Overblog Tous les blogs Top blogs Beauté, Santé & Remise en forme Tous les blogs Beauté, Santé & Remise en forme
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

"L’alcoolisme est une maladie, il ne faut pas que ce soit tabou" : les témoignages forts entendus lors d'une réunion des Alcooliques Anonymes

Publié le par kreizker

in "La République du Centre" (France), 30 Janvier 2025

La maladie, ils la combattent ensemble. Ces patients loirétains fréquentent l’antenne locale des "AA". Son groupe de parole hebdomadaire permet de déposer ses joies et ses doutes, à travers des mots souvent forts, et d’y trouver un soutien et un encouragement salvateurs.

Aux Alcooliques Anonymes d'Orléans, la réunion est hebdomadaire et beaucoup de malades y assistent chaque semaine

Aux Alcooliques Anonymes d'Orléans, la réunion est hebdomadaire et beaucoup de malades y assistent chaque semaine

"Fabrice, malade alcoolique. Je vais bien, car je suis abstinent depuis 44 semaines. J’ai passé mon premier Noël sans alcool et mon premier séminaire, qui s’est très bien passé." Le Dry January, pour eux, c’est toute l’année. Pour ces alcooliques, c’est un combat de chaque jour. Et pour le gagner, ils s’appuient les uns sur les autres. Ensemble, chaque semaine, ils partagent leurs expériences, leurs doutes, leurs émotions et leurs victoires.

Assis en cercle

 

La République du Centre a assisté à une réunion ouverte des "AA", lundi soir, à Orléans. Le double A d’"Alcooliques Anonymes". Le A de "ami" aussi puisque c’est ainsi qu’ils s’appellent entre eux. Ici, chacun se tutoie et s’appelle par son prénom. Nous avons modifié les leurs car l’anonymat est le maître mot de ces groupes de parole qui ont vu le jour en 1935, aux États-Unis. Dans le Loiret, ils sont présents depuis au moins trente ans.

Assis en cercle dans le hall d’entrée du nouveau centre d’addictologie de Daumezon (336, rue du Faubourg-Bannier), les huit participants, deux femmes et six hommes, prennent la parole à tour de rôle. Les réunions d’une heure et demie sont très codifiées et se déroulent de la même façon, partout dans le monde.

Danièle se propose de modérer. Elle rappelle quelques règles, accueille un nouvel ami le cas échéant, et distribue la parole en commençant par sa gauche. "Bonjour Étienne. Comment vas-tu ?" "Étienne, malade alcoolique. Je vais bien, car je n’ai pas consommé. J’ai tous les effets positifs de l’arrêt de l’alcool. Pour le reste, c’est la routine." "Merci Etienne", clame le groupe.

 

"Je voudrais de la paix"

 

Vient le tour d’Augustin, beaucoup plus bavard et gouailleur : il évoque sa recherche d’emploi ("Je suis just-just en février, faut vraiment que je trouve du boulot"), ses problèmes de sommeil ("Je dors trois heures max. Je galère pour faire une nuit complète, je sais pas d’où ça vient"), ses relations compliquées avec son ex ("Je laisse pisser. L’important, c’est que je ne touche plus à la bouteille"), sa perte de poids ("J’ai maigri. J’ai mon summer body pour l’été ! C’est sûrement à cause de la marche : j’ai fait 15, 12, 6 et 18 km cette semaine"), liste-t-il en regardant les notes écrites dans un cahier. "Merci Augustin."

 

Fabrice se réjouit "d’avoir la patate niveau physique" et de ne "plus être embêté par les cauchemars". Lisa, arrivée depuis peu, semble plus timide et parle d’une toute petite voix.

 

"C'est un combat quotidien"

 

David partage ses "montagnes russes d’émotions. Je commence à comprendre que je n’arrive pas à résoudre ce problème d’alcool et ça me déprime un peu. Je trouve les journées très répétitives et c’est un combat quotidien. Je suis colonisé par cette idée, bien que je ne consomme pas depuis trois mois. Je trouve des astuces : je fais du yoga, ce qui me relaxe, ou je vais au cinéma. Je fais des choses qui me font du bien. Je voudrais de la paix et ne pas penser au fait que je suis alcoolique. J’aime bien vous voir, car vous êtes plus optimistes que moi."

