Ils ont posé le verre ou tentent de le faire… Mais tous savent qu’ils ont et auront encore besoin des réunions hebdomadaires des Alcooliques Anonymes, de Ploumagoar (Côtes-d'Armor), pour garder le cap de l’abstinence.
Vendredi, 19 h 30. Six hommes et deux femmes ont pris place autour de la table, dans la salle réservée aux AA, ou Alcooliques anonymes, au cœur de la communauté de Kerprat, à Ploumagoar (Côtes-d’Armor). Les regards des uns et des autres ne sont pas fuyants. Emprunts de bienveillance, ils se posent sur chaque membre prenant la parole.
Henry (1) est invité à faire la lecture des fondamentaux du mouvement. Une lecture qui donne le La de chaque réunion, qu’elle soit ouverte à tous (à raison d’un rendez-vous mensuel), ou fermée, c’est-à-dire réservée aux malades de l’alcool, tous les vendredis.
« Arrêter de boire pour soi »
« La seule condition est d’avoir le désir d’arrêter de boire, rappelle-t-il. Les AA ne sont pas une association religieuse. » Pourtant, il mentionne bel et bien Dieu… Mais, précise illico que le Dieu des AA revêt « une conception propre à chacun ». C’est ainsi que chaque membre peut baptiser sa « bonne étoile », ou bien encore « sa force de vie ».
Autant de préceptes qui sont rappelés pour poser les bases du programme proposé par l’association. Avant d’axer la soirée sur la thématique : « Arrêter de boire pour soi. »
Un thème qui spontanément plaît à Jean, parce qu’il « ramène à l’essentiel. J’ai souvent rêvé d’arrêter de boire, parce que mon environnement familial était demandeur… » Mais, lui sait que s’il est parvenu à devenir abstinent, c’est parce que lui seul avait les clés.
« La chose la plus importante, c’est ce que je pense de moi. C’est avec moi que je vis le plus. Il ne s’agit pas d’égoïsme, tempère-t-il. Désormais, je m’occupe de moi raisonnablement et je m’occupe des autres qui sont importants pour moi. »
« La maladie de la solitude »
Henry, lui aussi, explique qu’il l’a fait pour lui. « L’alcoolisme, c’est la maladie de la solitude, souligne-t-il. Je suis vraiment content d’être sorti de cette spirale. » Avant de revendiquer : « Mon passé d’alcoolique, je m’en sers pour vivre au présent. »
Personne ne coupe la parole. Tous boivent les paroles de ceux qui retracent leurs années de souffrance, leur bonheur d’avoir posé le verre, avant d’être invités à s’exprimer. Ici, le respect de l’autre, de l’Ami, est incontestable.
Jean-Pierre (1), quant à lui, souligne qu’il lui aura fallu un « véritable coup de poing », à savoir 47 jours passés en prison, pour se décider à poser le verre. « Ici, j’ai été bien accueilli. Je n’ai pas été jugé, déroule-t-il. Je suis fier aujourd’hui, mais je sais que je ne l’ai pas fait tout seul. Je l’ai fait avec vous… »
(1) prénoms d’emprunt