Alcooliques Anonymes CHARTRES
in "L'Echo Républicain" (France), 2 février 2014
Trente-trois ans, ce n'est pas seulement l'âge de la mort du Christ. C'est aussi, pour Jean* (son prénom a été changé), la période où il a commencé sa vraie « vie d'adulte ». Le 27 août 1997, il y a eu ce déclic. « J'ai vidé mes bouteilles d'alcool dans l'évier. J'en avais marre d'en avoir marre et j'ai enfin accepté de m'occuper de mon premier problème », raconte ce quinquagénaire, autour d'une tasse de thé.
« Plus j'étais mal, plus je buvais et je commençais à avoir des idées noires »Jean a sombré dans la boisson à l'adolescence. « Je buvais le week-end avec des potes et je dépassais la dose à chaque fois. Je ne m'arrêtais pas. Je ne contrôlais rien. C'était comme un médicament qui me désinhibait. » Insidieusement, ces ivresses festives de fin de semaine se muent en consommation quotidienne. « Vers l'âge de 20 ans, je vivais avec une femme qui buvait autant que moi. On prenait l'apéro, du vin et un digestif à chaque repas. On n'arrivait plus à s'en passer. »
Son addiction devient rapidement problématique. « J'avais quitté l'école et tous mes petits boulots échouaient. Je n'avais pas la santé nécessaire ni le sens des réalités. J'en étais même arrivé à surveiller la consommation de mon amie pour vérifier qu'elle ne buvait pas plus que moi. »
Sa compagne finit par le quitter et il le vit très mal. « Après mon travail, je m'enfilais quelques bières dans un bar et je me finissais chez moi. J'étais déprimé et malheureux. » Sa condamnation à un mois de prison avec sursis pour conduite en état d'ivresse n'arrange rien. « Plus j'étais mal, plus je buvais et je commençais à avoir des idées noires. Mon médecin m'a prescrit des antidépresseurs mais j'ai fini par les mélanger avec de l'alcool. » Un soir, il tombe sur le film La Femme de ma vie qui traite de l'alcoolisme. « Le personnage va dans un centre pour se soigner. Je me suis dit que c'est peut-être ce qu'il me fallait. Mais c'était dur et je me suis sauvé au bout d'une semaine. J'ai ensuite touché le fond. J'étais reclus chez moi et je ne sortais que pour acheter des bouteilles. »
Les réunions des Alcooliques anonymes vont devenir son nouvel élixir. « Je n'ai pas eu trop de mal à arrêter de boire. Mais je n'aurais pas pu tenir sans ces réunions. J'y allais trois à quatre fois par semaine, comme dans un club de sport, pour muscler mon physique et mon mental. »
Jean, 50 ans, s’est libéré de l’alcool en 1997 grâce aux réunions des Alcooliques Anonymes.
« Si je replonge, ce sera encore plus fort »
Abstinent depuis dix-sept ans, Jean semble aujourd'hui serein tout en étant extrêmement conscient de sa fragilité. « J'ai réglé mes histoires avec le passé, repris mes études, trouvé un bon travail. Je suis séparé depuis peu mais je n'ai plus besoin de boire pour fuir mes problèmes. L'alcool est une drogue dure et incurable. Si je replonge, ce sera encore plus fort. » Il n'a pas d'autre choix que l'abstinence totale, avec le soutien des Alcooliques anonymes, devenus sa « deuxième famille. Je donne un peu et je reçois beaucoup. Je peux aider de nouveaux membres tout en entretenant le désir de continuer à arrêter de boire. C'est ce qu'il y a de plus dur. Mais quand on rencontre des gens qui s'en sortent, on veut faire comme eux. »
(*) Le prénom a été modifié.
Frédéric Levent
Leur point commun est d'avoir « le désir de décrocher » de leur addiction à l'alcool. Un groupe d'Alcooliques anonymes se réunit chaque samedi après-midi. Avenue d'Aligre, les vastes locaux de la Maison diocésaine accueillent, chaque samedi à 16h45
22 Avenue d'Aligre - 28000 Chartres, France



