Ce trentenaire n’a "jamais été un gros consommateur. J’étais seulement dans des situations festives, mais il ne faut pas grand-chose. On peut tomber très facilement dans l’addiction", lâche-t-il.

Les témoignages s’enchaînent, tous poignants, sans filtre. Les vieux démons guettent, ils ont la peau dure. On ne se débarrasse pas seul d’une telle addiction. Jacques, un carnet en main, retrace le fil de sa semaine. "Je ne bois pas quand je suis seul et c’est très bon. Mais mercredi, mon petit diable m’a dit : “Avant qu’elle rentre…” C’est facile de dire non, mais ça m’ennuie que ça revienne. Il faut que je gagne cette victoire de tous les jours."

Jacques lit le journal qu'il tient chaque jour pour faire le résumé de sa semaine.

Jacques lit le journal qu'il tient chaque jour pour faire le résumé de sa semaine.

"Je suis étonné de n’avoir aucune envie"

 

Pascal est, avec Danièle, un des plus anciens membres du groupe, abstinent depuis douze ans : "Je suis encore étonné de n’avoir aucune envie. Quand je repense à ces années où je consommais vraiment beaucoup… Cette semaine, je suis allé à deux anniversaires, il y avait du monde et beaucoup d’alcool et ça m’a fait zéro effet. J’ai appris à dire non socialement. C’est une posture : je dis “Je ne consomme pas d’alcool” et ça glisse tout seul. On n’a pas à se justifier. Je suis content qu’on avance sur ces sujets-là, que les médias en parlent. L’alcoolisme est une maladie, il ne faut pas que ce soit tabou."

Danièle conclut le tour de parole. "Je n’ai pas eu envie de consommer, je n’ai pas été tentée, mais la semaine a été très bizarre." Et elle raconte des chamailleries, familiales et conjugales.

L’heure de la pause-café et bonbons a sonné. Chacun se sert sur la table basse centrale. Les courses sont faites à tour de rôle. Chaque ami étant responsable d’un "service" (trésorier, responsable littérature, parrain/marraine, approvisionnements, relations publiques…).

 

Pause-café au milieu de la réunion. Qui est aussi un temps convivial.

Pause-café au milieu de la réunion. Qui est aussi un temps convivial.

"On se remet à profiter de la vie"

 

Nous en profitons pour poser quelques questions et les réponses fusent, mélange touchant de pudeur et de sincérité. Notamment sur le rôle positif des "AA" dans leur vie et leur défi quotidien d’abstinence. "J’ai replongé en 2018 et j’ai bu deux fois plus. C’est exponentiel. Je suis revenu en 2024", confie Augustin. "Venir aux AA, ça motive pour 24 heures. On est tous malades. Ce que l’un raconte, on le vit tous ou on l’a tous vécu. Il n’y a pas de jugement", apprécie Jacques. "Ça permet de penser en semaines, c’est une fierté!", renchérit Fabrice. Lisa a compris, grâce à ses amis, que "je n’étais pas quelqu’un de vicieux. J’ai réalisé que c’est une maladie".

 

"Profiter de la vie"

 

Sans l’alcool, "on se remet à apprécier des choses, à profiter de la vie. C’est important", estime Danièle. "On se raccroche aux bienfaits de la non-consommation. Moi, je passais à côté de plein de choses, notamment avec ma fille. Je n’ai pas été à jeun pendant quatre ans", regrette Augustin. "D’un ou deux verres par soir, je suis passé à un litre de whisky par soir. En 7 ou 8 ans", explique Étienne.

Tous partagent les mêmes stratégies pour "changer de supermarché pour nos achats, planquer les bouteilles et aussi les éliminer discrètement". "C’est toute une logistique et c’est hyper chronophage, en plus de coûter une fortune et de nous bousiller la santé", reconnaissent-ils tous.

La séance se remet sur ses rails. Un texte qui décrit les "AA" est lu, puis la première des douze traditions (il y a aussi douze promesses et douze étapes). "Il y a une dimension spirituelle, mais pas religieuse", souligne Pascal. Puis un chapeau (à paillettes, en l’espèce !) passe pour contribuer aux frais. Puis chacun reprend sa route. Jusqu’au lundi suivant, s’il souhaite revenir. Histoire, qui sait, de partager la joie d’une nouvelle semaine libéré de l’alcool.

 

J’y vais. 

