«Quand j’étais dépendant à l’alcool, j’étais devenu un monstre»
in "Virgule" (Luxembourg), 11 Juillet 2026
Près de 1.000 jours sans alcool : Claude raconte comment il est parvenu à vaincre son addiction et pourquoi les réunions des Narcotiques Anonymes ont changé sa vie.
Claude* a failli tout perdre à cause de son alcoolisme. Aujourd’hui, à 47 ans, il est sobre depuis près de 1.000 jours. Lorsqu’il évoque cette période de sa vie, les mots qu’il utilise sont d’une grande dureté: «J’étais un monstre. J’étais la pire version de moi-même lorsque j’étais dans l’addiction.»
Le chemin vers le rétablissement a été long et semé d’embûches. Mais grâce aux Narcotiques Anonymes (NA), il affirme avoir retrouvé un équilibre et reconstruit sa vie. «J’ai réappris à vivre», résume-t-il simplement.
J’ai réappris à vivre.
Il s’agit d’une communauté d’entraide pour les personnes qui souhaitent mettre fin à leur consommation de drogues, quelles que soient les substances qu’elles aient consommées ou leur parcours personnel. Créé en 1953 aux États-Unis sur le modèle des Alcooliques Anonymes, c’est désormais un mouvement mondial présent dans plus de 140 pays, dont le Luxembourg.
Au cœur de cette démarche se trouvent des réunions régulières au cours desquelles les personnes concernées échangent leurs expériences personnelles et s’entraident pour rester abstinentes. «Grâce aux Narcotiques Anonymes, je fais à nouveau partie de la société. J’ai réappris à vivre», déclare Claude.
Claude remonte loin pour expliquer son parcours. «Pendant mon enfance, j’ai grandi dans un environnement où il manquait beaucoup de liens affectifs. J’avais peu de relation avec mes parents, qui travaillaient énormément. À l’école, j’étais victime de harcèlement. J’étais extrêmement timide.»
Lorsqu’il quitte la Belgique pour le Luxembourg à l’âge de 20 ans, l’alcool fait déjà partie de son quotidien. «Boire était considéré comme quelque chose de normal. J’ai d’abord travaillé dans le monde de la nuit. J’avais, en apparence, une vie tout à fait ordinaire.»
Par la suite, il décroche un emploi dans l’informatique à l’ancienne manufacture de tabac de la rue de Hollerich, bâtiment qui accueille aujourd’hui la rédaction du Luxemburger Wort. Sur le papier, tout semble lui réussir. «J’étais marié, j’avais une maison, un enfant. Tout allait bien. Sauf qu’il y avait cette addiction. Le matin, je me réveillais et je ne pouvais plus fonctionner sans alcool. Mes mains tremblaient. Je ne pouvais ni travailler ni vivre normalement. À midi, je courais dans le premier café venu pour obtenir ma dose.»
Progressivement, l’alcool prend toute la place. «À un moment, ma femme n’en pouvait plus et m’a mis dehors. Pendant plusieurs semaines, j’ai pratiquement été sans domicile.» Les conséquences deviennent dramatiques. «J’ai fait plusieurs tentatives de suicide. J’ai eu des accidents de voiture. J’ai été hospitalisé à de nombreuses reprises et je suis tombé plusieurs fois dans le coma.»
Pour lui, l’addiction finit par inverser complètement les priorités: «Quand on est dépendant, on vit pour consommer et on consomme pour vivre. Sans la substance, plus rien ne fonctionne.»
Claude tente plusieurs traitements au Luxembourg, mais sans résultat durable. Finalement, il entend parler d’un centre thérapeutique au Portugal. «Je me suis dit que je n’avais plus rien à perdre. Alors j’y suis allé.»
Il y reste sept mois. C’est là qu’il découvre pour la première fois le programme des Narcotiques Anonymes.
Avant son retour au Luxembourg, les thérapeutes lui donnent un conseil simple: participer aux réunions et trouver un «sponsor», c’est-à-dire une personne abstinente plus expérimentée chargée d’accompagner les nouveaux membres dans leur rétablissement.
Claude suit cette recommandation. «C’est à ce moment-là que j’ai vraiment recommencé à vivre. J’ai traversé des périodes difficiles, mais je savais que je pouvais compter sur mon sponsor et sur le groupe.»
NA veut aussi dire «Never Alone» (Jamais seul). Et depuis, je ne suis plus jamais seul.
Pour lui, l’entraide constitue la clé du succès. «Seul, on n’y arrive pas. NA signifie Narcotiques Anonymes, mais pour moi cela veut aussi dire Never Alone. Et depuis, je ne suis plus jamais seul.»
Cette solidarité lui permet même de traverser l’une des épreuves les plus douloureuses de sa vie sans rechuter. Alors qu’il se trouve au Portugal avec sa mère, celle-ci est victime d’un AVC sous ses yeux. Elle décède le lendemain.
«J’étais seul dans un pays qui n’était pas le mien. J’ai appelé des amis du groupe, mon sponsor, mes thérapeutes. Puis je suis allé à une réunion NA sur place. Cela m’a permis d’être soutenu et de ne pas sombrer.»
Les Narcotiques Anonymes (NA) sont une communauté d’entraide pour les personnes dont la consommation de drogue est devenue un problème grave. Les personnes en voie de guérison se réunissent régulièrement pour échanger leurs expériences et s’entraider à rester abstinentes. L’un des principaux facteurs de réussite des NA réside dans la valeur thérapeutique du soutien qu’une personne dépendante apporte à une autre.
