FRANCE, saintes (17)
Ce blog, fondé en janvier 2008, n'engage aucunement le Mouvement des Alcooliques Anonymes ni Al-Anon Alateen. Son unique objectif est d'informer sur AA et Al-Anon Alateen.
in "Les Nouvelles Calédoniennes" (Polynésie française), 3 octobre 2014
POLYNÉSIE. LA QUESTION DES ADDICTIONS AU FENUA
Malgré un nombre décroissant d’accidents sur les routes, le nombre de tests d’alcoolémie positifs a explosé le mois dernier. L’association des Alcooliques anonymes (AA) créée en 1935 aux États-Unis et en 1985 à Tahiti organise des réunions tous les jours.
«Bonjour, je m’appelle David et aujourd’hui, je n’ai pas bu d’alcool. » En a-t-il bu la veille ? Non… David est sobre depuis dix ans. Pourtant, David se considère toujours comme alcoolique. « J’ai une maladie, progressive mais fatale. Aujourd’hui, je sais que je suis sobre, mais demain, je ne sais pas. » Les autres personnes présentes à une réunion des alcooliques anonymes (AA), lundi soir, à Punaauia, partagent cette philosophie du « au jour le jour ». Elles sont sobres depuis longtemps. Mais l’alcool les a dominées et elles savent que leur combat face à lui est perdu d’avance. « Moi, sur un ring contre la bouteille, je ne me bats pas. Je sais que je suis vaincue, alors je ne monte pas », explique Virginie, qui a arrêté de boire il y a cinq ans. Un an après avoir cessé, son mari la quitte pour une autre. Un bon prétexte pour recommencer. Pourtant, ce jour-là, elle appelle un membre des AA. « Le fait de discuter m’a permis de ne pas replonger. J’ai pleuré, j’ai eu mal et finalement, j’ai aimé ça. Ces sentiments m’ont permis de me rendre compte que j’étais vivante. »
Parcours. L’alcool touche tout le monde. Riche ou pauvre, Tahitien, demi, Chinois ou popa’a, l’alcool est sans limite. Le parcours de ces hommes et de ces femmes présents aux AA est différent. Rien ne les prédestinait plus que d’autres à devenir alcooliques. « Un ministre peut très bien se retrouver assis à côté d’un SDF. Ici, on est tous semblables, anonymes. On est alcooliques. » David a commencé à boire à l’âge de 16 ans. Au début, il explique avoir eu l’alcool festif, puis mondain, puis triste, et enfin agressif. Son parcours l’a conduit plusieurs fois à l’hôpital, il a même été interné. Un jour, David a trop bu, comme souvent. Il prend le volant et a un accident. À son réveil, il apprend qu’il a tué son passager. Il ira en prison pour ça. A la suite de ce drame, un jour, un médecin lui tend une carte de visite avec le numéro des alcooliques anonymes. « J’y suis allé sans vraiment savoir pourquoi. Et puis je me suis rendu compte que les gens étaient tous comme moi. Ils ont mis des mots sur un mal qui me rongeait alors que les médecins ne le faisaient pas. J’ai compris que j’avais une maladie. »
Cimetière. David reconnaît qu’il est venu deux ou trois fois à des réunions, avant de disparaître à nouveau. Pendant trois mois, David revient vers l’alcool. Il va de bar en bar. Il termine parfois sous les ponts. Chaque lendemain d’ivresse, il a oublié la veille. Au bout de trois mois, il revient chez les AA. Tout le monde le salue, lui demande comment ça va. « Personne ne m’a jugé, ni regardé de travers, ni demandé ce que j’avais fait, ils le savaient de toute façon. Ça a été le déclic. Depuis ce jour-là, je n’ai pas reconsommé. » David aime toujours l’alcool, la sensation d’ivresse que ça procure mais il sait qu’aujourd’hui, il n’a plus que trois solutions s’il s’y remet. « La première, c’est la taule, j’ai déjà fait. La seconde, c’est l’hosto, c’est déjà fait. La troisième, c’est le cimetière… Pour l’éviter, ma solution, c’est l’abstinence. » Si le message des AA est simple, comment apprendre à vivre une vie heureuse sans alcool, leur philosophie est également sans appel, l’anonymat doit être absolu. Les membres, malgré les années, viennent et reviennent aux réunions. Pourtant, même ceux qui se côtoient depuis plus de dix ans ne connaissent que le prénom de leurs compagnons.
in "Sud Ouest" (France), 8 SEPTEMBRE 2014
in "Sud Ouest" (France), 9 septembre 2014
«Même au bout de vingt-deux ans d'abstinence, on ne gère pas. » Christian est d'une grande lucidité sur sa relation avec l'alcool, tout comme les quelques « amis » alcooliques anonymes qui se retrouvent avec lui tous les mercredis soir pour leur réunion hebdomadaire à l'ancien tribunal de Blaye.
