Hiver comme été, les Alcooliques anonymes se réunissent à Romorantin. C’est dans le groupe qu’ils disent puiser la force de leur rétablissement. Reportage.
Mercredi, 20 h, pas un chat aux abords de la place de la Paix. Mais le Centre administratif, lui, commence à se réveiller. La réunion des Alcooliques Anonymes de Romorantin ne prend jamais de vacances. Ils sont quatorze – sur 25 au plus fort de l'année – à avoir pris place dans une salle du rez-de-chaussée.
Gobelets de café et bonbons circulent chaleureusement, de même que la bise d'usage, à chaque nouvelle arrivée. « Bonjour, je m'appelle Paul (*) et je n'ai pas consommé aujourd'hui ». Ce soir, c'est lui qui lira les douze étapes et traditions du groupe qu'il a rejoint voilà maintenant cinq ans. Tous, ont dressé la liste des personnes qu'ils ont pu léser ou faire souffrir au plus fort de leur alcoolisation. « Faire amende honorable » est la 8e des 12 étapes qu'ils se sont fixées pour objectif.
Lorsqu'il prend la parole, Martin n'y va pas par quatre chemins : « Moi, la 8eétape j'en suis bien loin, j'en suis encore à la première étape. Mais j'ai dû les léser pas mal mes parents parce que quand on a un gamin de 14 ans qui rentre ivre mort… » Les phrases sortent par vagues, comme autant d'urgences sur le chemin du rétablissement de Martin. Il raconte, « le cancer de maman », l'envie de « tout faire, ce qui est bon pour elle ». C'est décidé, il va aller la voir avec son fils : « ça lui fera plaisir ». Le dernier mot flotte encore dans la salle lorsque Nathalie se lève pour parler. C'est la première fois qu'elle prend la parole depuis qu'elle a passé la porte des Alcooliques Anonymes. Trois mois de silence et puis l'annonce de son cancer de l'utérus. « J'aurais pu replonger, mais ma tête m'a dit non, je suis fière de moi », explique-t-elle entre deux sanglots.