot : « Je suis dans la merde ».

« L’alcool, nuit et jour »

Il raconte comment dans sa descente aux enfers, il en est venu à « connaître tous les lieux où l’on peut dénicher de l’alcool à Nancy, nuit et jour. Et tous les prix ». Tout à côté Alex, abstinent, va se faire arracher une dent mais son bain de bouche contient de « l’alcool ». Il a eu des craintes. « C’est tellement dégueulasse que j’ai recraché », dit-il soulagé.

Il y a André, traité pour un cancer, qui va aussi se faire opérer. « J’ai corrompu le médecin avec une bouteille de côte-rôtie. Alors j’ai confiance », rit-il.

Ils ont de l’humour. Se révèlent attachants, attendrissants parfois.

Et pourtant, leurs parcours, qui leur a fait « perdre la maîtrise de leur vie » font froid dans le dos. Quand ils parlent de leurs états d’âme, il y a des doigts qui se tordent, des ongles qu’on ronge, des regards dans le vide ou qui fixent la table. Des rires aussi qui font retomber la tension.

« J’étais immonde »

Patrick évoque, les larmes aux yeux, cette époque où il suait, tremblait, avait le crâne vrillé par les maux de tête. Engagé en politique et dans l’associatif, il enchaînait les pots, les réceptions. « Sauf qu’au bout de dix ans, le petit verre était un verre de pastis à ras bord ». Et là, « on te tourne le dos ».

« On est dans le déni », explique Annick. « Moi je me raccrochais à plein de trucs du genre : je ne bois pas d’alcool le matin. Donc je ne suis pas alcoolique. » Mais la bouteille qu’elle s’achetait pour le week-end « ne durait qu’une demi-heure. « J’essayais de l’éloigner en la planquant dans le garage. Quinze minutes après, j’allais la chercher ! »

« On va crever »

Ils ont dans leur propos une lucidité presque effrayante. Une analyse chirurgicale de leur situation. Introspection oblige. « J’ai rechuté en tombant amoureuse d’un alcoolique », explique Annick. « J’ai cru que j’allais le sauver. Je me suis accrochée à lui comme à une bouteille. Je suis devenue immonde. Je ne pouvais plus me regarder dans une glace. » Beaucoup se sont dit qu’ils allaient « crever ». Beaucoup se sont dits aussi après une première réunion des AA : « Je ne suis pas comme eux. C’est des pochtrons, pas moi ». Sauf qu’on « est tous différents et qu’on a le même problème ». La réunion s’achève. On se donne tous la main. Ils ont l’air mieux. Le néophyte que l’on est repart vraiment sonné !

(1) Tous les prénoms ont été changés.

NANCY : AVEC LES ALCOOLIQUES ANONYMES

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