Les réunions des "AA" sont ouvertes à toute personne ayant le désir sincère d’arrêter l’alcool. Pas d’adhésion, ni d’engagement. Infos et contacts : 09.69.39.40.20 et 09.84.53.84.53 (groupe Orléans nord) et 07.67.55.43.47 (groupe sud).

Des réunions des AA se tiennent les lundis et vendredis, respectivement au nord et au sud d'Orléans.

Des réunions des AA se tiennent les lundis et vendredis, respectivement au nord et au sud d'Orléans.

Les autres associations

Vous cherchez du soutien ou un groupe de parole, que vous soyez malade ou aidant?? Voici des associations présentes dans le Loiret qui proposent cet accompagnement.

Al-Anon/Alateen. Pour les familles et proches de personnes alcooliques. Réunions hebdomadaires place du Cheval-Rouge. www.al-anon-alateen.fr

Alisa. Ce qui signifie Abstinents, Libres, Indépendants Sans Alcool. Groupe de parole hebdomadaire à Sully-sur-Loire, pour les personnes alcooliques. www.alisa-asso.org

Vie Libre. Groupes de parole le vendredi soir dans différentes villes de l’agglo d’Orléans et permanences à Orléans. www.vielibre.org.

Non aux Addictions. Association d’aide aux personnes ayant une ou plusieurs addictions. Groupes de parole dans plusieurs villes de l’agglo et à Pithiviers. Facebook : @nonauxaddictions

Association Addictions France. Consultations, accompagnement et groupes de parole pour des personnes souffrant de diverses addictions. Place Jean-Monnet, à Orléans. addictions-france.org

Apleat-Acep. Accueil, soutien, accompagnement des personnes souffrant d’addictions par la mission addiction du Pithiverais, à Pithiviers. www.apleat-acep.com

ANPAA 45. Consultations, accompagnement de personnes confrontées à des addictions, à l’hôpital de Pithiviers. www.anpaa.asso.fr

Partager cet article
Repost0

INDIA Alcoholics Anonymous®

Publié le par kreizker

23-26 Janvier 2025,  à Gangtok, Sikkim

4° Convention Bengale du Nord

Thème : "Avec un coeur rempli de gratitude"

INDIA Alcoholics Anonymous®

 

25-28 Avril 2024, à Jaigaon, Bengale Occidental

3° Convention Bengale du Nord

Thème : "Remerciant Reconnaissant Béni"

INDIA Alcoholics Anonymous®
INDIA Alcoholics Anonymous®
INDIA Alcoholics Anonymous®
INDIA Alcoholics Anonymous®
INDIA Alcoholics Anonymous®

 

4-5 Mars 2023, à Dooars, Jalpaiguri, Bengale Occidental

Murti Convention

INDIA Alcoholics Anonymous®
INDIA Alcoholics Anonymous®

Publié dans AA INDIA

Partager cet article
Repost0

A Saint-Tropez, l’entraide face à l’alcoolisme franchit le mur de la langue

Publié le par kreizker

in "Var-Matin" (France), 25 Janvier 2025

A Saint-Tropez, à l’heure du Dry January, les Alcooliques Anonymes tiennent aussi un rendez-vous en anglais pour offrir un espace d’écoute aux vacanciers et résidents étrangers.

 

Chacun apporte une oreille attentive et fraternelle aux témoignages des autres.

Chacun apporte une oreille attentive et fraternelle aux témoignages des autres.

"Hi my name is Paul (1) and i’m still an alcoholic (Salut, je m’appelle Paul et je suis toujours alcoolique)", insuffle le premier pour lancer les échanges. Un témoignage en Anglais teinté d’un accent français acéré suivi dans un autre discours aux tonalités rondes et étouffés de l’Écossais.


Ce n’est pas en Grande-Bretagne mais bien dans le petit Saint-Tropez que ces échanges anglophones ont lieu à la nuit tombée. Chaque lundi soir le triangle bleu orné des deux lettres "A. A.", s’illumine sur le portail de la bibliothèque municipale jeunesse, rue Gambetta, à Saint-Tropez. Une faible lueur, discrète mais douce et rassurante. C’est ici que se réunissent les Alcooliques Anonymes anglophones. Qu’ils soient présents à l’année, de passages quelques jours ou quelques mois dans le village, ils savent qu’ils peuvent trouver ici un espace d’écoute sans craindre de ne pas être compris à cause de la barrière de la langue.

