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Covid-19 : La perte du lien social favorise les addictions
France Info Grand Est, 3 Février 2021
Extrait :
Anxiété, stress, dépression : la santé mentale des français a été impactée par la crise du Covid-19. Autre phénomène à surveiller de près, les addictions. A la drogue, à l'alcool, au tabac ou aux jeux. Le quotidien chamboulé a eu des effets notables, et parfois inattendus sur les comportements.
C'est la faute du COVID. Cette phrase, André l'a souvent entendue ces dernières semaines. Nous l'appellerons André, il est correspondant pour la régulation Alsace des Alcooliques Anonymes, lui-même est abstinent depuis sept ans. Mais il sait de quoi il parle. "Un alcoolique trouvera toujours de bonnes raisons de boire" dit-il. Alors, la détresse sociale et économique qui est en train de s'installer dans le sillage de la crise sanitaire est un parfait alibi. "Toutes les raisons sont là pour se noyer dans la bouteille" ajoute-t-il.
Alcool et solitude
En Alsace aujourd'hui, les Alcooliques Anonymes sont une cinquantaine, répartis sur onze groupes du nord au sud du territoire. Il y a quelques nouveaux venus, et surtout des proches qui s'inquiètent de l'état d'un parent, et qui ne savent pas vers qui se tourner.
Les réunions en présentiel ne sont plus possibles, mais la ligne d'écoute téléphonique fonctionne 24h/24, sept jours par semaine. Parallèlement, les réunions en visio ont explosé : sept ou huit par jour, qui attirent des personnes de toute la France, et même de Belgique, de Suisse, du Canada. Pourquoi? Parce que la prise de parole est primordiale explique André. "L'alcoolique a honte, car son mal n'est pas toujours considéré comme une maladie, mais plutôt comme un vice ou une faiblesse." Alors, dans cette période d'isolement contraint, chaque opportunité de partage et de dialogue est vécu comme une bouffée d'air.
Reste tous ceux qui ne savent pas, ne peuvent pas, ou ne veulent pas utiliser l'outil numérique : ceux-là restent dans l'angle mort.
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"Alcooliques Anonymes dans le sud de la Manche"
in "La Gazette de la Manche" (France), 26 Janvier 2021
La pandémie a mis un coup d'arrêt aux réunions d'Alcooliques Anonymes. Deux de ses membres fondateurs, dans le sud de la Manche, expliquent pourquoi se réunir est si important.
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Comme des Anglais figurent parmi les membres, Maryse et John ont développé quelques outils, en anglais, avec des phrases qui agissent telles des mantras : « un jour après l’autre », ou encore « simplicité ».
L’antenne des Alcooliques Anonymes du Sud de la Manche se situe à Mortain existe depuis 2014. Pourtant la campagne, n’est plus préservée du « fléau de l’alcool » qu’ailleurs. « Depuis qu’on presse le raisin, l’alcoolisme est connu », résume Maryse*.
De tout le sud de la Manche
Elle fait partie des membres fondateurs de l’antenne et si elle-même a été en prise avec l’alcool pendant de longues années, elle continue de venir aux réunions, à la fois pour s’aider et pour aider les autres.
Là viennent des personnes de Sourdeval, Saint-Pois… de manière plus ou moins régulière, selon le besoin.
Mais depuis la crise sanitaire, « ces rassemblements sont de plus en plus rares et pourtant tellement nécessaires » comme le soulignent Maryse* et John*, qui font tout deux figures d’anciens, après avoir respectivement arrêté de boire il y a 17 ans et 37 ans.
« On n’est pas rétablis »
Eux deux ne savent que trop bien comme la boisson peut devenir obsessionnelle. Ceux qui s’interdisent la moindre goutte ont besoin de se rassembler, d’échanger, d’être en contact pour aider d’autres alcooliques en cours d’arrêt.
« On ne se considère pas comme rétablis. Ce n'est pas parce qu'on a cessé de boire qu'on n'est plus alcooliques. Nous sommes toujours vulnérables, car c'est une maladie mentale avant d'être physique. L'alcool reste une obsession si on ne se soigne pas. »
Dans cette structure, il n’y a aucun rapport aidant et aidé, pas de hiérarchie. « Chaque personne, même le nouveau venu est susceptible d’apporter quelque chose. »
Des conditions difficiles
Pour les deux « anciens » qui ont entrepris le chemin du rétablissement il y a longtemps, l’épreuve demeure toutefois moins dure que pour les nouveaux arrivants.
« On sait que la période d'isolement liée à la crise sanitaire a engendré des rechutes et entraîne de la culpabilité. On a hâte de nous rassembler à nouveau pour nous soutenir. »
La municipalité de Mortain qui laisse une salle à disposition a autorisé les regroupements à certaines conditions : « Maximum quatre personnes, port du masque tout le temps, tout désinfecter », énumère Maryse.