Des réunions ont lieu plusieurs fois par semaine dans le quartier de la gare (33, rue Wilson) et à Bonnevoie (10, rue Auguste Letellier), ainsi que tous les dimanches à Ettelbruck (Stëmm vun der Strooss, 47, rue Prince Henri).
Pour plus d’informations et pour consulter le calendrier complet des réunions, rendez-vous sur : www.na-luxembourg.org
L’association accueille toutes les personnes confrontées à une addiction, qu’il s’agisse d’alcool, de drogues, de médicaments, mais aussi d’addictions comportementales. «Quand nous parlons de drogue, nous parlons de toutes les dépendances», explique Claude.
Au sein des réunions, les participants ne se limitent pas à parler de consommation. «On parle aussi de notre quotidien, de nos difficultés au travail, de nos relations de couple, de tout ce qui fait la vie.»
Aujourd’hui, Claude accompagne lui-même d’autres personnes qui tentent de sortir de l’addiction.
L’un des principes qui lui ont permis de tenir repose sur une idée simple: se concentrer uniquement sur la journée en cours. «Dire: “Je ne toucherai plus jamais à l’alcool ou à la drogue” est un objectif énorme. Nous apprenons plutôt à nous dire: “Aujourd’hui, je ne consommerai pas”».
Cette philosophie lui a permis d’approcher un cap symbolique: 1.000 jours de sobriété. «Il faut avancer à petits pas. Chaque jour compte.»
Il insiste aussi sur l’importance de la discipline quotidienne. «Pendant la thérapie, nous avons appris à nous organiser, à avoir une structure. Quand nous étions stressés ou en colère, nous retombions dans nos anciens schémas. C’est précisément ce que nous voulons éviter.»
Claude souhaite, à travers son histoire, donner du courage aux autres. Plusieurs fois par semaine, des réunions de NA ont lieu dans le quartier de la gare et à Bonnevoie, en plusieurs langues: anglais, français et portugais. Le dimanche, une réunion est également organisée à Ettelbruck. À l’avenir, des réunions devraient également être proposées au CHEM à Esch-sur-Alzette.
«L’âge, le sexe, l’origine ou la religion n’ont aucune importance. Le programme n’est pas religieux, mais spirituel», explique-t-il, avant de souligner: «Il est possible de sortir de la dépendance, même si ce n’est jamais facile. Le plus difficile, c’est souvent le premier pas: ouvrir la porte et entrer dans la salle», fait remarquer cet homme de 47 ans.
Sans Narcotiques Anonymes, je ne serais pas ici aujourd’hui. Je pense que je serais mort avant ma mère.
Puis il choisit des mots forts: «Pour les personnes qui continuent à consommer de la drogue, il n’y a que trois issues possibles: la prison, l’hôpital ou la mort. J’ai moi-même failli finir en prison, j’ai été hospitalisé à plusieurs reprises et j’ai parfois frôlé la mort», avoue Claude, qui conseille aux personnes concernées d’accepter de l’aide.
Claude souhaite aujourd’hui transmettre un message d’espoir. «L’âge, le sexe, l’origine ou la religion n’ont aucune importance. Le programme n’est pas religieux, mais spirituel. La sortie de l’addiction est possible, même si elle n’est jamais facile.»
Selon lui, le plus difficile reste souvent le premier pas. «Le plus dur, c’est souvent d’ouvrir la porte et d’entrer dans la salle.» Il se montre également très direct lorsqu’il évoque les risques liés aux addictions: «Pour ceux qui continuent à consommer, il n’existe que trois issues: la prison, l’hôpital ou la mort. J’ai failli connaître les trois.»
Aujourd’hui, il mesure le chemin parcouru. «Sans les Narcotiques Anonymes, je ne serais pas ici. Je n’aurais jamais pu accorder cette interview. Je pense même que je serais mort avant ma mère. Grâce aux NA, j’ai retrouvé un travail, un foyer et une relation avec mon fils, qui va bientôt avoir 14 ans.»
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S’il devait transmettre un seul conseil, ce serait celui-ci: «Ne commencez pas à consommer des substances qui modifient le comportement. Elles n’apportent rien.»
Pendant des années, Claude utilisait l’alcool pour combattre sa timidité et masquer son mal-être. «Je buvais pour dépasser ma honte, mes peurs et mon stress. Au début, cela semblait fonctionner. Puis mon corps a fini par en avoir besoin.»
Aujourd’hui, il boit simplement de l’eau, du café ou du thé.
Et il conclut avec sérénité: «Je n’ai plus besoin d’alcool pour vivre. Mon existence est formidable. Je n’ai plus besoin de cacher mes émotions. Après chaque réunion, je rentre chez moi rempli d’énergie parce que je sais une chose: je n’ai plus besoin d’alcool pour vivre.»
* Nom modifié par la rédaction afin de protéger la vie privée de la personne interviewée et de ne pas compromettre son nouveau départ. Les Narcotiques Anonymes reposent sur le principe de l’anonymat.
Cet article a été publié initialement sur le site du Luxemburger Wort. Il a été traduit à l’aide d’outils d’intelligence artificielle qui apprennent à partir de données issues de traductions humaines, puis vérifié par Simon Martin.
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