Reconnaître sa condition

"Sans vous, sans cette réunion je serais probablement dans un bar. Et si je n’avais pas arrêté l’alcool il y a 100% de chance que je sois mort ", déballe Will, originaire d’Edimbourg. Il rythme son témoignage poignant en frappant la table avec le livret de réflexions quotidiennes dont il a lu le texte du jour quelques minutes plus tôt. "Je demande humblement à ma Puissance supérieure de laisser passer une brise rafraîchissante quand je m’apprête à réagir trop vivement, de remplacer ma virulence par une douceur paisible", a-t-il récité.

Car dans le chemin vers l’abstinence, la spiritualité - et non la religion - prend une place importante. "Je n’accrochais pas, je voyais ça sur internet mais j’avais l’impression que c’était une secte. Mais regardez aujourd’hui, je me sens bien, je ne bois plus. Avant lorsque le ton montait avec une personne j’allais chercher la batte, maintenant je laisse couler. Je ne pensais pas que ça pouvait fonctionner comme ça", reconnaît Thierry, un Français venu ce soir ne pouvant pas assister à la prochaine réunion.

Même scepticisme du côté de Will lorsqu’il a poussé les portes la première fois: "When I leaved, I said: “f...ck this place. In every page there is the word God?" I said no. (Lorsque je suis sorti, j’ai dit: "j’emm... cet endroit. À chaque page il y a le mot Dieu?" J’ai répondu non). »

Tout le monde a un passif, un traumatisme, ou un vide à combler qui a poussé à boire sans contrôle. Lorsqu’il était jeune, Will a perdu, en peu de temps, toute sa famille: "Mon frère, puis mon père, puis ma sœur et enfin ma mère. Lorsque ma mère est morte, je suis devenu addict. "

Les autres membres de la réunion posent les yeux sur lui ou plongent leur regard vers leur pied et profondément dans leur pensée, mais tous écoutent attentivement. Aujourd’hui, grâce à cet espace d’échange et de compréhension, Will a atteint 12 ans de sobriété: " Mais personne dans cette salle ne peut promettre qu’il ne boira plus. Ça serait un mensonge. Je me souviens que je suis alcoolique et je dois travailler dessus tous les jours. "

Cuite sèche

Le groupe de parole tient un livre d’or depuis sa création en 1980. L’association ne veut pas "lutter contre la consommation d’alcool" mais propose un chemin de progression personnelle et un espace de solidarité aux adhérents. "Les sensations, la souffrance, il y a des choses que seul un alcoolique peut comprendre. Un lendemain d’une soirée où beaucoup d’alcool avait circulé, j’avais comme une gueule de bois sans n’avoir rien bu. Ça s’appelle “une cuite sèche" je l’ai appris ici! », confie Thierry.

À la fin de la séance, chacun se remercie avec un sincère sourire, se prend dans les bras chaleureusement. Chacun ressort en se souvenant de sa condition mais en ayant acquis un peu de force jusqu’à la prochaine séance pour atteindre l’abstinence, 24h par 24h.

1. Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat.

Réunion anglophone le lundi à 20h. Francophone le mercredi à 18h30 et à partir d’avril à 20h. 69 rue Gambetta, Saint-Tropez.

À Sainte-Maxime: - tous les vendredis à 20h à la Maison des associations. -

une réunion pour les al-anon (proches d’alcooliques) tous les 2e et 4e vendredis du mois à 20h à la Maison des associations.

Publié dans AA france

Partager cet article
Repost0

Des anciens alcooliques luxembourgeois témoignent: «On n’en guérit jamais»

Publié le par kreizker

in "Virgule" (édition française du Luxemburger Wort), 22 Janvier 2025

Cet article devrait être publié en allemand et en portugais prochainement.

Dans le cadre du Dry January, trois membres d’un groupe luxembourgeois des Alcooliques Anonymes ont accepté de se livrer, sans détour, sur leur parcours de vie brisé par l’alcool. Mais aussi sur leur renaissance, acquise au prix d’une volonté sans faille.

Face à l’alcoolisme, il n’y a aucune honte à demander de l’aide.

Face à l’alcoolisme, il n’y a aucune honte à demander de l’aide.