Autant de conditions qui peuvent freiner alors que le premier pas pour franchir le seuil de la porte est « extrêmement ardu à faire ». D’autant plus que les groupes peuvent rassembler jusqu’à quinze personnes, en temps normal.
Appels téléphoniques
Alors autant que faire se peut, les membres restent en contact par appels téléphoniques et par internet. Et surtout les deux membres insistent sur la bienveillance qui s’exerce dans le groupe.
« Chacun est bienvenu, d'aller et venir sans se sentir obligé d'être régulier, dans le suivi. Nous avons l'habitude de dire, un jour à la fois. On ne se juge pas. Puis il faut que la décision d'arrêter vienne de la personne. L'alcool est parfois une béquille pour certains, dans un processus d'autodestruction. Ce qui peut alors manquer à ces personnes, c'est assez d'amour pour eux-mêmes et s'autoriser à aller mieux. »
La période de la crise sanitaire a vu apparaître les confinements et les apéros visios, avec eux. « On a toujours une bonne raison de boire, on arrose des retrouvailles, de bonnes nouvelles, y compris les malheurs. Durant le confinement, on a assisté à une montée en puissance de la beuverie », poursuit Maryse.
Les prénoms ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des Alcooliques Anonymes.
"Les Alcooliques Anonymes de Brioude racontent leur crise sanitaire"
in "La Montagne" (France), 21 Janvier 2021
Confinement, couvre-feu, reconfinement et de nouveau un couvre-feu. Comment les périodes d’isolement liées aux restrictions sanitaires ont été vécues par les membres des Alcooliques Anonymes de Brioude ? « Cela a été très compliqué », confie Mélanie (*). Abstinente depuis deux ans et demi, la jeune femme a perdu son emploi avant le premier confinement. « L’isolement vous rend plus fragile. Cela vous déboussole, les pensées sombres s’amplifient », explique-t-elle.
Les réunions hebdomadaires qui se tenaient habituellement en présentiel ont été remplacées par des échanges à distance. « Cela a quand même permis de discuter, d’exprimer ce que l’on ressent et de poser des mots sur les problèmes. L’alcoolisme est souvent lié aux émotions », ajoute-t-elle. Pour Gisèle (*), 60 ans, « même si on ne pouvait plus boire un café ensemble », les contacts à distance ont été précieux.
« S’il n’y avait pas eu ces réunions, je ne sais pas si j’aurais pu tenir... Parler de notre maladie, écouter les autres, c’est indispensable pour nous. »
GISÈLE (Membre des Alcooliques anonymes)
Paradoxalement, la situation sanitaire a rapproché les membres entre eux, raconte Mélanie : « On s’appelait plus souvent pour prendre des nouvelles de chacun. Cela a resserré les liens. » Sortis du premier confinement, les groupes de parole en présentiel ont pu reprendre à Brioude. « Nous avons changé de local pour finalement nous retrouver à l’ancienne école Jean-Pradier », rapporte-t-elle. Mais la joie des retrouvailles a vite laissé place au couvre-feu du mois d’octobre. « Nos réunions étaient avancées pour pouvoir respecter les limitations de déplacement à 21 heures », poursuit-elle.
Les périodes d’isolement ont été très mal vécues notamment par les jeunes abstinents, « qui sont plus fragiles que les autres ». Certains ont pu trouver refuge dans d’autres activités. « J’ai beaucoup lu. Des livres écrits par les alcooliques eux-mêmes. Ça m’a fait du bien », glisse Gisèle.
« Le stress et le confinement ont pu augmenter les consommations d’alcool, ou les diminuer du fait de la limitation des interactions sociales. »
ALICE VILLEPOUX (psychologue au Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie de Brioude)
Par ailleurs, la fermeture des débits de boisson n’a pas impacté la consommation d’alcool. « Il y a vraiment tout type d’alcoolisme. Ceux qui ne peuvent plus boire au bar achètent de l’alcool dans une épicerie pour consommer chez eux », indique un membre des Alcooliques Anonymes.
Le second confinement n’a pas arrangé les choses. Mais c’est surtout le durcissement des règles de déplacement de janvier qui a été difficile pour les Alcooliques Anonymes. « Ce couvre-feu est presque plus dur qu’un confinement. La limite des 20 heures et maintenant de 18 heures change beaucoup de choses. » En effet, les réunions physiques du fait de l’horaire avancé ne peuvent plus se tenir. De plus, l’éloignement, l’absence de contact, a freiné les nouveaux membres. « Les personnes qui voulaient nous rejoindre ont eu un peu plus de mal, car il fallait aller sur Internet plutôt que de pousser la porte. » Et les réunions à distance ont donc repris, « c’est compliqué, mais c’est toujours mieux que rien ».
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