Car on ne guérit jamais vraiment de l'alcoolisme, on s'abstient. « Vingt-quatre heures pour commencer, ou douze si c'est trop dur. De vingt-quatre heures en vingt-quatre heures cela devient des semaines, puis des mois et des années. Ce n'est pas facile au début, on se sent privé de quelque chose, mais qu'est-ce que c'est beau l'abstinence », témoigne Christian. D'ailleurs, ici, en fin de réunion, on ne se dit pas « bonne semaine » avant de se quitter, mais « bonnes vingt-quatre heures ». Sans boire. Même après des années d'abstinence.
On ne parle pas non plus de rechute, mais de « réalcoolisation volontaire ». Non pas pour culpabiliser mais pour ne pas se voiler la face et rester lucide avec des mots forts. Mais aussi pour laisser ouverte la porte des Alcooliques anonymes. « La seule condition pour venir ici est le désir d'arrêter de boire, on ne demande rien d'autre », explique Christian.
Sylvain, 50 ans et abstinent depuis trois ans, se souvient « du poids de la porte la première fois que je l'ai poussée ». Il confie qu'il ne savait pas boire avec modération, qu'il était agressif avec ses proches et souffrait de dépression. Sylvain suit parfois plusieurs groupes par semaine. Il se rend à Ambarès, Libourne ou Bordeaux, selon ses envies, son besoin.

Le groupe des Alcooliques anonymes de Blaye se réunit tous les mercredis soir dans une salle de l’ancien tribunal.
« Si l'on arrête de venir aux réunions, on oublie que l'on est malade alcoolique. Et si on reprend un verre, on relance la chaudière et c'est pire qu'avant. » Jean-Jacques vient chercher aux réunions du groupe de Blaye son « petit médicament », comme il dit. Abstinent depuis quinze ans, il raconte sans fard sa descente aux enfers avant de retrouver la lumière auprès des Alcooliques anonymes. « J'ai tout perdu dans l'alcool. Ma femme, mon permis, etc. » Quelques années après avoir arrêté de boire, sa nouvelle compagne lui demande de choisir entre elle et les Alcooliques anonymes. Il la quitte sans hésiter. Jean-Jacques est depuis remarié. « Je me suis reconstruit, je suis heureux maintenant. Sans les Alcooliques anonymes, je ne serais plus là. Je sais aussi que je ne serai jamais guéri. Si je prends le premier verre, les autres suivront. »
Dans la salle flotte une douce odeur de café. Ici, on s'appelle par son prénom et on se tutoie, « pas de barrières inutiles ». « On dit des choses au groupe que l'on ne dit pas à la maison », explique Christian.
Quand un nouveau franchit la porte, le groupe lui fait comprendre qu'il est la personne la plus importante pour eux. « C'est un peu un travail de psychologue mais sans médecin, poursuit Christian. Il n'y a qu'un alcoolique qui peut comprendre un alcoolique. »
Certains ne reviennent pas après la première réunion, mais ils savent que le groupe existe et franchiront de nouveau la porte peut-être un jour. Car si le groupe est là pour se soutenir mutuellement, se téléphoner à tout moment en cas de coup dur, le chemin de l'abstinence est avant tout un travail personnel.Un travail où chaque heure sans porter un verre d'alcool à ses lèvres est une grande victoire.
« C'est une joie de pouvoir aujourd'hui faire une fête ou un repas de famille et d'être debout jusqu'à la fin, sans peur de prendre la voiture », témoigne Jean-Jacques, qui a l'abstinence heureuse, tout comme ses cinq amis. « Je suis libre depuis que j'ai arrêté de boire », conclut Christian.
De nombreux soutiens
Le Groupe de Blaye des Alcooliques anonymes organise une réunion publique ce mercredi 10 septembre à l’occasion de ses dix-huit ans de présence en Haute Gironde. La réunion qui aura pour thème « tous là pour vous aidez » se tiendra dans la salle n°3 de l’ancien tribunal de Blaye à 19 heures. Elle s’adresse à toutes les personnes concernées par un problème d’alcool. Les services sociaux, un docteur généraliste, un cadre du centre hospitalier de Blaye, des médecins alcoologues, un représentant du Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie de Jonzac ou encore les pompiers seront présents à cette réunion. Contacts : 05 56 24 79 11 ou 08 20 32 68 83.
in "Haute Gironde" (France), 12 septembre 2014