Brigitte, Carine ou Franz. Trois prénoms pour trois histoires différentes, mais une même réalité: celle d’avoir, un jour, croisé la route sinueuse et trompeuse de l’alcool. À un moment de leur vie, celui-ci s’est glissé dans leurs habitudes, prenant doucement, mais sûrement, une place qu’ils n’avaient pas prévue. Chacun à sa manière, ils ont vu leur quotidien vaciller sous son emprise, avant de se confronter à la longue marche vers la liberté, notamment grâce au soutien continu du groupe d’entraide des Alcooliques Anonymes (AA) luxembourgeois.

 

Avec une dignité rare, Brigitte, Carine et Franz parlent de cette période avec une sérénité que seuls ceux qui ont connu ce fléau qu’est l’alcoolisme peuvent comprendre. Dans le cadre du Dry January, ce mois sans alcool, leurs paroles résonnent un peu plus profondément.

 

Pour Brigitte, c’est durant son adolescence qu’elle découvrira l’alcool, dans un milieu familial où la boisson était omniprésente. Au fil des années, sa consommation ne fera qu’augmenter jusqu’à ce que celle-ci lui cause des problèmes dans son couple. «Je n’arrêtais pas de faire des bêtises. En fait, une fois que je prenais un verre, je ne parvenais tout simplement plus à m’arrêter de boire. Je ne savais pas comment m’arrêter», résume-t-elle. Elle se souvient notamment de nombreux accidents de la route causés par la boisson. «J’étais un vrai danger public sur les routes et j’ai provoqué plusieurs accidents, heureusement sans gravité. Je ne me rendais toutefois pas compte de ma consommation problématique.»

 

Je sais que si je retouche à une seule goutte d’alcool, je risque de retomber dans mes travers.

                                                  Brigitte
                  Abstinente depuis une trentaine d’années

 

Dans son malheur, vers l’âge de 26 ans, Brigitte trouvera un médecin très compétent, qui parviendra à mettre des mots sur la maladie dont elle souffre. «Il m’a donc envoyé chez les AA. C’est là que j’ai appris à me prendre en main. C’était en 1986», dit celle qui n’a plus bu une goutte d’alcool depuis 1993. «En début d’abstinence, le manque était évidemment difficile à gérer mais aujourd’hui, je sais me contenir. Toutefois, je sais que si je retouche à une seule goutte d’alcool, je risque de retomber dans mes travers. Bien sûr, voir son entourage boire autour de soi, dans une région festive comme la nôtre, ce n’est pas facile. Mais je fais avec.»

 

 

Une tentative de suicide salvatrice pour Carine

 

Sa dépendance aux drogues dures, à l’alcool et aux médicaments, Carine en parle sans détour. «Vers 14 ans, j’ai commencé à fumer mes premiers joints et à prendre de la cocaïne», explique-t-elle. «Mais je m’étais toujours jurée de ne pas toucher à l’alcool, mon père étant un ancien grand buveur.» Malheureusement, ce qui devait arriver arriva et Carine sombrera peu à peu dans l’alcoolisme. «Le psychiatre que je consultais m’avait prescrit des calmants qui, bien qu’efficaces, ne se mélangeaient pas du tout avec l’alcool. J’en étais arrivé à un point où mon réveil, c’était du café chaud avec du schnaps dedans.»

C’est le début d’une longue descente aux enfers pour la résidente. «Le cocktail alcool/médicaments m’a amené tout un tas de problèmes dans mon travail ainsi qu’avec ma mère. J’étais aussi devenue maman entretemps et lorsqu’il a eu sept ans, mon fils a été pris en charge par les services sociaux.»

 

 

 

Je traînais aux abords de la gare de Luxembourg, avec d’autres toxicomanes. J’étais très agressive et je n’hésitais pas à frapper.

                                             Carine
                              Abstinente depuis 38 ans
 

Alors au fond du trou, Carine continue de creuser encore. «J’ai continué à boire et à me droguer encore davantage. Je me souviens que je traînais aux abords de la gare de Luxembourg, avec d’autres toxicomanes. J’étais très agressive et je n’hésitais pas à frapper», souffle-t-elle. Acculée, remplie d’idées noires, la Luxembourgeoise prend la décision d’en finir avec la vie. «Je me suis gavée de médicaments et d’alcool. Soudain, je sentais que je ne parvenais plus à respirer.» Dans la tête de Carine se déclenche un électrochoc. «J’ai eu la trouille, j’ai eu peur. Je me suis rendu compte que je voulais vivre plus que tout.»

 

Elle parvient à contacter son docteur qui la tirera d’affaire in extremis. «J’ai ensuite suivi une cure. C’est là que j’ai compris que j’étais dépendante et que cela n’avait rien à voir avec un manque de caractère de ma part.» Au sortir de la cure, à l’âge de 30 ans, elle intégrera plusieurs groupes de AA avec lesquels elle tentera de se reconstruire petit à petit. «J’ai laissé tomber toutes mes anciennes relations pour me construire un nouveau cercle social»

 

Grâce à son courage et à ses nouvelles relations, Carine, aujourd’hui âgée de 67 ans, est parvenue à vaincre ses démons et entamer une seconde vie. «J’ai bâti ma maison et j’ai pu retrouver un travail qui m’a fait travailler avec des enfants pendant tout un temps. Je vis seule, avec mes trois chats, mais mon fils, qui a aujourd’hui 44 ans, a eu un enfant. Je prends donc mon rôle de grand-mère très à cœur. On peut tout résoudre dans la vie. Le tout est de pouvoir trouver la volonté nécessaire.»

 

Une belle renaissance pour celle qui veut désormais respecter sa promesse d’abstinence jusqu’à la mort. «Aujourd’hui encore, je ne veux plus me rendre sur les lieux où j’allais lorsque j’étais au plus mal», explique celle qui est désormais sobre depuis 38 ans.

 

 

Franz a frôlé le syndrome de Korsakoff

 

Franz, 62 ans, est le plus «jeune» des trois témoignages que nous avons recueillis en termes d’abstinence. «Je ne bois plus une goutte depuis deux ans», dit-il. Il faut dire qu’il s’en est fallu de peu pour que le Luxembourgeois ne soit plus là pour raconter son histoire.

 

Celle-ci débute en réalité le 7 décembre 2022, le jour où tout a basculé pour Franz. «Avant cette date, je buvais effectivement beaucoup, mais je ne me considérais pas du tout comme étant alcoolique. Je pensais avoir ma consommation sous contrôle, tant que mon corps pouvait le gérer.»

 

Seulement voilà, ce jour-là, Franz s’effondre littéralement à son domicile, inconscient. Hospitalisé au CHL, le résident subira toute une batterie d’examens qui révélera qu’il a fait une crise épileptique, suivi d’un arrêt du cœur pendant trois longues minutes. «Les docteurs m’ont dit qu’au vu de ma situation, j’étais propice à développer le syndrome de Korsakoff, un grave trouble cérébral lié à une consommation excessive et qui mène à une démence totale.»

 

Je buvais afin de gérer mes émotions. Or, je ne faisais qu’appliquer un brouillard temporaire sur mes problèmes

                                          Franz
                         Abstinent depuis deux ans
 

Franz prend alors conscience de la gravité de sa situation, provoquée par l’alcool. Il comprendra plus tard qu’il était un «Spiegeltrinker». C’est-à-dire un buveur qui peut contrôler sa consommation quotidienne, mais pour qui il est impossible d’arrêter de boire, même pendant quelques jours. «L’alcool était donc permanent dans mon quotidien, du matin au soir et à un certain niveau. J’étais à environ 12 bouteilles de bière par jour», détaille-t-il. «Je ne buvais pas pour le goût, mais plutôt pour gérer mes émotions, étant quelqu’un de très sensible. Tout du moins, je croyais que cela m’aidait à le faire. En réalité, l’alcool ne faisait qu’appliquer un brouillard à mes problèmes, qui revenaient encore plus forts par la suite.»

 

L’homme devra réapprendre à marcher, notamment au sein du Rehazenter. «J’ai également suivi une thérapie en Allemagne, où cela est généralement plus strict qu’au Luxembourg. J’y ai également suivi plusieurs groupes de parole.» De retour au Grand-Duché, il participera à un groupe des AA et ne lâchera plus ce dernier depuis lors. «Cela me permet de recharger mes batteries, d’être conscient d’où l’on vient. Aujourd’hui, je ne veux plus boire, car je souhaite profiter de la vie, y compris dans les choses les plus simples.»

 

«La dépendance émotionnelle reste toute la vie»

 

Bien qu’ils soient désormais tous les trois abstinents depuis un long moment, les trois protagonistes participent toujours, et de manière assidue, aux rendez-vous de leur groupe des AA. «C’est très important pour moi», insiste Brigitte. «Il n’y a pas vraiment de méthode pour arrêter de boire, car c’est un travail qui doit venir de soi-même. Je m’y rends pour parler de mon parcours, écouter et émettre des éventuelles suggestions aux participants. Dans tous les cas, il n’y a jamais aucun jugement ou d’attaque de la part des participants», insiste Brigitte.

 

Franz va même plus loin. «On ne guérit jamais de l’alcoolisme», assure-t-il. «L’abstinence physique, elle ne dure que six ou huit jours environ. Mais la dépendance émotionnelle, en revanche, elle reste toute la vie».

 

Je m’interdis également les chocolats contenant de l’alcool, ou même les sauces !

                                   Franz
                        Abstinent depuis deux ans
 

Il prend d’ailleurs cet exemple qui pourrait sembler insolite aux premiers abords, mais qui illustre pourtant ce combat quotidien. «Je ne bois évidemment plus de boissons alcoolisées, mais ce n’est pas tout. Je m’interdis également les chocolats contenant de l’alcool, ou même les sauces ! C’est une manière d’éviter de ne pas duper notre cerveau, qui garde ce goût dans sa mémoire, et lui faire croire que nous avons bu quelque chose d’alcoolisé».

 

Au travers de ces témoignages, Franz, Carine et Brigitte rappellent que, face à l’alcoolisme, il n’y a ni fatalité ni honte à demander de l’aide. En guise de conclusion, et d’une seule et même voix, ils rappellent que chaque petit pas compte, chaque victoire personnelle a du sens. Car au final, la sobriété se construit, comme eux, un jour à la fois.

 

Plusieurs groupes d’Alcooliques Anonymes au Luxembourg

 

Les Alcooliques Anonymes (AA) ont été fondés en 1935 par Bill Wilson et le docteur Bob Smith aux États-Unis. Tous deux alcooliques, ils partageront , dans un premier temps, leurs expériences et constateront que parler de leurs luttes respectives les aide à tenir. Ce dialogue marque ainsi le point de départ des Alcooliques Anonymes.

 

En partageant leurs histoires et en s’entraidant, ils ont créé une méthode basée sur 12 étapes pour aider les alcooliques à retrouver la sobriété. En quelques mots, ce programme met l’accent sur l’anonymat, le soutien mutuel et la reconnaissance de son impuissance face à l’alcool. Rapidement, le mouvement s’est étendu à l’international et continue, encore aujourd’hui, d’offrir une approche communautaire sur la question de l’alcoolisme.

 

Au Luxembourg, plusieurs réunions sont organisées chaque semaine par différents groupes, et ce, aux quatre coins du pays. Certaines sont tenues en luxembourgeois, d’autres en français, mais également en anglais ou en portugais.

 

Pour les francophones, deux réunions sont organisées chaque semaine. Le mercredi, la réunion se tient au sein du Centre culturel Paul Barblé à Strassen dès 20h. Le samedi, à 17h30, la réunion a lieu au sein de la Zithaklinik. Notons que cette dernière est aussi accessible pour les lusophones. «Dans notre groupe, le nombre de participants varie énormément d’une semaine à l’autre. Il y a pas mal de fidèles, qui sont là chaque semaine, mais il peut y avoir parfois trois nouveaux membres d’un coup», explique Brigitte. «Les profils sont vraiment variés, tant au niveau de l’âge, de la profession et des origines.»

 

Si Brigitte, Carine et Franz reconnaissent volontiers une certaine dimension spirituelle dans le cadre de leurs réunions, ils insistent sur le fait que les AA ne sont pas une secte. «Il n’y a aucun chef, l’adhésion se fait sur base volontaire et nous n’avons aucune barrière d’entrée basée sur la religion, la culture ou les croyances. La seule condition pour devenir membre est un désir d’arrêter de boire. Chacun est également libre de quitter le groupe dès qu’il le souhaite», insistent-ils.

 

Si vous sentez que vous perdez le contrôle face à l’alcool, n’hésitez pas à contacter un groupe AA Lux par mail (aaluxbg@gmail.com), par téléphone (+352 621 651 097) ou à vous rendre spontanément à l’une des réunions organisées.

Publié dans articles sur AA

Partager cet article
Repost0